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Opéra/ Théâtre du Capitole - 48ème Concours International de Chant de Toulouse - 11/09/2010
     

CRITIQUE

Peu enthousiasmant

La 48ème finale du Concours international de chant de Toulouse ne laissera pas un souvenir impérissable. En n’accordant pas de récompense suprême aux hommes, le jury ne s’y est pas trompé.

Après avoir passé les épreuves des éliminatoires et des demi-finales, 12 candidats avaient été retenus pour s’affronter dans cette joute amicale qui n’est pas sans rappeler celle des maîtres chanteurs chers à Wagner.

De gauche à droite : Inhui Kim (3ème prix ), Anna Kasyan (3ème prix), Eduarda Melo
(2nd prix), Yuan-Ming Song (1er prix), Gevorg Grigoryan (2nd prix) - Photo Patrice Nin

Un seul Premier grand prix a été décerné. C’est une chinoise de 26 ans, Yuan-Ming Song qui va l’emporter. Et à juste titre tant ses qualités techniques sont indiscutables : voix longue, homogène, l’artiste est musicienne et nuance à merveille son chant, le phrasé est soutenu par un contrôle remarquable du souffle. Si l’air d’Elisabeth de Valois (Tu che le vanita) du Don Carlos verdien présenté en finale se situe actuellement dans ses limites, par contre le premier air de Liu (Turandot 1er acte) présenté en ½ finale fut une merveille d’émotion et de legato. Cette jeune artiste peut d’ores et déjà chanter ce rôle sur des scènes majeures. La portugaise Eduarda Melo (31 ans) remporta le Deuxième grand prix en chantant par deux fois… le même air : la valse de Juliette dans le Roméo et Juliette de Gounod, l’orchestre n’ayant pas le matériel nécessaire pour la Giuditta de Lehár qu’elle devait présenter en finale. Ce niveau de récompense est assez surprenant malgré tout. Certes son français est irréprochable et elle nous donne à entendre dans le medium quelques belles nuances, mais la quinte aigu est d’une stridence assez alarmante et le timbre manque singulièrement de charme. C’est une géorgienne de 29 ans qui se vit attribuer le Troisième grand prix : Anna Kasyan. Et c’est normal car cette jeune interprète fait valoir des qualités intrinsèques remarquables : voix longue, homogène, conduite avec souplesse, phrasé généreux, style parfait. Tout cela nous l’avons retrouvé d’abord dans un extrait de la Fille des neiges de N. Rimski-Korsakov et, en finale dans l’air meurtrier extrait de la Semiramide de Rossini : « Bel raggio ».La maestria avec laquelle elle a interprété cet air redoutable, la précision de la vocalise en particulier, fait oublier rapidement un aigu légèrement voilé.
Le Deuxième prix homme est revenu à la basse russe Gevorg Grigoryan (29 ans). Assez convaincant en ½ finale avec un air extrait d’Aleko de Rachmaninov, il confirma les qualités de cette prestation en finale avec un extrait de Nabucco : « Del futuro ». La voix est clairement impressionnante en termes de projection et le timbre d’une belle couleur. Une certaine dureté dans l’aigu ainsi qu’un registre grave un rien confidentiel devraient alerter ce jeune chanteur qui décrocha au passage le Prix du Centre National d’Artistes Lyriques décerné par Alain Lanceron, Président du CNIPAL. Le Troisième grand prix est échu au sud-coréen : Inhui Kim. Âgé de 32 ans, ce baryton nous avait déjà séduits lors des ½ finales avec un Rigoletto (Cortigiani..) de très belle facture mettant en valeur son tempérament dramatique, mais aussi une belle projection sur l’ensemble de sa tessiture et un aigu conservant de chaudes colorations barytonnantes. Son « Nemico della patria », extrait de l’Andrea Chénier de Giordano présenté en finale confirme toutes ses qualités.
Avant de conclure sur ce Concours, soulignons tout de même quelques absences de la finale assez incompréhensibles vue leurs parcours en ½ finale. Il s’agit, en particulier, du baryton bulgare Alec Avedissian qui tint le public sous le charme d’une voix au timbre de velours, conduite avec une musicalité inégalée dans ce concours. Un murmure d’émotion se fit entendre à la fin de sa prestation, et pourtant il s’agissait de l’air relativement peu connu de Fritz dans La Ville morte de Korngold. Tout simplement somptueux ! Souhaitons-lui d’avoir à l’avenir des oreilles plus attentives…
Dans la catégorie des oubliés, citons également le baryton ukrainien Vladimir Kapshuk, merveilleux Hamlet, prononçant un français plus qu’idiomatique, entrant immédiatement dans son personnage, interprétant cette scène très tendue au cours de laquelle il vante les mérites du vin avec un abattage vocal et scénique totalement bluffant à 27 ans ! Il faut citer également cette soprano sud-coréenne, Yunjeong Lee, superbe Gilda, voix longue, technique superlative, timbre séduisant, suraigus vertigineux…
Mais ainsi en va-t-il de tous les concours, avec leur lot de joies et de frustrations lorsque la subjectivité humaine est en jeu.
Et la France dans tout cela ? Trois chiffres résument à eux seuls la situation : 22 inscrits (sur 115 au total), 3 finalistes, 0 prix ! No comment.

Robert Pénavayre

 

infos
 

Renseignements et réservations pour les abonnements :

www.theatre-du-capitole.org

 

Finale
Samedi 11 septembre à 20 h
Théâtre du Capitole
Orchestre National
du Capitole
Graeme Jenkins, direction

 

 

 

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