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Opéra/ Théâtre du Capitole / Erwartung - Pierrot lunaire - La Voix humaine
16 mars 2010
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CRITIQUE
Psychodrames lyriques
En faisant entrer au répertoire du Capitole deux œuvres capitales de la littérature lyrique du 20ème siècle signées Arnold Schönberg : Erwartung et Pierrot lunaire, Frédéric Chambert poursuit une mission majeure concernant la scène dont il a aujourd’hui la direction : élargir son répertoire et la conforter dans son rôle historique de pôle essentiel de la vie culturelle toulousaine.
Formidablement excitante, cette soirée lyrique tient largement ses promesses. Certes, le programme est moins confortable qu’une énième reprise de Carmen et les prompteurs n’ont certainement jamais été aussi indispensables et… lus, mais l’effort est largement récompensé ! |

Erwartung : Brigitte Pinter (Photo: Patrice Nin) |
C’est avec Erwartung que s’ouvre ce spectacle. Une œuvre courte de 35 mn mais d’une formidable intensité dramatique. Faisant appel à un effectif orchestral considérable et la fosse du TNT, qui accueille pour l’occasion le Capitole, étant largement sous-dimensionnée, il ne reste plus que les cintres du Théâtre dramatique toulousain pour abriter l’Orchestre du Capitole (voir photo La voix humaine). Grâce à quelques aménagements acoustiques, l’exceptionnelle orchestration de cette partition admirablement dirigée par Alain Altinoglu nous parvient dans toute sa densité. Sur scène, la cantatrice autrichienne Brigitte Pinter impose un soprano dramatique clairement « tétralogique », ce qui n’empêche absolument pas cette artiste d’être une musicienne accomplie parant son large phrasé de très belles demi-teintes. Christian Rizzo, metteur en scène, a fait le choix d’un décor mouvant et d’une protagoniste relativement statique, soulignant ainsi dans ce monodrame une absence d’action qui privilégie la schizophrénie qui s’est emparée de cette Femme.
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Pierrot lunaire : Anja Silja
(Photo : Patrice Nin) |
Ce n’est pas sans émotion qu’un certain nombre de mélomanes toulousains ont retrouvé Anja Silja, immense interprète du répertoire allemand, égérie du Nouveau Bayreuth, qui a fait une unique apparition au Capitole dans le rôle d’Eva des Maîtres Chanteurs en 1964, à l’orée d’un parcours impressionnant. Elle revient comme Récitante de ce fameux Pierrot lunaire qui révolutionna littéralement le paysage musical lors de sa création en 1912. A un stade de la carrière où bon nombre de ses collègues se contentent de master classes, Anja Silja affronte les 21 poèmes choisis par le compositeur avec une classe incroyable, optant d’ailleurs davantage pour le chant que pour un « parlé » pourtant largement autorisé, voire sollicité, par Schönberg. Sur scène cette fois et toujours sous la direction d’Alain Altinoglu, la formation instrumentale de chambre requise est composée de musiciens de l’Orchestre du Capitole : Malcolm Stewart (violon), Bruno Dubarry (alto), Sarah Iancu (violoncelle), Sandrine Tilly (flûte et piccolo), Jean-Claude Decamps (clarinette et clarinette basse), ainsi que d’un musicien invité, le pianiste Jean-Marie Cottet. Ils accompagnent ce mélodrame, à l’origine écrit pour une « diseuse de cabaret », avec une hallucinante précision et une acuité de traits vertigineuse (l’éblouissant violoncelle de Sarah Iancu !). Christian Rizzo s’offre ici comme une pause, en cela que la Récitante est simplement assise, tenant ses textes imprimés blanc sur noir. Tout repose donc sur l’émotion que portent le phrasé et l’accentuation. Tout ? Voire. En effet, se découpant sur un panneau blanc, une ombre se dessine, sorte d’ectoplasme noir, sans véritable mission à part celle de nous intriguer. Son inquiétante déambulation autour de la soliste (peut-être est-ce Pierrot ?) a tout du cauchemar et finit par installer un climat d’angoisse (est-ce la Lune ?) s’inscrivant parfaitement dans l’atmosphère symbolique des poèmes d’origine.
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La voix humaine : Stéphanie d’Oustrac (Photo : Patrice Nin) |
Pour clore la soirée, Frédéric Chambert a programmé une reprise (la première depuis la création en 1959 !) de La voix humaine de Jean Cocteau sur une musique de Francis Poulenc.
Retour de l’orchestre dans les cintres. Sur scène, Stéphanie d’Oustrac aborde le rôle. Dans un appartement encombré de meubles qui vont disparaître petit à petit, laissant in fine la scène entièrement nue, la cantatrice française s’empare du rôle avec une autorité sans appel. Son timbre chaud et sensuel, sa voix longue et homogène, sa parfaite prosodie, son sens évident de la scène, tout concourt à faire de cette artiste habitée une interprète incontournable de cette tragédie lyrique de trois quarts d’heure.
Alain Altinoglu l’accompagne avec une sensualité de tous les instants, dirigeant cette partition un rien décalée par rapport à son temps, avec un esprit et une authenticité de ton musical complètement enthousiasmants. Christian Rizzo propose ici une mise en scène d’une grande netteté, impitoyable dans sa lente et inexorable évolution vers le drame de la rupture, mettant ainsi un point final à une soirée d’une remarquable cohérence dramatique et musicale.
Robert Pénavayre |
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Prochaines représentations :
19, 21, 23 et 25 mars 2010 au TNT
ATTENTION :
Les représentations ont lieu au T.N.T
1, rue Pierre Baudis
TOULOUSE
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.fr
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chorégraphique
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