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Opéra/ Théâtre du Capitole - La Bohème - Giacomo Puccini 03/10/2010
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CRITIQUE
Les "Don Quichotte" de… Puccini
Il y a peu de chance pour que le compositeur de La Tosca ait eu l’intuition, il y a un siècle, qu’un jour sa chère Bohème abriterait des "Enfants de Don Quichotte" du 21ème siècle. Et pourtant, la nouvelle production de cet opéra qui ouvre la saison 10/11 du Capitole, signée Dominique Pitoiset, servie par un remarquable plateau vocal et sous l’intense direction de Niksa Bareza, nous montre sans ménagement aucun la pérennité de l’exclusion. Et de la fracture sociale. |

1er acte : De gauche à droite : Diogenes Randes (Colline), Teodor Ilincai (Rodolfo), Arttu Kataja (Schaunard) et Dario Solari (Marcello) - Photo Patrice Nin |
Nous ne sommes plus au 19ème siècle, les décors de Dominique Pitoiset nous l’indiquent dès le lever de rideau, de même que les costumes très actuels de Nathalie Prats. Ces bohèmes-là, nous les croisons tous les jours en détournant le regard. Qu’ils soient sous leur tente ou dorment à côté des poubelles, ils font partie intégrante de notre société, qu’elle soit louis-philipparde ou sarkozienne. C’est dans la perspective séculaire de cet état de fait que s’inscrivent la logique et la cohérence du propos de Dominique Pitoiset. Rarement une transmutation aussi radicale d’époque aura connu un pareil bonheur. Bonheur doublé ici d’une mise en scène que l’on devine rapidement comme celle d’un homme de théâtre avant tout. Chaque geste et chaque mouvement sont d’une rare pertinence et ajoutent au propos, d’autant qu’ils font fi des conventions théâtrales lyriques. Nous sommes dans la vraie vie à un point tel que l’émotion ne cesse de monter jusqu’à un dénouement qui, pour être connu de tous, ne nous laisse pas moins en larmes. Les quelques manifestations qui accueillirent l’équipe de production, pour aussi traditionnelles soient-elles, n’entamèrent en rien l’enthousiasme d’une salle conquise qui fit un véritable triomphe à ce spectacle. |

3ème acte : Dario Solari (Marcello) et Carmen Giannattasio (Mimi) - Photo Patrice Nin |
Dans un plateau vocal de haute volée, une découverte majeure : Dario Solari
Ces reprises de Bohème nous font connaître une pléiade de jeunes talents, ce qui n’est pas le moindre de leur intérêt. Carmen Giannattasio est une véritable Mimi, cette petite sœur de Manon Lescaut. Ce soprano possède la voix exacte du rôle : ampleur, homogénéité des registres, parfaite projection sur l’ensemble de l’ambitus requis. Son timbre sombre peut désorienter par rapport à un personnage essentiellement fragile, mais l’exigence de la partition est là. On le sait, Mimi est à la limite du soprano dramatique. A ses côtés, le tout jeune Teodor Ilincai est un Rodolfo solaire, profondément émouvant. La voix est homogène, puissante, longue et l’aigu d’une précision et d’une netteté absolues. Dommage alors que des notes sans vibration viennent contrarier ce chant large et généreux. A 26 ans, il y a encore des ajustements possibles. Alors ce ténor pourra prétendre à la cour des grands. Jennifer Black est une Musetta à l’abattage vocal et scénique de tout premier plan. Diogenes Randes est un Colline à la voix de basse impressionnante que l’on devine discrètement habituée d’ores et déjà au répertoire wagnérien. Arttu Kataja compose un Schaunard épatant de souplesse vocale et de présence scénique. Mais la découverte majeure est bien celle du Marcello de Dario Solari. Le public ne s’y est pas trompé et lui a réservé un véritable triomphe personnel. Une voix longue avec des harmoniques barytonnantes qui persistent jusque dans l’aigu, une rondeur d’émission qui en dit long sur la technique vocale de ce baryton, une projection remarquable dans tous les registres, un phrasé souple et large, un cantabile soutenu par un contrôle respiratoire stupéfiant, et une présence en scène qui relève de l’aura charismatique, voilà quelques-unes des qualités de ce chanteur de 34 ans que nous fait découvrir Frédéric Chambert et qui pourrait bien être le grand baryton Verdi de demain. D’ailleurs il chante ce Marcello entre deux Macbeth, l’un à Santiago du Chili le mois dernier, l’autre à Modena début 2011 avant d’aborder à Naples Les Vêpres siciliennes !
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4ème acte : Dario Solari (Marcello), Carmen Giannattasio (Mimi), Teodor Ilincai (Rodolfo) et, debout, Diogenes Randes - Photo Patrice Nin |
Parmi les seconds rôles, dont il faut souligner la grande qualité, il convient tout de même de mentionner le Benoît luxueux de José Fardilha, prochainement Leporello à Amsterdam. Excusez du peu !
Soulignons également la tenue des chœurs (direction Alfonso Caiani) qui, certes, n’ont qu’un meurtrier deuxième acte pour s’exprimer pleinement, mais dont la discipline, la couleur, la précision, le volume aussi, augurent bien des ouvrages à venir.
Maître d’œuvre musical, le maestro Niksa Bareza relie avec beaucoup d’à-propos cette Bohème à Manon Lescaut et à Tosca, deux opéras qui encadrent immédiatement sa composition. L’Orchestre national du Capitole sonne avec rondeur, soulignant avec une énorme dynamique les climats de cet ouvrage. Traversée d’allusions wagnériennes, puissante dans le fatum, diaphane dans la confidence, la direction de Niksa Bareza entraîne le public vers des sommets d’émotion.
Robert Pénavayre |
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infos |
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Renseignements et réservations pour les abonnements :
www.theatre-du-capitole.org
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Représentations
suivantes :
5, 6*, 7, 8*, 10, 12*, 13, 15 et 17 octobre au Théâtre du Capitole
(* jeunes talents) |
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