Cela dit, force est de reconnaître qu’il assuma cet Idomeneo avec une autorité et une conviction tout à fait respectables, négociant au mieux l’impossible aria « Fuor del mar ».
Mais la perle vocale de cette distribution était, sans contestation aucune, l’Idamante du mezzo américain Joyce DiDonato. Reprenant ce rôle chanté par un castrat à la création, et aujourd’hui distribué parfois à un ténor, cette cantatrice rayonna toute la soirée, non seulement par une présence aussi crédible en travesti que captivante vocalement, mais également par une intelligence de tous les instants qui nous faisait espérer avec impatience la moindre de ses interventions. Quel timbre de soie rare, quelle musicalité exemplaire, quel style sans faille, quelle émotion ! Une somptueuse interprétation largement ovationnée.
Difficile de rivaliser avec pareille pointure, d’autant que la soprano suédoise Camilla Tilling est une Ilia certes volontaire, mais de petit calibre et dont le timbre sonne avec une légère acidité, tout comme d’ailleurs l’Elettra de Mireille Delunsch dont l’air final nous valut quelques sonorités dans l’aigu peu orthodoxes, pour le moins.Son implacable sens dramatique ne suffit pas toujours à notre compatriote pour dissimuler une voix aux capacités somme toute réduites.
Et que dire de l’Arbace du ténor américain Thomas Moser, dont la seule, unique, mais terrifiante aria, fut un véritable supplice.
Malgré d’excellents seconds rôles, nous étions loin de la distribution idéale.
Dommage car dans la fosse œuvrait un chef d’une exceptionnelle qualité : Thomas Hengelbrock, un chef au répertoire incroyablement divers, metteur en scène à ses heures. Lui seul tient à bout de bras ce spectacle désolant visuellement, lui seul fait entendre Mozart dans toute la rigueur, la solennité, l’exigence mais aussi l’intention dramatique du genre seria dont Idomeneo représente l’un des parangons les plus accomplis. Lui et, bien sûr, comment ne pas le rappeler, la merveilleuse Joyce DiDonato.
Deux mots pour préciser que les décors d’Erich Wonder se bornent à une lande déserte battue par les vents, et que les costumes de Rudy Sabounghi se plient à la mode extra temporelle misérabiliste actuelle. Malheur à ceux qui découvraient l’œuvre avec ce spectacle !
Une autre lumière dans ce désert de grisaille : l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Paris pour son irréprochable interprétation.
Robert Pénavayre