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Opéra/ Théâtre du Capitole /Salomé - R. Strauss -
15/05/2009
     

CRITIQUE

Dans les fantasmes d’une jeune vierge

La nouvelle production de la Salomé de Richard Strauss, l’avant dernier spectacle de Nicolas Joel au Capitole, vient de sérieusement diviser le public toulousain, non sur la qualité irréprochable de l’interprétation mais sur la mise en scène.

Le roumain Pet Halmen, un habitué des lieux, a signé l’intégralité de cette production : mise en scène, décors, costumes et éclairages. Il est donc venu affronter le verdict du public, seul bien sûr. L’accueil, à vrai dire, a été plutôt sanglant. A part quelques personnes s’égosillant à hurler au génie, la majorité du public a clairement manifesté son mécontentement.
En fait, qu’en est-t-il exactement ?
En l’absence de notes d’intentions dans le programme, toutes les options sont ouvertes quant à la vision que le public peut avoir de ce spectacle.
Au centre d’une scène entourée d’une passerelle, un cercle lumineux délimite l’entrée de la citerne dans laquelle est emprisonné le prophète Jochanaan. Salomé,  sandalettes aux pieds, petite robe blanche et bas rouges, blonde frisée, fait son apparition dans cet univers profondément sombre, dominé par une Lune gigantesque. A ses mains, un cahier rose, genre carnet intime de jeune fille. Autour d’elle, tout un monde va se démener dans une vraie course à l’abîme dont on connaît le final. Ce personnage est-il notre contemporain ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est que tous ceux qui l’entourent appartiennent à un espace temps en complète déflagration. Il est alors permis de supposer que toutes les scènes qui font l’action sont la projection du subconscient d’une jeune fille en proie à ses premiers fantasmes sexuels, mais également ses premiers cauchemars.


Salomé (Camilla Nylund) et Jochanaan (Morten Frank Larsen)
(photo : David Herrero)

 

Sans vouloir être exhaustif, citons tout de même, en scène liminaire, l’abattage systématique d’hommes et de femmes nus d’un coup de pistolet dans la tête, parabole des camps d’extermination  nazis, les costumes des gardes et du Page tout droit sortis de l’imaginaire du meilleur de la BD type héroic fantasy, flirtant avec Moebius et Bilal, le fauteuil  « vivant » d’Hérodias, parfaite illustration de l’assujettissement de l’Homme par l’Homme. Comment oublier également la discussion théologique entre les Juifs assistés par leurs ordinateurs portables, l’arrivée d’un attelage de femmes nues à quatre pattes, tenues en laisse par un esclave d’Hérodias, l’érection au centre de la scène d’un gigantesque phallus transparent au centre duquel, prisonnier,  Jochanaan devient l’objet explicite des attentes de Salomé, cette dernière dansant des pas de valse avec les Juifs en caleçons, lors de la fameuse danse des sept voiles, pendant que de jeunes officiers, torse nu, braguette ouverte, se masturbent benoitement.

Ou encore Salomé révélant à la foule la perversité de son beau-père Hérode, lui arrachant perruque et vêtements, le livrant, chauve et en sous vêtements féminins, à la moquerie générale, Hérode encore embrassant Narraboth venant de se suicider et regrettant simplement la disparition de « ce beau Syrien » qu’il avait fait Capitaine trois jours avant, sans trop savoir pourquoi. Au milieu de ce maelstrom orgiaque, Salomé, paradoxalement, demeure relativement passive, comme spectatrice d’un cauchemar intensément érotique.


A quatre pattes, Hérodias (Doris Soffel), Hérode (Thomas Moser) et Salomé (Camilla Nylund) (Photos : David Herrero)

La scène finale, d’une beauté, elle, à couper le souffle, fait ouvertement référence à une légende selon laquelle Salomé serait morte du côté de… Saint Bertrand de Comminges. Non, non, internautes toulousains, vous ne rêvez pas. Elle serait tombée dans un lac gelé, la glace se serait immédiatement reformée ne laissant apparaître que la tête, comme sur un plateau d’argent.  Donc, ici, point de gardes du corps qui, sur ordre d’Hérode, écrasent sa belle-fille sous leurs boucliers, mais une gigantesque cape blanche qui accompagnera Salomé lors sa chute dans la citerne de Jochanaan, sous un ciel constellé d’étoiles.
C’est vrai que cela fait beaucoup de choses à intégrer, avec une cohérence fort peu évidente, si ce n’est de montrer la brutalité ainsi que la trivialité de l’Homme livré à ses fantasmes et au pouvoir absolu.
Conséquence, tout cela pouvait largement distraire de l’exécution musicale.
Et pourtant !

Une interprétation exemplaire

Saluons tout d’abord le somptueux travail de Pinchas Steinberg à la tête de l’Orchestre du Capitole. Loin d’une interprétation « wagnérienne » de cette partition, il nous en laisse au contraire découvrir toute la modernité. Et c’est magnifique d’intensité, d’émotion, de couleurs, de dynamique. Un triomphe l’attendait au rideau, triomphe qu’il partagea avec une formation toulousaine au mieux de sa forme.
Camilla Nylund est une Salomé au timbre clair et ardent, parfaitement projeté sur tout un large ambitus dont les extrêmes sont ici particulièrement sollicités. Excellente musicienne, elle trace un portrait vocal de la fille d’Hérodias d’une belle complexité d’intention.
Hérodias, justement, était la toujours volcanique Doris Soffel, voix de bronze, tempérament d’acier. Quelle tragédienne ! Thomas Moser avait la lourde tache d’incarner Hérode, un rôle épuisant vocalement et, de plus ici, singulièrement sollicité scéniquement. Tout confondu, il fut exemplaire d’implication.
Morten Frank Larsen est un Jochanaan gigantesque de stature physique et vocale. Le rôle n’est pas long mais nécessite un impact vocal sans faille. Son beau timbre de baryton, sombre et cuivré, et un vrai sens musical font de lui un interprète de premier plan. Soulignons aussi le luxueux Narraboth du ténor Martin Mühle, mais aussi le Page un rien trop confidentiel  de Silvia de la Muela.
Bravo général à tous les autres interprètes, impeccables jusque dans la moindre réplique.
L’important serait que, dans le tohu-bohu général qui salua, si l’on peut dire, l’arrivée sur scène de Pet Halmen, le public n’aille pas jusqu’à oublier une interprétation vocale et musicale que l'on peut largement qualifier d'exceptionnelle !

Robert Pénavayre

 

infos
 

Prochaines représentations :
17, 19, 22 et 24 mai 2009

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org


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