CRITIQUE
Un triomphe monteverdien
Le quatuor à l'origine des réussites majeures du Capitole de Toulouse vient à nouveau de frapper fort. Très fort. Il s'agit bien sûr de Nicolas Joel (mise en scène), Ezio Frigerio (décors), Franca Squarciapino (costumes) et Vinicio Cheli (lumières). Signant une nouvelle production du Couronnement de Poppée d'une éblouissante luminosité d'intention et de lecture, ils ont inscrit au fronton de la prestigieuse scène lyrique française l'une de ses plus remarquables entrées au répertoire.
Quitte à mettre en scène des personnages peu recommandables, Nicolas Joel les a fait voyager dans le temps et a troqué leurs péplums pour des costumes fleurant bon le fascisme italien. Rien de choquant à cela, d'autant que cela fonctionne à la perfection et rend les nombreux personnages de ce drame d'une brûlante et moderne actualité.
Un plateau au-delà de tout soupçon défendait cet ouvrage réputé difficile. Et l'on ne sait qui admirer le plus, du fulgurant Néron de Sophie Koch, travesti troublant d'authenticité, d'Anne- Catherine Gillet, Poppée pulpeuse, envoûtante, à la beauté ravageuse, ou bien encore de Catherine Malfitano, donnant la puissance des tragédies antiques à la sombre et pathétique Ottavia. Comment aussi ne pas souligner l'exceptionnelle tenue vocale de la basse italienne Giorgio Giuseppini, Seneca affrontant ses derniers instants avec un courage tout.philosophique. Dans ce concert de louanges, il ne faudrait pas oublier les remarquables interprétations du contre-ténor Max Emanuel Cencic, Ottone déchiré et ô combien émouvant, d'Anders Dahlin, Nutrice ébouriffante d'abattage vocal et scénique, de Gilles Ragon qui, malgré une indisposition passagère chanta une Arnalta plus que haute en couleur, de Sabina Puertolas, Drusilla flamboyante d'amour et de courage, d'Emiliano Gonzalez Toro incarnant un Lucano digne du Casino de Paris. Un immense bravo également à tout le reste de cette distribution qui, avec un talent au diapason, cimenta définitivement le très haut niveau de ce spectacle dont la tenue musicale, tout aussi superlative, était confiée à Christophe Rousset et ses Talens Lyriques.
Robert Pénavayre