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Opéra/ Edinburgh Festival Theatre / Scottish Opera /
Lucia di Lammermoor- G. Donizetti (16/06/2007)
     
CRITIQUE

Lucia sur ses terres

 

Après avoir admiré l’immense monument qu’Edinburgh a édifié en son centre à la gloire de son plus prestigieux enfant, Sir Walter Scott, comment ne pas être ému, voire bouleversé, par une représentation in loco du chef d’œuvre donizettien, Lucia di Lammermoor, un opéra largement inspiré d’un roman de l’auteur de Waverley ? Tout, dans cette cité, transpire le romanesque, l’étrange et le mystère, depuis ces hommes en kilt et tartan jusqu’à ces châteaux à nuls autres pareils.
Cela dit, l’ouverture du rideau réserve quelques surprises. Si une brume épaisse et une Lune blafarde envahissent très rapidement la scène, les costumes noirs et sans âge situent le drame dans son intemporalité. Lucia, vêtue de rouge tout d’abord puis arborant la blanche couleur sacrificielle, sera bien la victime d’un système machiste dont sa propre parenté et l’église sont les plus « dignes » représentants. Peu de décors, dans cette production dont la mise en scène sobre et efficace est signée John Doyle, mais une atmosphère lourde, écrasante, quasi angoissante soulignée par la direction intensément dramatique de James Grossmith.

Un plateau de grande qualité

La Lucia de Sally Silver étonne autant par ses qualités que par ses défauts. Au rang de ces derniers, un suraigu un rien laborieux et une colorature manquant de souplesse dans des fioritures, il est vrai, peu banales. Par contre, la voix expose de réelles qualités de timbre, de rondeur et de projection dans le registre du soprano format grand lyrique, des qualités qui donnent donc, de facto, une véritable densité à son personnage. Une interprétation en somme quelque peu paradoxale.



Sally Silver et Andrew Schroeder (Photo Mark Hamilton)

Le baryton Andrew Schroeder abordait pour la première fois le rôle peu flatteur d’Enrico. Grâce à une technique vocale et un sens musical hors norme, celui qui triompha au Capitole de Toulouse en 2006 dans le rôle redoutable de Barak (La femme sans Ombre), se coule avec délice dans les mélismes belcantistes. Sa voix longue et homogène affronte avec autorité les périls de cette tessiture meurtrière, imposant un sol aigu d’une rondeur sidérante et d’une puissance peu commune, phrasant le large cantabile donizettien sur un contrôle du souffle d’une remarquable amplitude. Incontestablement du grand art, d’autant  que le comédien ne cède en rien au chanteur !

 
Un autre bonheur était au rendez-vous de cette représentation, le ténor turc Bülent Bezdüz.
En effet, son Edgardo, vif comme de l’argent, bouillonnant comme un authentique héros écossais, nous bouleverse autant dans sa passion pour Lucia que dans sa douleur face à sa perte et à sa trahison. Son ténor généreux, souple, lumineux, se plie avec musicalité à une partition exigeante réclamant un phrasé sans faille. Son organe, d’un exceptionnel ambitus, parfaitement homogène de couleur et de projection, lui autorise la « folie » d’un mi bémol à la fin du duo du premier acte ! C’est dire les ressources de ce chanteur que l’on verrait bien un jour triompher également dans quelque Tonio  de La Fille du Régiment ou autre Arturo d'I Puritani.....

Bülent Bezdüz (Photo M. Hamilton)


Saluons aussi les autres interprètes de ce spectacle, Nicholas Ransley (Normanno), Alan Fairs (Raimondo), Sarah Pring ( Alisa) et Adriano Graziani (Arturo), sans oublier l’excellence du cadre des chœurs.

Robert Pénavayre

 

 

     

 

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