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Opéra/ Opéra Grand Avignon – Hamlet – Ambroise Thomas – 3 mai 2015
     

CRITIQUE

L’opéra-comique français sur ses sommets

Pourquoi cet opéra ne figure-t-il pas davantage aux frontons de nos théâtres lyriques ? C’est un mystère épais que les représentations qu’en donne l’Opéra Grand Avignon rendent encore plus opaque. Car nous avons ici à faire avec un authentique chef-d’œuvre, comprenant un rôle en or massif, celui d’Hamlet bien sûr. Créé en 1868 par le baryton français Jean-Baptiste Faure, célèbre Don Giovanni et Guillaume Tell, entre autres rôles qu’il a profondément marqués, Hamlet réclame un interprète hors du commun, capable d’affronter un rôle long et particulièrement tendu.

C’est le chanteur québécois Jean-François Lapointe qui endosse les habits de ce Prince malheureux. Lui qui fut un Pelléas unique il y a quelques années, aujourd’hui aborde Golaud, évolution naturelle de la voix oblige. Demain des enjeux wagnériens se profilent pour lui. Depuis son Hamlet genevois en mars 2006, le timbre s’est métallisé et assombri. La projection est impérieuse, parfois violente, rugueuse. Mais le miracle est dans l’infinie musicalité dont il pare certaines phrases ainsi que la netteté d’une prosodie tutoyant la perfection, tout cela donnant ainsi du personnage un portrait vocal d’une extraordinaire richesse et d’une réelle complexité dramatique. Une belle composition largement acclamée.



Jean-François Lapointe (Hamlet)
- Photo Cédric Delestrade/ACM-STUDIO -

O

Patrizia Ciofi (Ophélie)
- Photo Cédric Delestrade/ACM-STUDIO -

A ses côtés, l’Ophélie de la soprano italienne Patrizia Ciofi traverse ce drame épouvantable avec la grâce d’une willi. Maîtrisant à la perfection un emploi sans concession, elle le pare d’un timbre aérien d’une belle rondeur. Même si le suraigu n’a pas la franchise du passé, la souveraine musicalité de la ligne de chant suffit à faire taire les plus pointilleux. Nicolas Testé n’a aucun mal à imposer son premier Claudius, torturé à souhait, de même que Géraldine Chauvet, superbe de présence pour sa prise de rôle dans Gertrude. Excellente idée également que de faire débuter dans des rôles certes secondaires mais dont la qualité fait tout le prix d’une belle représentation des chanteurs tels que Sébastien Guèze (Laërte), Patrick Bolleire (Le spectre), Julien Dran (Marcellus), Bernard Imbert (Horatio), Jean-Marie Delpas (Polonius), Saeid Alkhouri (1er fossoyeur) et Raphaël Brémard (2ème fossoyeur). Saluons enfin la phalange chorale dirigée par Aurore Marchand. Dans la fosse, l’Orchestre Régional Avignon-Provence est sous la direction de Jean-Yves Ossonce. Dès les premières mesures aux cordes, le drame se noue. La tension dramatique qu’il met dans sa conception va porter très loin cette partition d’une réelle virtuosité. Attentif à son plateau, il travaille avec un soin extrême les plus subtiles dynamiques.
La mise en scène de Vincent Boussard fait fi de toute scorie décorative et isole les protagonistes dans une galerie du château dont les murs semblent rongés par le salpêtre de la pourriture. Les costumes  de Katia Duflot plongent les protagonistes dans l’époque de la création de l’ouvrage, vers la fin du 19ème siècle. C’est sobre et signifiant à la fois, avec des scènes paroxystiques (duo Hamlet/Gertrude en particulier) qui donnent le frisson.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 6 mai 2015

 

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Tout savoir sur la saison 2015-2016  de l’Opéra Théâtre d’Avignon :

www.operatheatre
davignon.fr

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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