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Opéra/ Théâtre du Capitole /Simon Bocccanegra - G. Verdi -
09/10/2009 |
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CRITIQUE
Le théâtre de la vie
Avec cette nouvelle production du Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi, la première saison lyrique de Frédéric Chambert à la tête du prestigieux Capitole de Toulouse vient de s’ouvrir sur une formidable réussite couronnée d’un éclatant succès.
Ambiance des grands soirs en ce vendredi 9 octobre 2009. Sur la place Dupuy, devant cette Halle aux Grains devenue haut lieu de la vie musicale toulousaine, la fièvre, l’attente, l’impatience, la curiosité, la crainte aussi peut-être, sont palpables. Date parmi les dates des évènements culturels dont le retentissement va bien au-delà des frontières de la Ville rose, l’ouverture de la saison lyrique capitoline est un rendez-vous crucial. Qui plus est, cette année, cette date était le baptême du feu pour le nouveau directeur de cette institution, Frédéric Chambert. L’homme n’en menait pas large. Et on le comprend. Toulouse possède une tradition de qualité lyrique de niveau largement international, et cela, le précédent directeur, Nicolas Joel, l’a inscrit dans le marbre. Définitivement.
Résultat, et malgré une œuvre dont le suivi dramatique n’est pas évident, le public a fait un authentique triomphe à ce spectacle. Un public heureux.
Un public rassuré aussi, du moins celui qui ne connaissait pas le passé de directeur artistique de Frédéric Chambert à l’Opéra de Paris sous le règne d’Hugues Gall.
Jorge Lavelli, loin du décorum, scrute la vérité des cœurs
En homme de théâtre, il était évident que Jorge Lavelli n’allait pas se laisser piéger par une quelconque reconstitution aux couleurs de la Renaissance italienne. En lieu et place, une nudité d‘un gris mouvant accueille seule ce drame intime de la paternité et du pouvoir. Dans cet espace livré sans retenue à nos regards, Jorge Lavelli scrute au plus profond la vérité des cœurs et des âmes. S’appuyant sur les fantastiques possibilités de cette salle hexagonale, le metteur en scène va se dédouaner entièrement de la relation traditionnelle en matière lyrique donnant une perspective obligatoire entre le plateau, la fosse, le chef d’orchestre et… le public. L’opéra, ou plutôt la pièce de théâtre, qui se joue devant nous, dans des costumes d’un 20ème siècle indécis, est comme un huis clos. D’ailleurs, on n’aperçoit que très partiellement l’orchestre… Les artistes semblent ignorer complètement la présence du public. Ils évoluent de la manière la plus naturelle possible, donnant ainsi un exceptionnel pouvoir émotionnel à tous leurs gestes et déplacements. Du très grand art. Seule touche de couleur dans cet univers crépusculaire, le cabinet de travail du Doge. En fait une cuve rouge sang au milieu de la scène, desservie par des escaliers que l’on devine secrets. C’est là que le drame se jouera, que Simon sera empoisonné et que Gabriele Adorno apprendra la filiation entre sa bien aimée et le Doge maudit par sa famille. C’est la scène clé de l’ouvrage et c’est un fabuleux moment de théâtre lyrique. Inoubliable ! D’autant que Frédéric Chambert avait réuni un casting capable d’affronter un tel défi.
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Andrzej Dobber (Simon) et Alexia Voulgaridou (Amelia)
(Photo: Patrice Nin) |
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Alexia Voulgaridou, une découverte majeure
Au cœur d’un plateau littéralement somptueux, une découverte majeure s’impose : la soprano grecque Alexia Voulgaridou. Découverte au moins à deux titres, elle faisait ses débuts à Toulouse et abordait le rôle d’Amelia pour la première fois. Véritable Aïda en puissance, cette cantatrice maîtrise d’ores et déjà à la perfection une voix d’authentique soprano lirico-spinto. Capable de magnifiques nuances comme des éclats les plus incendiaires, Alexia Voulgaridou possède une voix d’une magnifique homogénéité doublée d’un ambitus d’une remarquable largeur. Un contrôle du souffle sans appel lui donne accès à un cantabile souverain. On comprend aisément le trac qui devait l’animer pour son « inchantable » air d’entrée. Rapidement cependant l’artiste domine le rôle et nous en donne une interprétation
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absolument enthousiasmante. La suite du plateau est au diapason. Andrzej Dobber met son splendide baryton au service d’un Simon brûlant d’humanité, de courage et de douleur, Arutjun Kotchinian impose de sa somptueuse voix de basse le très beau rôle de Fiesco, Robert Bork est, tout simplement, un luxueux Paolo, c’est tout dire, et Yuri Kissin un excellent Pietro. Mention spéciale cependant pour l’engagement vocal et dramatique de Stefano Secco. Interprète formidablement émouvant, ténor aux moyens considérables en termes de projection, de legato, de style et de musicalité, Stefano Secco, un habitué du rôle à vrai dire, nous fait quasiment redécouvrir toute la richesse d’un emploi ne figurant pas traditionnellement parmi les grands standards des ténors verdiens.
Soulignons enfin les très bonnes interventions de Claude Minich (un capitaine) et Marie Virot (une servante).
Sous la direction de leur nouveau patron, Alfonso Caiani, les chœurs du Capitole accompagnent, scandent, légitiment ce drame avec une exceptionnelle puissance musicale et dramatique.
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Final : Entourant le corps de Simon : Stefano Secco (Gabriele) et Alexia Voulgaridou (Amelia) (Photo : Patrice Nin) |
Face à une partition délicate entre toutes celles de Verdi, Marco Armiliato est le maestro idéal. Conjuguant avec habileté le tonnerre et la caresse, la foudre et le clair-obscur, il installe dès les premières mesures ce Simon Boccanegra parmi les grands chefs d’œuvres du drame lyrique. Il est, ne nous y trompons pas, l’un des artisans majeurs du triomphe de ce spectacle.
Robert Pénavayre |
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infos |
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Prochaines représentations :
Halle aux Grains :
11 octobre à 15h,
13, 16 et 20 octobre
à 20h
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.fr
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Les saisons musicales
lyrique et
chorégraphique
toulousaines
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2009-2010 |
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