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Opéra/ Théâtre du Capitole /I Quattro Rusteghi - E. Wolf-Ferrari (07/03/2008) |
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CRITIQUE
Les Joyeuses Commères du Grand Canal
Volant de triomphe en triomphe, la création au Théâtre du Capitole de Toulouse de "I Quattro Rusteghi", cette œuvre peu connue d’Ermanno Wolf-Ferrari est un vrai bijou d’invention scénique et de jubilation lyrique.
Signée du directeur artistique de l’Opéra de Zürich, Grisha Asagaroff, pour la mise en scène, et Luigi Perego pour les décors et costumes, cette production zürichoise est un ravissement de tous les instants. Un astucieux dispositif nous montre, tel un gigantesque puzzle, une fresque reproduisant le célèbre tableau de Canaletto : Vue sur le Grand Canal. Se démontant à l’envie, cette peinture laisse entrevoir des espaces dans lesquels le « drame » va se dérouler, tout en les situant en permanence dans l’optique de cette ville fabuleuse qu’est Venise. Les changements à vue sont confiés à une poignée de comédiens ayant enfilé les costumes principaux de la commedia dell’arte, autre clin d’œil bien sûr, mais aussi façon terriblement subtile de prendre de la distance par rapport aux évènements, transformant de facto les protagonistes en véritable pantins de leur propre vie. Alerte et dynamique, la mise en scène s’inscrit dans le tourbillon d’un vaudeville happé par la frénésie du mythique carnaval, une mise en scène soulignant avec virtuosité les points forts de cette partition que sont les ensembles. |

Carlos Chausson, Roberto Scandiuzzi et Giuseppe Scorsin – Quand les Rustres
envisagent le pire pour leurs épouses…
(Photo Patrice Nin) |
A l’exception, notable, de l’Espagnol Carlos Chausson, toute la distribution est italienne. Et pour cause, cet opéra étant en fait une immense conversation musicale à l’image de certaines œuvres de Richard Strauss, grand contemporain du compositeur.
Ici point d’air au sens bel canto 19ème siècle, mais une ligne de chant qui n’a rien à envier aux plus prestigieux représentants lyriques de la péninsule italienne. Et, surtout, des ensembles d’une vertigineuse complexité et d’une précision implacable demandant une énorme attention dans la cohésion fosse-plateau.
Bien sûr il faut citer tous les interprètes de ce spectacle, plus d’ailleurs pour leur homogénéité générale que leurs qualités individuelles, forts honnêtes au demeurant. Roberto Scandiuzzi et Carlos Chausson dominent cependant une distribution des plus louables, complètement engagée dans cette intrigue shakespearienne, et qui nous valait le plaisir d’entendre Marta Moretto, la toute jeune Diletta Rizzo Marin, Paolo Rumetz, Luigi Petroni, Chiara Angella, Giuseppe Scorsin, Daniela Mazzucato et Francesco Piccoli.
L’Orchestre National du Capitole, galvanisé par le maestro Daniele Callegari, nous fit découvrir une partition d’une magnifique beauté, conjuguant avec un art consommé plusieurs siècles de création musicale pour faire de cet opéra une œuvre originale d’un grand raffinement, pleine d’émotion, d’énergie et, finalement, de charme.
De pareilles représentations donnent une véritable fringale de découverte des autres opéras d’Ermanno Wolf-Ferrari ! Il en reste… 12 !
Robert Pénavayre
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