Sur une adaptation libre de l’œuvre de Lenau, le compositeur Philippe Fénelon a lui-même écrit un livret en allemand mettant en perspective le personnage de Faust, un personnage qui, faute de trouver des réponses à ses questions, se suicidera. Une partition atonale, intensément évocatrice et violente, se conjugue à une écriture vocale exigeant des interprètes une témérité et une virtuosité extrême de chaque instant. Soulignons aussi le raffinement d’une écriture chorale qui laisse le spectateur au bord des larmes dans le tableau final, un raffinement que notre chœur, sous la direction de Patrick-Marie Aubert, éleve jusqu’à une suprême intensité émotionnelle.
Une distribution enthousiasmante
Pas moins de 14 interprètes sont requis pour cet opéra.
La distribution réunie par Nicolas Joel est exemplaire d’engagement vocal et dramatique. Peut-être en premier lieu faut-il citer, pour la splendeur de son émission et le timbre somptueux de sa voix, le baryton américain Robert Bork, un habitué de notre maison qui campe un Méphistophélès incroyable de puissance et de présence. Le ténor Arnold Bezuyen affronte avec audace, et succès, l’impossible tessiture de ce Faust, tout à la fois ténor héroïque et lyrique. Dans le rôle de L’Homme, Gilles Ragon confirme, mais nous le savions déjà, combien son ténor sait se plier avec souplesse et ardeur aux plus éprouvantes exigences. Dans cet opéra, typiquement masculin, brille tout de même une étoile aveuglante dans le rôle d’Annette : la cantatrice suédoise Karolina Anderson. Soprano colorature au contre fa dièse renversant, et sa partition en est remplie, cette jeune artiste expose des talents qu’il serait étonnant de ne pas retrouver rapidement sur d’autres grandes scènes.
Il convient de citer tous les artisans d’une pareille création, tant leur contribution, pour aussi ponctuelle soit-elle, participe au succès de cet évènement. Il en est ainsi de Patrick Simper (Wagner/Le Moine), Philippe Fourcade (Le Forgeron), Christer Bladin (Le duc/Le Capitaine), Alexandra Coku (La femme du forgeron/La Princesse), Johan Christensson (Kurt), Kim Schrader (Hans), Michael Nelle (Michel), Silvia Weiss (Käthe), Cécile Gallois (Süschen) et Fenna Ograjensek (Lieschen).
Sous la direction experte de Bernhard Kontarsky, la phalange capitoline déploie des trésors de précision et de couleurs.
Une production en forme de livre d’images
Le roumain Pet Halmen signe l’intégralité de cette production.
Axant son travail sur la trilogie du doute, de la nostalgie et de la mort, il met au centre de tous les tableaux, onze au total, une gigantesque tête de mort, objet en même temps que lieu de tous les probables et de toutes les désillusions.
Les techniciens du Capitole ont accompli des prodiges de virtuosité pour enchaîner avec une telle maîtrise des scènes aussi différentes.
Il y aura vraisemblablement d’autres visions de cet opéra, son essence même le présuppose. Pour l’heure, Pet Halmen feuillète pour nous un somptueux livre d’images, riche d’une symbolique parfois difficile à décrypter sur l’instant dans le cadre d’une création mondiale.
La magie du spectacle opère tout de même et si l’attention est sollicitée pour être portée à son comble, ce n’est que pour mieux saisir et appréhender pleinement une œuvre véritablement inspirée.
Robert Pénavayre
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