CRITIQUE
Armando Noguera : un Argentin à Toulouse
Encore sous le charme du magnifique quintette de « Carmen » c’est avec beaucoup de curiosité que nous attendions le récital d’Armando Noguera, donné dans le cadre des Midis du Capitole. Dépouillé de son costume du « Dancaïre », c’est un jeune homme à la belle prestance qui fit son apparition sur la scène du Capitole. Argentin de naissance, Armando Noguera débute l’étude du chant au célébrissime Teatro Colón de Buenos Aires, avant d’intégrer le Centre de Formation Lyrique de l’Opéra National de Paris. Lauréat de nombreux prix, il fait ses débuts d’abord au Teatro Colón en 1999, puis à l’Opéra de Paris en 2002. Il chantera Le Baron cet été aux Chorégies d’Orange dans Traviata. |
Le programme qu’il nous a proposé lors de son récital était un programme entièrement hispanique et hispano-américain. Si l’on connaît bien Manuel de Falla ou Xavier Montsalvatge, il est moins courant d’entendre chez nous des œuvres de Carlos López Buchardo ou Alberto Ginastera, tous deux compositeurs argentins.
Les « Cinco Canciones Negras » du catalan Xavier Montsalvatge, mettaient en musique des textes signés Alberti, Luján, Nicolás Guillén, ou encore Pereda-Valdés pour une « Canción de cuna para dormir a un negrito » qui permit à Armando Noguera de jouer sur toutes les nuances d’une voix tour à tour puissante ou caressante selon qu’il s’agissait d’une berceuse ou du chant de l’esclave noir qui crie sa souffrance dans son dialecte afro-cubain.
Dans les « Siete canciones populares españolas » du grenadin Manuel de Falla, le baryton sut trouver tous les accents qui correspondaient à ce voyage à travers l’Espagne que nous propose le compositeur. Du mélisme « aflamencado » à la mélancolie asturienne, de la douceur de la « nana » à la gouaille d’une jota, la voix d’Armando Noguera fait preuve d’une souplesse et d’une qualité d’interprétation remarquables.
La deuxième partie de son récital faisait la part belle à la musique de son pays d’origine. Carlos López Buchardo, le premier des compositeurs, directeur en son temps du Teatro Colón, formé en France auprès d’Albert Roussel et fondateur du Conservatoire National de Musique de Buenos Aires tout comme Alberto Ginastera qui fut son élève et qui est, avec Heitor Villa Lobos, l’un des plus illustres compositeurs latino américains du XXème siècle, ont souvent composé des « canciones » qui reprennent les rythmes populaires argentins. Ainsi qu’il chante une « zamba », une « chacarera », un « triste » ou un « gato », on sent qu’Armando Noguera vit pleinement cette musique, et y retrouve même l’accent si particulier de son pays.
Si la composition de ce récital était relativement éloignée d’une Carmen ou d’une Traviata (mais assez proche d’une zarzuela, genre que connaît aussi cet interprète), elle nous permet néanmoins d’apprécier une voix aussi à l’aise dans les aigus que dans les graves, souple, ample, généreuse. Elle sait se faire caressante dans les pianissimo, superbement maîtrisée dans la vivacité d’un « gato ». Lorsque l’émission se fait puissante elle n’en reste pas moins parfaitement juste.
Cette heure de concert passa comme dans un rêve. Devant l’enthousiasme du public, Armando Noguera nous fit le cadeau d’un double bis. Le premier, pour son plaisir dit-il, fut un hommage au toulousain Charles Gardes, rebaptisé Carlos Gardel, idole incontestée et éternelle de l’Argentine, avec « El día que me quieras », l’un des plus célèbres tangos de ce chanteur mythique. Le second bis fut un morceau d’Heitor Villa Lobos, hommage à l’excellent pianiste brésilien André Dos Santos qui l’accompagna de façon magistrale tout au long de ce concert.
Armando Noguera mérite toute notre attention, car ce qu’il nous a montré sur la scène du Capitole nous laisse présager une très intéressante carrière.
Annie Rodriguez
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