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Opéra/ Théâtre du Capitole /Carmen - G. Bizet-
03/04/2009 |
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CRITIQUE
La reprise attendue d’une magnifique production
Parmi toutes les productions capitolines signées de ce fameux quatuor à l’origine des plus grands succès de l’ère Joel, cette Carmen figure peut-être bien en première place.
Hamlet, Lucia di Lammermoor, Manon, Le Ring (en particulier une somptueuse Walkyrie), mais aussi Otello et Jenufa, enfin la présente Carmen, tous ces évènements majeurs de la vie lyrique toulousaine portent la marque de la collaboration d’Ezio Frigerio (décors), Franca Squarciapino (costumes), Vinicio Cheli, un véritable génie des lumières et bien sûr Nicolas Joel (mise en scène).
Il faut dire et redire combien cette production de Carmen sort des espagnolades habituelles et nous plonge au cœur d’un pays, dans les recoins sombres où le cœur d’une civilisation palpite. A ce titre, le 2nd acte est d’une beauté sidérante, un véritable tableau de maître avec sa perspective fuyante, celle-là même que nous retrouvons dans un dernier acte éclatant d’une lumière chaude, sensuelle et crépusculaire. La fluidité et le naturel des masses en présence est le fil conducteur du travail de Nicolas Joel. Dans une œuvre pareille, réussir ce challenge est déjà un superbe exploit ! Refusant de trop appuyer les situations, préférant les suggérer, il laisse au public le soin, par de subtiles situations, d’appréhender le combat que se livrent, dès le début, ces deux personnages, Carmen et José, représentant chacun une conception de la vie.
En harmonie parfaite avec cette production d’un flamboyant esthétisme, la direction de Daniele Callegari se singularise dès le prélude du 1er acte. Nous ne sommes pas ici dans un sordide bar à tapas jonché de papiers gras. Ce que nous propose le maître milanais conjugue transparence, couleurs, dynamique, légèreté, énergie aussi, contrastes également. C’est un vrai choix, original, bourré d’intentions, une authentique relecture donnant une toute autre perspective à cet ouvrage.
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Final de Carmen: Anna Caterina Antonacci (Carmen) et Zoran Todorovich (Don José)
(photo P. Nin) |
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Des successions difficiles
Succédant à l’incontournable Béatrice Uria-Monzon, qui fut la célèbre cigarière lors des deux dernières reprises (1997 et 2007), la cantatrice italienne Anna Caterina Antonacci séduit avant tout par une parfaite prosodie et une belle musicalité. Aucune faute de goût dans une interprétation que l’on aurait cependant souhaitée un rien plus engagée autant vocalement que dramatiquement. Méforme passagère ? adéquation d’un rôle et d’une voix ?
Comment passer après un Marcelo Alvarez ? Pourtant le Don José de Zoran Todorovich ne manque pas d’atouts. Son engagement scénique, la puissance d’une émission qui laisse place aussi à de très belles demi-teintes (le final de La fleur !), un phrasé et un français sans appel, en somme un bon Don José qui fait passer le frisson dans un dernier acte déchirant. |
Inva Mula fut la Micaëla de luxe que l’on attendait. Musicienne hors norme, elle ne fit qu’une bouchée de ce rôle et récolta un triomphe attendu à la fin de son air du 3ème acte. Ainsi qu’au rideau final…
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Inva Mula (Micaëla) dans son air du 3ème acte(photo P. Nin) |
Après la valse des prétendants à Escamillo qu’a connu cette reprise, c’est finalement Angel Odena qui endossait in extremis l’habit de lumière. Avantage non négligeable, il connaissait la production. Nous retrouvions donc le baryton espagnol et sa voix d’un métal à toute épreuve.
Enorme satisfecit pour les seconds rôles qui traversent en permanence cet ouvrage, que ce soit la basse François Lis (Zuniga), le baryton Francis Bouyer (Moralès) ou encore le fin quatuor des contrebandiers, fantastiques dans le 2nd acte : Sophie Graf (Frasquita), Blandine Staskiewicz (Mercédès), Armando Noguera (Le Dancaïre) et Emiliano Gonzalez Toro (Le Remendado). Soulignons enfin, pour leur splendide tenue, le Chœur et la Maîtrise du Capitole, placés sous la direction de Patrick Marie Aubert.
Séquence émotion
Je ne souhaite pas passer sous silence l’incroyable moment d’émotion, au moment des saluts à la fin de l’ouvrage, que fut l’arrivée sur scène de Nicolas Joel. Tout le monde sait l’accident de santé qui l’a frappé l’été dernier. Avec un courage extraordinaire qui fait l’admiration de tous, Nicolas Joel a entamé un combat de chaque instant contre les séquelles de cet AVC. Droit comme un I et seul, il est venu attendre le verdict d’un public qui, vaincu par l’émotion lui a réservé un véritable triomphe. Ne doutons pas un seul instant que cette formidable ovation était autant pour le metteur en scène, le directeur du Capitole que, tout simplement, pour l’homme. Chapeau bas !
Robert Pénavayre
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