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Opéra/ Théâtre du Capitole / Der Rosenkavalier (09/05/2008)
     

CRITIQUE

Un sommet d’élégance

Il est encore trop tôt pour établir un bilan de la direction capitoline de Nicolas Joel. Premièrement parce que cette saison n’est pas achevée. Deuxièmement parce que sa saison 2008/2009 s’annonce tout simplement passionnante. Mais, en tout état de cause, ce Rosenkavalier est entré directement dans la légende dorée de notre prestigieuse salle lyrique, ce Capitole connu du monde entier alors que la plupart aurait du mal à situer Toulouse sur une carte !

Dès les premières et meurtrières mesures, le ton est donné. Tout au long de cette partition fleuve de plus de trois heures, notre orchestre va se montrer au faîte de sa virtuosité. Des cordes littéralement somptueuses de velours et de brillance et une harmonie d’une maîtrise absolue, voilà ce que le chef d’orchestre tchèque Jiri Kout dirige ce soir de première. Avec lui, c’est toute la sensualité de la phrase straussienne qui s’exprime, dans ses abandons les plus langoureux comme dans ses élans les plus déchaînés. Le maître d’œuvre de cette magnifique réussite est là.


Une présentation de La Rose que les spectateurs n’oublieront pas de si tôt
(Photo Patrice Nin)


Dans les décors monumentaux beige clair et or d’Ezio Frigerio, les somptueux costumes de Franca Squarciapino et les lumières toujours aussi magiques de Vinicio Cheli, Nicolas Joel (metteur en scène) tisse, pour la première fois de sa carrière, ces liens impalpables qui unissent les trois principaux protagonistes de cet opéra. Des liens amoureux, bien sûr, qui se démêleront dans ce moment unique entre tous qu’est le trio du dernier acte. Pour bien en souligner l’importance comme l’intemporalité, Nicolas Joel va, momentanément, cacher le décor de la taverne. La communion avec la salle devient alors totale et cet instant capital dans lequel la Maréchale tourne la page de sa jeunesse, Octavian devient un homme et Sophie s’éveille à l’amour, fait littéralement chavirer le Capitole. Que de gorges nouées, que de larmes ! Nicolas Joel reçut d’ailleurs une ovation personnelle au salut final.

Troisième acte, de gauche à droite : Sophie (Anne-Catherine Gillet) La Maréchale
(Martina Serafin) et Octavian (Sophie Koch) – Un trio pour l’éternité de la mémoire
capitoline. (Photo : Patrice Nin)


Dans un plateau de haute tenue, un Chevalier de toute beauté

C’est bien sûr l’Octavian de Sophie Koch qui ouvre le ban. Portant le travesti comme peu sont capables, au monde, de le faire, elle incarne ce jeune Chevalier avec un aplomb incroyable de fougue et de sincérité. Son mezzo, nourri d’une formidable musicalité, laisse voir toutes les couleurs des affres de l’amour. On ne s’étonne plus qu’elle soit invitée à chanter ce rôle sur les scènes les plus exigeantes de la planète (Vienne, Londres, Baden- Baden).


Octavian (Sophie Koch) et Sophie (Anne-Catherine Gillet)
L’élégance et l’émotion à l’état pur
(Photo : Patrice Nin)


Effectuant ses débuts sur notre scène, la soprano viennoise Martina Serafin (La Maréchale) déploie une élégance et une noblesse dans lesquelles affleure en permanence une indicible émotion. Sa longue fréquentation de ce rôle dans le monde entier en fait une interprète privilégiée.


La Maréchale (Martina Serafin) en conversation avec Le Chanteur italien (Ismael Jordi) (Photo : Patrice Nin)

Pour sa prise du rôle de Sophie, Anne-Catherine Gillet essuie les feux de la rampe avec un trac bien compréhensible. Elle retrouvera la plénitude de ses magnifiques moyens vocaux dans un troisième acte parfaitement maîtrisé.
Autre habitué « planétaire » du Baron Ochs, la basse autrichienne Kurt Rydl est tout simplement monumental. Son timbre noir et sa formidable projection, de même qu’une décontraction scénique époustouflante en font aujourd’hui un interprète irremplaçable.

A vrai dire, tous les autres rôles, artisans quelque part de cette réussite, seraient à citer.
Soulignons tout de même le Faninal luxueux  d’Eike Wilm Schulte, la Marianne d’Ingrid Kaiserfeld, le Valzacchi d’Andreas Conrad, l’Annina d’Elsa Maurus et le Commissaire de Scott Wilde. Mais non, je n’ai pas oublié le Chanteur italien, d’autant qu’avec Ismael Jordi, là aussi nous tutoyons le luxe. Il n’est que d’entendre sa très courte intervention, magnifiée par un timbre aux accents solaires et un phrasé stupéfiant de souplesse. C’est lui qui assure le Midi du Capitole autour de ce Chevalier, Jeudi 15 mai. Gageons sur une affluence record !

Robert Pénavayre




 

infos
 

Prochaines représentations : 11, 13, 16 et 18 mai 2008
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org


 
 
 
 
Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
2008-2009








 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir l'interview du ténor Ismael Jordi, de Sophie Koch et les présentations d'un DVD, d'un CD et de la revue
"L'Avant Scène Opéra" consacrés au
"Chevalier à la Rose"

 

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