Théâtre du Capitole Au sommet de son art Mai 2000, obligée, par de graves problèmes familiaux, d'annuler sa participation aux reprises capitolines de Louise, Renée Fleming remettait à plus tard ses débuts sur notre scène lyrique. Novembre 2005, un Capitole archi comble, porté par l'exceptionnel talent de cette cantatrice américaine, faisait une standing ovation à celle qui venait de leur donner, accompagnée par le talent du pianiste Hartmut Höll, deux heures d'un incroyable bonheur. Et pourtant la lecture du programme de ce récital couvrant trois siècles de composition musicale avait de quoi laisser perplexe. Imaginez plutôt, d'Henry Purcell à George Crumb en passant par Georg Friedrich Haendel, Alban Berg et Robert Schumann ! Seule une interprète sans faille est capable de défendre pareil choc de titans. Renée Fleming sut, très rapidement, installer avec le public l'intimité primordiale à ce genre de répertoire, une intimité liée à une complicité de tous les instants faisant, par exemple, du cycle que George Crumb composa en 1979 pour soprano et piano amplifié, sur un poème glorifiant la mort, un de ces moments d'élection lyrique où le temps s'arrête, comme suspendu aux lèvres et au souffle d'un interprète en proie à la perfection. Soprano lyrique mondialement adulée, Renée Fleming sait plier une voix particulièrement homogène et au timbre d'une infinie douceur aux couleurs et aux écarts les plus meurtriers, manifestant en cela une maîtrise remarquable de son organe. Ce programme plus qu'exigeant et.courageux, se conclut par une série de bis plus décontractés, si l'on peut dire. Ouvrant et clôturant cette série finale par Richard Strauss : Cäcilie et Morgen, Renée Fleming fit une rapide incursion chez.Puccini (O moi babbino caro), puis chez Dvorak avec l'un de ses rôles fétiches : Rusalka., enfin, clin d'oil au 7 ème Art, la chanson « Over the rainbow », extraite du « Magicien d'Oz » réalisé en 1939 par Victor Fleming et interprétée dans ce film par Judy Garland. Le public était depuis bien longtemps déjà sous le charme. Robert Pénavayre |