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Opéra/ Théâtre du Capitole - L'Aire du dire, P. Jodlowski - 05/02/2011
     

CRITIQUE

Le vertige de la voix

Etonnant spectacle que la nouvelle œuvre de Pierre Jodlowski créée le 5 février dernier au théâtre du Capitole. Coproduit avec le chœur de chambre « les éléments » et présenté dans le cadre du cycle « Présences vocales » par le collectif « éOle », Odyssud, le Théâtre du Capitole et le Théâtre Garonne, cet oratorio porte le titre énigmatique de « L’Aire du dire ».


Le compositeur Pierre Jodlowski
Comme Pierre Jodlowski lui-même le présente dans la note d’intention qui introduit le très instructif programme de salle, « L’Aire du dire, sorte d’oratorio aux multiples voix, repose… sur l’éloge de la parole ; celle qui nous structure, celle qui borne le champ conscient de la mémoire, celle qui tisse notre réseau émotionnel, nous permet d’accepter la fiction du monde. »
Cet oratorio en 19 scènes est écrit pour les douze chanteurs du chœur « les éléments », mais également pour électronique et vidéo. Etrange sujet a priori pour un opéra ! Mais après tout, Richard Strauss lui-même ne basait-il pas l’intrigue de son dernier opéra, Capriccio, sur la prédominance des paroles ou de la musique dans l’art lyrique ? Bien sûr, là s’arrête la comparaison. Le rôle du discours, de la parole, dans notre vécu quotidien est ici traité par étapes, par paliers.

Le dispositif scénique de l'oratorio "L'Aire du dire" (Photo Patrice Nin)

Le « livret » (pour employer un terme familier aux amateurs d’opéra) rassemble une succession de discours historiques, de prises de parole, d’évocations poétiques dont certaines sont écrites par le compositeur lui-même qui les met en musique. Cette suite est ponctuée périodiquement par une série de six poèmes en prose extraits du recueil Anachronisme de Christophe Tarkos, poète disparu en 2004, déclamés sur écran vidéo par les chanteurs de l’ensemble vocal qui se succèdent ainsi, les yeux fermés. L’évocation systématique dans tous ces poèmes de l’hiver dans un parc constitue comme un thème musical qui reviendrait imprimer nos mémoires d’un repère aux allures de leitmotiv.
S’il est préférable d’être informé de cette démarche avant d’assister à la représentation, sa réalisation créé une atmosphère immédiatement sensible et évocatrice qui enveloppe le spectateur. Il est ainsi impossible de dissocier l’œuvre de son interprétation raffinée et de sa présentation scénique particulièrement élaborée. Le ton est donné dès l’entrée dans la salle, habitée de bruits et de paroles éparses précédant le début du spectacle. La mise en scène et surtout la mise en lumière du spectacle, toutes deux magnifiquement conçues par Christophe Bergon, confèrent toute sa force au propos de l’œuvre.


Joël Suhubiette maître d'oeuvre de cette production (Photo Patrice Nin)

La partition musicale, composée pour le chœur en direct, mais aussi pour une intervention électronique, utilise un riche vocabulaire qui ne renie pas l’héritage des grands défricheurs du 20ème siècle : Karlheinz Stockhausen et ses créations électroniques, comme dans « Gesang der Jünglinge » (Chant des Adolescents), Luciano Berio et l’utilisation de la voix étendue aux onomatopées, aux soupirs (on pense à sa Sequenza III pour voix de femme), ou même Györgi Ligeti dans son Lux Aeterna. Néanmoins, Pierre Jodlowski crée ici une œuvre d’une grande originalité par la synthèse qu’elle réalise entre ces éléments et le volet visuel du projet qui contribue stratégiquement à l’assimilation musicale. Il en est même ainsi de la battue de Joël Suhubiette, cheville ouvrière de toute l’exécution. La clarté, la précision de sa direction constituent même un élément visuel structurant de l’écoute. La perfection des interventions chorales est à souligner.
L’émotion est à son comble à l’écoute de la déclaration du chef indien Seattle à propos du destin tragique de sa nation. Emotion soulignée par le dernier poème de Tarkos déclamé par la succession des chanteurs qui ouvrent enfin leurs yeux. La conscience s’éveillerait-elle ?

Serge Chauzy

 

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Renseignements et réservations pour les abonnements :

www.theatre-du-capitole.org

 

Représentations :

5 et 6 février 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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