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Opéra/ Opéra Théâtre d'Avignon - I Capuleti e i Montecchi - V. Bellini -
24/11/2009
     

CRITIQUE

Le bel canto en apothéose

Il faut un sacré courage pour programmer cet opéra de Bellini, depuis longtemps disparu des affiches, à de rares exceptions près. Et pourtant c’est un véritable feu d’artifice bel cantiste.

Créé à la Fenice de Venise en 1830, I Capuleti e i Montecchi est l’un des derniers opéras que Bellini écrivit avant de disparaître prématurément en 1835, à l’âge de 34 ans.
Evidemment, Capulet et Montaigu, cela fait penser immédiatement à Roméo et Juliette et, non moins immédiatement à Shakespeare. Erreur semblerait-il, du moins sur le dernier cité, le grand Will. En effet, chronologiquement, ni Bellini, ni Romani son librettiste ne pouvaient avoir connaissance de l’œuvre shakespearienne car les ouvrages de l’écrivain anglais ne circulaient pas encore  de façon très fiable en Europe. C’est donc à partir des textes du seizième siècle, ceux là même qui inspirèrent d’ailleurs Shakespeare, que Romani écrivit le livret de l’œuvre bellinienne. A vrai dire, Romani recycla une trame dramatique dont il s’était servi peu de temps avant pour un Giulietta e Romeo du dénommé  Nicola Vaccai (1790/1848), compositeur surtout connu pour son recueil d'exercices vocaux.
Si l’on ajoute à cela que Bellini lui-même s’inspira pour cet opéra de mélodies qu’il avait écrites pour Zaira (1829) et Adelson e Salvini (1825), on comprendra mieux quels étaient les us et coutumes artistiques de l’époque !
Le résultat est cependant somptueux, d’une constante élégance vocale et d’un suprême raffinement bel cantiste.
Privilégiant les personnages de Roméo et Juliette, Romani a concentré l’action sur les deux héros, écrivant un livret sans grande action, tout entièrement centré sur les rapports amoureux. La mise en scène de Nadine Duffaut, dans les décors d’Emmanuelle Favre et les costumes de Katia Duflot, va souligner très justement cet isolement dans lequel la plus pure des passions s’accomplira sous le signe de la tragédie. Séparé par un tulle des protagonistes, les décors et les chœurs ne sont plus alors qu’une toile de fond, comme des témoins impuissants d’un drame inéluctable. Le spectateur n’a plus qu’à se laisser enivrer par les flots d’un chant côtoyant souvent le sublime.


de gauche à droite : Ermonela Jaho (Juliette) et Karine Deshayes (Roméo)
(Photo : Cédric Delestrade/ACM-Studio)

 
Une enthousiasmante distribution
Distribuer cet opéra c’est, avant tout, trouver un Roméo et une Juliette. Et ce n’est pas une mince difficulté vu le peu de titulaires de ces rôles. Raymond Duffaut a cependant franchi l’obstacle avec succès. Pour  preuve le casting aujourd’hui proposé et réunissant la cantatrice albanaise Ermonela Jaho et la mezzo-soprano française Karine Deshayes.
Habituée des plus grandes scènes de la planète, Ermonela Jaho impose une Juliette d’une beauté vocale foudroyante. Maîtrisant sa voix avec une sûreté absolue, elle la plie aux mille mélismes chers à Bellini et nous délivre une Juliette  toute de lumière et de musicalité. A ses côtés, dans le rôle travesti de Roméo, Karine Deshayes effectue une prise de rôle majeure pour sa carrière. L’extrême souplesse de son chant, un registre aigu d’une belle couleur et un port royal du travesti tracent un portrait convaincant du mythique amoureux, même si un sensible manque de projection
dans le bas medium et le grave mériterait réflexion.

C’est un élève d’Alfredo Kraus, Ismael Jordi, aujourd’hui sur une trajectoire internationale, que Raymond Duffaut a retenu pour affronter le rôle de Tebaldo. Un ambitus large et parfaitement homogène, une science du phrasé exemplaire dans ce répertoire formidablement exigeant, un aigu somptueux de lumière, de sûreté et de rondeur, un comédien parfaitement engagé, tout se conjugue chez ce ténor pour en faire un interprète d’exception, voir de luxe, de ce rôle périlleux dans lequel s’illustra, à ses débuts, rien moins que Luciano Pavarotti !


de gauche à droite : Federico Sacchi (Capellio), Patrick Bolleire (Lorenzo)
et Ismael Jordi (Tebaldo) (Photo : Cédric Delestrade/ACM-Studio)

Saluons enfin pour leurs interventions et dans des rôles bien moins exposés, la basse italienne Federico Sacchi (Capellio) et la jeune basse française Patrick Bolleire (Lorenzo).
Le jeune new yorkais Jonathan Schiffman, directeur artistique et chef permanent de l’Orchestre lyrique de région Avignon Provence, dirige avec beaucoup  d’attention cette œuvre d’un répertoire qui ne lui est pas familier. Attentif aux monstrueuses difficultés vocales qui émaillent cette partition, il établit une balance fosse-plateau alliant équilibre et rigueur permanents, laissant se déployer la cantilène bellinienne dans toute son ampleur.
En somme, une entrée au répertoire de l’Opéra d’Avignon qui fera date.

Robert Pénavayre


 

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Pour tout savoir sur l’Opéra d’Avignon : www.operatheatredavignon.fr


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