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Opéra/ Théâtre du Capitole / Faust - Ch. Gounod / 19/06/2009
     

CRITIQUE

Nicolas Joel ovationné

C’était inévitable. Malgré les innombrables qualités de ce Faust de Gounod,  dernier spectacle présenté par Nicolas Joel au Capitole de Toulouse, le héros de la soirée, celui dont le nom circulait sur toutes les lèvres ce soir de première, était bien le sien. Le public, très ému, lui a réservé, au rideau final, en guise d’adieu et de remerciement,  une formidable ovation.

Une page que l’on peut qualifier, sans effet de style, d’historique, vient donc de se tourner au Capitole de Toulouse. Le dernier chapitre d’un livre dont l’écriture débuta il y a un peu plus de vingt ans trouve avec ce Faust un épilogue superbe et tout empreint de symboles.
Superbe, nous allons y revenir en détail un peu plus loin. Tout empreint de symboles demande un brin d’explication pour celui qui n’a pas suivi à la trace la carrière de Nicolas Joel dans la Ville rose.
C’est en 1983 que Michel Plasson invite Nicolas Joel à concevoir la nouvelle production de…Faust pour la Halle aux Grains. Pour ce jeune parisien de 30 ans, le coup de foudre pour notre ville est immédiat. Et durable. Depuis 1990, en effet, Nicolas Joel est directeur du Capitole de Toulouse. En quelques vingt années, il va hisser cette scène dans le peloton convoité du top 10 mondial, lui faisant coproduire des spectacles avec New York,  Salzbourg, Milan, Londres, Madrid, etc. Excusez du peu ! On ne compte plus les artistes dont il peut être fier d’avoir assuré, à tous les sens de ce terme, les débuts de carrière, que ce soit Roberto Alagna, Andrew Schroeder,  Marcelo Alvarez ou Sophie Koch. Faust est aussi le symbole de son attachement au répertoire français du 19ème siècle, un répertoire bien injustement décrié aujourd’hui. Symbole enfin que cette invitation, à vrai dire « surprise » pour bon nombre d’observateurs, celle du fils de Michel Plasson, Emmanuel Plasson, pour diriger ces reprises de Faust. Nicolas Joel n’aime pas laisser les choses au hasard. Ou en suspens. Il a bien conscience de clore un cycle important et il s’en donne les moyens. On appelle cela un homme de conviction !

Un superbe épilogue

Revenons à présent à ce spectacle.
Il réunissait, au titre de la production, un quatuor entré dans la légende de ce théâtre, avec, outre Nicolas Joel à la mise en scène, le décorateur Ezio Frigerio, Vinicio Cheli à la lumière et Franca Squarciapino aux costumes. L’alchimie fonctionne toujours avec la même précision, conjuguant l’élégance d’un environnement fait de transparence et de couleurs pastel à la fluidité d’une mise en scène privilégiant l’émotion immédiate toute entière contenue dans le livret et la partition.  A ce titre, la mort de Valentin est un moment d’une incroyable intensité.



Giuseppe Filianoti (Faust)
et Inva Mula (Marguerite)
Photo  : Patrice Nin
 
Sur scène, un autre quatuor défend un ouvrage loin d’être une promenade de santé. Inva Mula est une Marguerite d’une extrême sensibilité, chantant les couplets du Roi de Thulé et la célèbre scène des bijoux avec un véritable luxe de musicalité. La seconde partie de l’opéra la met face à d’autres exigences : air de la chambre, scène de l’église et le meurtrier trio final. Inva Mula fait alors appel à l’ensemble de ses considérables moyens et à une technique sans faille pour franchir sans problème tous les obstacles d’une tessiture devenue plus tendue, sollicitant un ambitus et une projection plus larges.
Giuseppe Filianoti est un Faust d’une prestance vocale aveuglante : timbre solaire, phrasé ample, organe superbement homogène, prosodie française sans faute aucune. Tel que nous l’avons entendu ce soir, il semble que ce ténor puisse aujourd’hui
s’éloigner des Don Ottavio et autre Nemorino dans lesquels il avait triomphé les années passées au Capitole. A l’évidence, un autre répertoire lui tend les bras.


Orlin Anastassov (Méphisto dans La Nuit de Walpurgis) Photo  : Patrice Nin

Le Méphisto d’Orlin Anastassov séduit avant tout par une présence scénique de tout premier plan. Certes la voix est imposante dans son registre central, au demeurant très bien phrasé. Ce sont les extrêmes de l’organe qui ne répondent pas vraiment aux sollicitations nombreuses et exigeantes de cette partition. Le manque de creux et des aigus décolorés devraient alerter ce jeune artiste dont le calendrier particulièrement chargé le voit affiché dans le monde entier.


Andrew Schroeder (Scène de la mort de Valentin) Photo  : Patrice Nin

Andrew Schroeder est le Valentin que nous attendions. Interprétant l’Invocation avec la même rigueur musicale qu’une mélodie des plus inspirées, il laisse éclater dans sa mort des accents d’une violence stupéfiante. Le timbre est toujours là, précieux, rare, mordoré, dont les harmoniques colorent l’ensemble de la tessiture. Le phrasé est souverain, soutenu par un appui et un contrôle du souffle remarquables. Depuis son Mercutio capitolin en 1993, nous savions que le français ne lui posait aucun problème. Confirmation ! Suprêmement stylé, son Valentin s’inscrit dans la plus grande et pure tradition de l’opéra français du 19ème siècle.
Soulignons aussi les belles interventions d’André Heyboer (Wagner), Blandine Staskiewicz (Siebel) et la composition truculente d’Isabelle Vernet (Dame Marthe).
Sous la conduite de Patrick Marie Aubert, les chœurs du Capitole, malgré une partition hérissée de difficultés, furent au diapason de la soirée.
Après avoir conduit au triomphe en février 1998 la création in loco de la Cendrillon de Massenet, Emmanuel Plasson dirigeait pour la première fois à Toulouse le Faust de Gounod, affrontant dans nos souvenirs… celui de son père Michel Plasson. Si nous retrouvons chez ce jeune chef l’ampleur du souffle et du phrasé qui animent la direction de son aîné, le parallèle s’arrête là. Son option pour cette partition est de nous charmer, au sens « vénéneux » du terme. Par ses couleurs crépusculaires et ses tempi à la respiration profonde, Emmanuel Plasson nous envoûte littéralement,  entraînant inexorablement le spectateur dans un conte gothique fait de sortilèges et de passion. Imparable !
Décidément, une soirée à bien des points inoubliable.


Robert Pénavayre

 

infos
 

Renseignements et réservations : www.theatre-du-capitole.org

Prochaines représentations :

23, 26 et 30 juin 2009 à 20 h,
28 juin 2009 à 15 h



 

 

 

 
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