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Opéra/ Théâtre du Capitole / Iolanta - P.I. Tchaïkovski -
26/03/2010 |
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CRITIQUE
Comme une Belle au bois dormant…
L’entrée au répertoire du Capitole de Toulouse de Iolanta, l’ultime opéra de Tchaïkovski, s’est faite à la Halle aux Grains dans une production bouleversante d’émotion et une direction d’orchestre totalement enthousiasmante.
Nombreux étaient certainement les mélomanes qui avaient découvert cette œuvre en 2007, lorsque l’Orchestre du Capitole l’avait programmée dans sa saison de concert. La production que nous présente Frédéric Chambert aujourd’hui, la première réalisée en France (!), rend pleinement justice à un ouvrage souffrant de sa proximité avec Eugène Onéguine et La Dame de pique. Et pourtant, quelles différences ! Autant les uns appartiennent au monde de la violence et des amours contrariées, autant ce dernier opus nous replonge dans le monde des contes avec happy end obligatoire. Et dans ce domaine, Jacques Osinski (metteur en scène), Christophe Ouvrard (décors et costumes) et Catherine Verheyde (lumières) n’ont pas cherché une quelconque transmutation spatio temporelle, adoptant le livret dans toute sa pseudo candeur et lui donnant les formes et les couleurs de nos légendes enfantines, celles dans lesquelles le preux chevalier venait délivrer la belle princesse. Et çà marche ! L’espace Halle aux Grains aidant, nous voici face à une serre gigantesque, toute semée de roses. C’est le domaine magique de Iolanta, celui enchanté dans lequel son père lui fait vivre, sans douleur, son implacable malheur. Iolanta est aveugle de naissance et ne le sait pas. Tons pastels et lumières irisées baignent cet univers clôt avec une infinie douceur et une tendre poésie qui enchantent littéralement l’esprit. La sobre direction d’acteur de Jacques Osinski ajoute au sentiment de sérénité extrême qui est l’apanage de cette œuvre testamentaire.
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Gelena Gaskarova, Iolanta (Photo : Pierre Grosbois) |
Dans la fosse, l’Orchestre du Capitole interprète une partition d’une redoutable difficulté avec une virtuosité sans faille (un immense bravo aux pupitres des vents). Tugan Sokhiev dirige cet opéra issu de ses racines profondes (et comme cela se sent !) d’une manière quasi symphonique, faisant ruisseler de somptueuses et mystérieuses couleurs de cette musique d’un flamboyant romantisme portée ici vers des sommets d’émotion par un souffle exceptionnel.
L’entière distribution fait ses débuts « capitolins ». Tchaïkovski oblige, elle est d’Europe Centrale avec les timbres denses et les émissions franches et incisives qui en sont les signatures. Si l’on peut regretter le chant peu élégant et les limites du ténor Akhmed Agadi (Vaudémont), la Iolanta de la jeune soprano Gelena Gaskarova recueille tous les suffrages grâce surtout à une très belle musicalité et une superbe ligne de chant. Soulignons également les interventions remarquables pour leur tenue d’Anna Kiknadze (Martha), Eleonora Vindau (Brigitte) et Anna Markarova (Laura).
La suite de la distribution masculine est dominée par le solide en même temps que souple et percutant baryton Valeri Alexeev, superbe Ibn Hakia dont le grand monologue prend ici, de par son contenu, les allures d’une véritable consultation psychiatrique à l’attention du roi René. Ce dernier trouve dans la basse Mikhail Kolelishvili un artiste de bon aloi, à défaut d’être convaincant scéniquement. Le compagnon de Vaudémont, Robert, de nationalité britannique, est le seul « étranger » du plateau. Même si la voix de Garry Magee n’est pas exceptionnelle, grain agréable mais ambitus un peu court, force est de reconnaître que dans ce rôle, ici carrément tourné vers la dive bouteille, (on n’est pas Duc de Bourgogne pour rien), il campe son personnage avec une certaine efficacité malgré sa brièveté.
Il ne faudrait surtout pas omettre de dire notre plaisir d’entendre, certes dans des seconds rôles, deux jeunes artistes prometteurs, la basse Eduard Tsanga (Bertrand) dont le phrasé et la musicalité étonnent dans ce type d’emploi, ainsi que le ténor Vasily Efimov (Alméric), vibrant de présence et doté d’une voix au timbre lumineux, parfaite d’homogénéité et magnifiquement projetée sur toute la tessiture. Deux noms à suivre.
Si les chœurs, contrairement à de nombreux opéras russes, n’ont pas ici une présence prépondérante, il convient néanmoins de souligner combien la préparation assurée par Alfonso Caiani leur permet d’aborder avec autorité et musicalité leurs courtes interventions.
Au total un magnifique spectacle qui s’inscrira dans les mémoires, la Halle aux Grains est une salle décidément magique !
Robert Pénavayre
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Prochaines représentations :
Halle aux Grains :
30 mars et 2 avril 2010 à 20 h
28 mars et 4 avril 2010
à 15 h
Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.fr
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