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Opéra/ Théâtre du Capitole /Dialogues des Carmélites - F. Poulenc -
27/11/2009
     

CRITIQUE

L’émotion à l’état pur

La présente reprise du chef d’œuvre lyrique de Francis Poulenc est l’occasion de revoir, dans une magnifique interprétation,  l’un des spectacles les plus aboutis conçus pour la Halle aux Grains.


"Dialogues des Carmélites" dans le dispositif scénique d'Hubert Monloup et
la mise- en-scène de Nicolas Joel (Photo: Patrice Nin)

Il faut vraiment remercier Frédéric Chambert pour avoir reprogrammé ces Dialogues car, non seulement c’est une œuvre majeure de toute la littérature lyrique du 20ème siècle, mais également parce que la production toulousaine, créée en 1995, est l’une des grandes pages de la vie artistique de notre cité.
Dans les décors et costumes d’Hubert Monloup qui, dans leur grandiose austérité, savent à merveille installer toute la rigueur d’une règle monastique entièrement tournée vers le sacrifice de soi, le metteur en scène Nicolas Joel se focalise avec une profonde empathie sur ce groupe de Carmélites. Elles constituent un seul organisme vivant, réagissant à l’unisson, se protégeant en se regroupant instantanément au moindre danger, ne concédant à déliter leur magnifique union terrestre que dans l’insoutenable montée à l’échafaud. Rien ici ne frôle l’ostentation, tout est fait pour soutenir un texte particulièrement « écrit », porteur de réflexions fondamentales sur la foi et la peur de la mort, tout est fait aussi pour dire la force incroyable de cette foi, force dont l’agitation pathétique et tragique des représentants de la Révolution ne fait que souligner la grandeur et la profondeur. Saluons ici Stéphane Roche à qui revenait la responsabilité de reprendre la mise en scène de Nicolas Joel, aujourd’hui directeur de l’Opéra de Paris.


Sylvie Brunet, saisissante interprète de la première prieure, Madame de Croissy
(Photo : Patrice Nin)

Une distribution enthousiasmante

Le problème de ces Dialogues, en termes de distribution, réside entièrement dans le cast féminin. Ce qui n’empêche nullement d’apprécier la prise de rôle convaincante de Nicolas Cavallier (le Marquis de la Force) et l’impeccable Chevalier de la Force de Gilles Ragon, un artiste dont l’immense talent donne tout son sens à la scène du parloir du 2nd acte. C’est Léonard Pezzino  qui interprète l’Aumônier, avec beaucoup de conviction d’ailleurs, succédant ici et dans cet emploi au regretté Christian Jean décédé en juin 2009, à l’âge de 61 ans, un ténor dont l’exemplarité demeurera. Merci à Frédéric Chambert de lui avoir réservé deux pages d’hommage dans le programme de ce spectacle.
Porteuse de la scène-clé de l’ouvrage, Sylvie Brunet interprète Madame de Croissy avec cette autorité de ton et cette netteté dans la prosodie indispensables à ce rôle. Une véritable ovation, amplement justifiée, l’attendait au salut final. Autre triomphatrice de cette soirée, Anne-Catherine Gillet est une sœur Constance somptueuse vocalement, mettant dans le cristal de son soprano toute la candeur, la spontanéité et l’engagement sans appel de la jeune carmélite.
L’accueil que le public lui a réservé ne trompe pas sur la qualité de l’émotion qu’elle a su lui transmettre.


Anne-Catherine Gillet, touchante soeur Constance (Photo : Patrice Nin)

Un rien en retrait, Sophie Marin-Degor est une Blanche de la Force dont le soprano ne s’accorde peut-être pas tout à fait avec le vaste espace de la Halle aux Grains. Elle domine cependant le véritable séisme spirituel dans lequel se débat la carmélite et en donne une interprétation d’une réelle authenticité. Soulignons également les interventions essentielles et profondément émouvantes d’Isabelle Kabatu (Madame Lidoine) et Susanne Resmark (Mère Marie).
Enfin, un énorme et immense bravo à l’ensemble des autres rôles, chœur inclus, dont la qualité est fondamentale à la réussite d’un tel opéra.
Succédant à Michel Plasson, Patrick Davin, chef d’orchestre belge francophone, a parfaitement compris toute la difficulté de cette partition, une partition marquée au sceau de la musique française, subtile, pleine d’émotion, de couleurs, de dynamiques, allant à la rencontre immédiate de son public. Il a également parfaitement intégré dans sa direction l’étroite alchimie reliant le texte, et donc les voix, à cette musique. Il faut le dire et le redire, le texte de Bernanos est tout sauf un simple livret d’opéra. Il porte en lui, en même temps qu’une incroyable violence, l’essence unique et spirituelle de l’humain.
C’est pour tout cela que l’on ne sort jamais indemne d’une représentation de ces Dialogues.

Robert Pénavayre

 

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Prochaines représentations :
Halle aux Grains :
1er, 4 et 6 décembre 2009

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.fr


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