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Entretien avec Tanguy Viel - Théâtre du Capitole - 9 avril 2014
     

Quand le roman noir croise l'opéra

Ecrivain largement salué par la presse, auteur de six romans, le Breton Tanguy Viel fête aujourd’hui ses quarante ans en écrivant son premier livret d’opéra. Ses Pigeons d’argile lui font retrouver des univers qu’il connaît bien, ceux du polar et du cinéma américain.

RENCONTRE



Tanguy Viel - Photo Roland Allard -

Classic Toulouse : Quel était votre rapport à l’opéra avant de travailler sur Les Pigeons d’argile ? Votre regard sur l’art lyrique a-t-il depuis sensiblement changé ?

Tanguy Viel : Je n'ai jamais écouté beaucoup d'opéra mais assez peut-être pour ne pas tomber des nues. Ce qui a changé dans ma façon de le percevoir, c'est la mesure du travail, l'ampleur des étapes. C'est une machine énorme, sur un très long terme. C'est presque aussi fou que le cinéma.

: Comment êtes-vous entré sur ce projet ?

T. V. : C'est Philippe Hurel (ndlr : le compositeur des Pigeons d’argile) qui m'a contacté, très simplement. Il avait lu mes romans et il s'est dit qu'il y avait là quelque chose de théâtral, de scénique, une efficacité narrative aussi qui le touchait beaucoup, je crois. J'ai trouvé l'idée d'écrire un livret tellement exotique que j'ai dit oui.

: De nombreux opéras traitent de la prééminence du livret sur la musique ou l’inverse, à l’instar du Capriccio de Richard Strauss. Ce thème vous inspire certainement un commentaire.

T. V. : Dans notre cas, il fut clair que ce serait « prima le parole », parce que nous avons tout de suite pris une option très narrative, où la question de la dramaturgie présiderait à celle de la poésie. Je veux dire que le texte n'est pas une pure matière sonore qui serait à elle seule musique et viendrait se dissoudre dans le travail musical. C'est d'abord une histoire avec trois actes, des personnages, de l'action. Tout cela nécessitait forcément un primat de l'écriture.

: Pour en revenir aux Pigeons d’argile, pouvez-vous nous dire si l’un de vos ouvrages antérieurs en a influencé l’écriture ?

En un sens oui : c'est que j'ai plus ou moins inconsciemment intégré l'image que Hurel avait de mon propre travail, les raisons pour lesquelles il venait vers moi et pas quelqu'un d'autre. J'ai comme entériné sa perception de mes romans, l'idée d'une vitesse, l'idée du cinéma, l'idée aussi de travailler avec des figures très typées, tout cela m'a aiguillé, notamment dans le choix d'une intrigue très claire, avec un nœud central très lisible autour duquel je devais fabriquer des images, des atmosphères.

: De quelle manière travaille-t-on sur un livret d’opéra ?

T. V. : Pour ma part, comme pour le roman, c'est-à-dire sens dessus dessous. Je convoque ou subis des impressions, des images, des répliques quelquefois et puis les choses viennent cristalliser dans des figures que j'essaie doucement de rendre cohérentes. Tout cela s'accélère quand j'ai la scène centrale, le pivot qui va permettre d'organiser toute la matière, de déterminer des avant et des après, de redistribuer en quelque sorte dramatiquement toutes les choses notées, ressenties, les idées en tous genres.

: Contrairement aux livrets des siècles passés mettant souvent en scène des rois et des dieux, ceux d’aujourd’hui font parfois référence à l’actualité, je pense par exemple ici plus particulièrement à Nixon in China ou encore The Death of Klinghoffer, deux opéras de John Adams créés dans la seconde moitié du 20ème siècle. C’est à nouveau le cas pour ces Pigeons d’argile. Pourquoi cet ancrage dans le présent ?

T. V. : Le XIXème a eu à cœur de remythologiser le monde, comme si c'était sa manière de lui redonner un souffle antique, comme une sorte de seconde Renaissance. Mais nous, de quelle Renaissance nous porterions-nous ? Trouve-t-on sérieux d'imaginer emprunter à la fable mythique, aux rois et aux reines pour figurer nos affects ? Tout cela est désormais dissout dans le grand tissu démocratique, cela n'a plus de sens, me semble-t-il. Quant à la focale politique, dans Les Pigeons d'argile, elle est quand même un peu plus en retrait que dans les opéras de John Adams.
 
: Parlez-nous de la structure littéraire et narrative de ce livret.

T. V. : D'un point de vue narratif, c'est très simple : trois actes. Un d'exposition, une situation centrale et un dénouement à quoi s'ajoute un prologue qui joue une scène qu'on reverra plus tard. Mais peut-être que le plus « romanesque », c'est d'avoir eu besoin d'une sorte de narratrice, qui est aussi le personnage principal, Charlie, de sorte qu'on puisse ressentir que toute l'histoire se passe dans sa tête, qu'elle revoit l'ensemble des scènes. De ce point de vue, j'ai eu l'impression d'être encore dans le roman, avec cette possibilité que le spectateur-lecteur accède à une réalité mentale, des strates de souvenirs, etc.

: Avez-vous été fidèle au fait divers qu’il évoque ?

T. V. : Non. Au départ, il y a l'enlèvement de cette fille, Patty Hearst, fille d'un riche industriel qui effectivement va épouser la cause politique, « gauchiste » de ses ravisseurs. Cela, c'est le fond historique et réel. Mais tout se déplace dans le livret avec la présence de Charlie, la narratrice qui accompagne le « leader » politique et c'est son expérience qu'on va suivre, celle de quelqu'un qui fait l'épreuve des sentiments dans une communauté politique.

: Construit-on des personnages d’opéra à l’identique de ceux d’un roman ?

T. V. : En quelque sorte, oui. Un personnage, pour moi, c'est un vecteur de forces, une concentration d'énergies variées, contradictoires et donc, théâtre, opéra, roman, il devra rassembler des intensités dramatiques aussi fortes dans tous les cas.

Entretien réalisé par Robert Pénavayre le 9 avril 2014

 

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Renseignements et réservations au Théâtre du Capitole :

05 61 63 13 13
www.theatreducapitole.fr

 
Représentations de l'opéra de Philippe Hurel et Tanguy Viel,
"Les Pigeons d'argile" :


15, 18, 20, 22 avril 2014
 

 

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