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Opéra/ Théâtre du Capitole / Cosi fan Tutte / W.A. Mozart (20/01/2006)
     

Un trio féminin inattaquable. De gauche à droite : Tamar Iveri (Fiordiligi), Sophie Koch (Dorabella) et Anne-Catherine Gillet (Despina) - Photo Patrice Nin


OpéraC

CRITIQUE

L'évidence du bonheur lyrique

Absent de notre scène depuis une quinzaine d'année, l'un des multiples chefs d'ouvre de Mozart : Cosi fan Tutte, nous revient dans une interprétation en tous points jubilatoire.

En reprenant cet ouvrage, ce n'était pas à une reprise comme les autres à laquelle Nicolas Joel conviait son public, mais plutôt à un émouvant hommage à l'un des géants de la mise en scène disparu fin 1997 : Giorgio Strehler. Un hommage d'autant plus émouvant que cet artiste ne verra jamais l'aboutissement de sa réflexion sur cet opéra puisqu'il nous quitta peu avant la générale de cette nouvelle production faîte à l'attention du Piccolo Teatro di Milano.

Et l'on reste, une fois de plus, confondu par l'acuité et la finesse de son propos, la fluidité de ses mouvements, la beauté picturale de ses tableaux. Malgré une sidérante économie de moyens, cet opera buffa déroule les arcanes de relations amoureuses pour le moins ambiguës avec une précision et une netteté de trait stupéfiantes. Lisant respectueusement la partition et soulignant simplement l'essentiel, Giorgio Strehler plonge au cour même du génie mozartien et de cette Ecole des Amants dont aucun protagoniste ne sortira indemne. Beau comme l'Antique.

Un autre bonheur nous attendait dans la fosse car Claus Peter Flor était à nouveau convié (après les Noces et la Flûte) à diriger un Mozart à Toulouse. Timbales baroques, flûte en bois, vibrato en sourdine, l'Orchestre du Capitole redécouvre des sonorités d'un autre siècle. Après une fulgurante ouverture, quelque peu déconcertante de rapidité faut-il avouer, la cathédrale sonore de cette immense partition de plus de trois heures se met à respirer au plus près d'une tragi-comédie aux atmosphères capricieuses. Et c'est un régal de voir ce maître allemand devenir complice actif d'un plateau en proie à la pire des manipulations amoureuses. L'Orchestre est virtuose jusqu'au délire, répliquant avec une fantastique justesse de ton dramatique aux péripéties humaines.

Sur le plateau, et dans une distribution haut de gamme, une jeune soprano explose complètement dans le rôle de Despina : Anne-Catherine Gillet. Dotée d'un abattage éblouissant d'aisance, mais aussi d'un organe aux couleurs à la fois fruitées et lumineuses, musicienne exceptionnelle, styliste accomplie, elle impose une présence magnétique qui en dit long sur son talent. Et quand on pense que nous la revoyons cette saison dans Le Couronnement, Arabella et Le Triptyque, il y a vraiment de quoi jubiler d'avance. A ses côtés saluons aussi la formidable prestation de Tamar Iveri en Fiordiligi. Artiste déjà applaudie sur les plus grandes scènes du monde, elle franchit avec une incomparable aisance l'écriture meurtrière de ses deux grands airs, tout comme d'ailleurs Sophie Koch, Dorabella pleine d'un charme mutin absolument irrésistible. En choisissant ces deux interprètes, nul doute que Nicolas Joel jouait sur un subtil mariage de timbres. Mariage réussi, ce qui donna des duos d'une beauté à couper le souffle.

Alors, même si le trio masculin avec, cela dit, d'indéniables qualités (Brett Polegato/Guglielmo, Tomislav Musek/Ferrando, Carlos Chausson/Don Alfonso), ne pouvait que rivaliser légèrement en retrait par rapport au trio féminin, la coupe, de toute façon, était déjà largement assez pleine de bonheur pour que ces reprises s'inscrivent d'ores et déjà en lettre d'or dans les annales capitolines.

Robert Pénavayre

 

 

 

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