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Entretien avec Thierry Huillet - Les Passions - Les Arts Renaissants
04/01/2010
     

Pianiste-compositeur ou compositeur-pianiste ?

Né dans la Ville rose, le pianiste ET compositeur Thierry Huillet conserve activement ses attaches toulousaines. Professeur au Conservatoire National de Région de Toulouse, ainsi qu’au Centre d’Enseignement Supérieur de Musique de Toulouse, il parcourt néanmoins le monde où il mène une exceptionnelle carrière musicale. Choisi en 2000 par le Conseil de l’Europe comme interprète de la version officielle de l’Hymne Européen, Thierry Huillet a obtenu un premier prix de piano, de musique de chambre et autres disciplines au Conservatoire National Supérieur de Paris (classes de Pierre Sancan et Germaine Mounier). Titulaire à vingt-deux ans du 1er Grand Prix du prestigieux Concours International de Piano de Cleveland Robert Casadesus, et lauréat d’autres grands concours internationaux de piano (Busoni en Italie, International Music Competition of Japan à Tokyo), il ne cesse de s’affirmer sur la scène internationale.
Ses activités de compositeur se développent de manière impressionnante. Il reçoit de multiples commandes passées par diverses institutions. Il est joué dans le monde entier. La France, la Grèce, l’Angleterre, l’Espagne, le Brésil, l’Allemagne, la Slovénie, l’Italie, la Suisse, l’Argentine accueillent ses œuvres. Le Prix de la Fondation André Chevillion-Yvonne Bonnaud lui est attribué en 2008. Sous l’égide de la Fondation de France, il couronne les compositeurs d’œuvres distinguées par le jury à la première épreuve du grand Concours International de Piano d’Orléans. Enfin, les nombreux albums CD qui diffusent sa double activité reçoivent un accueil très favorable du public et de la critique.
A l’occasion de la création à Toulouse de deux partitions nouvelles, Thierry Huillet a bien voulu nous accorder un entretien amical et chaleureux, et répondre à quelques unes des questions que se posent les mélomanes.


Thierry Huillet, pianiste ET compositeur

Classic Toulouse  : Quelle est l’origine de votre vocation musicale ?

Thierry Huillet : Elle est le résultat de hasards heureux. Une vieille tante communiste qui me considérait comme son quatrième enfant, très éprise d’art et de culture, a choisi de me faire pratiquer la musique comme activité extrascolaire, au lieu du foot ou du rugby ! Ses trois enfants avaient bénéficié d’une ascension sociale constante. Pour elle, son neveu ne pouvait que s’engager dans la musique. Elle m’a alors fait inscrire auprès d’une association de professeurs privés qui s’appelait association Jeanne Vidal. C’est ainsi que Simone Perrier, qui avait fait une belle carrière de pianiste sous le nom de Simone Sabatié, est devenue mon professeur. Elle a immédiatement repéré en moi une vocation dont je n’avais moi-même aucune conscience. J’étais un gentil garçon, je faisais ce qu’on me disait et je trouvais la musique finalement assez « fastoch », donc j’aimais bien. Simone a toujours su développer ma motivation. Elle m’a ensuite fait inscrire au Conservatoire de Toulouse pour un passage éclair en classe de piano. A l’âge de quinze ans, lorsqu’en fin d’année j’ai obtenu mon prix, il ne s’agissait pour moi ni d’une fin ni d’un début. Je n’envisageais vraiment aucune finalité professionnelle. Simone m’a alors proposé d’entrer au Conservatoire de Paris. Gentil garçon encore, j’ai accepté sans conviction. Et là, dès mon entrée au Conservatoire, un déclic s’est produit. La musique allait être ma vie, mon métier !

 : Comment choisissez-vous les œuvres que vous jouez et que vous mettez à votre répertoire ?

T. H. : Depuis une vingtaine d’années, depuis que je suis libéré de ces obligations de passer des concours internationaux ou autres, seules mes envies me guident. Quelques fois, on me propose de jouer certains concertos que j’accepte ou non. Mais en récital je n’ai jamais à négocier. Bien sûr j’essaie d’établir des programmes cohérents, soit autour d’une thématique déterminée, soit parfois sur des contrastes. Parfois, en musique de chambre, certaines propositions germent entre amis. Je n’ai en fait aucune politique a priori. C’est uniquement l’envie qui me guide.

 : Comment et à quelle époque est apparue votre vocation de compositeur ?

T. H. : Elle est survenue très tard. Jusqu’à l’âge de trente-trois ans, la composition m’était aussi étrangère que la peinture ou d’autre forme d’art. C’était une activité que j’appréciais. J’étais très bon en analyse, assez bon en harmonie et en contrepoint. Mais l’idée de construire à partir de rien n’était absolument pas ma démarche. Trois facteurs ont contribué à la naissance de mon opus 1. Tout d’abord, j’ai ressenti comme un sentiment de vide du fait que je n’étais capable que de jouer des œuvres déjà existantes. J’ai alors eu envie de composer une œuvre pour mon épouse violoniste Clara Cernat.


Thierry Huillet accompagnant
Damien Ventula dans sa partition
des "17 Haïkus"
 

Le deuxième facteur est lié à l’enregistrement que nous avons fait tous les deux d’un disque consacré à George Enesco. Je me suis alors plongé dans les interviews données par Enesco pour ensuite écrire une sorte d’autobiographie du compositeur. J’ai senti là que je mettais mes pas dans ceux d’Enesco, compositeur mais aussi interprète. Le processus compositionnel me devenait alors moins étranger. Et enfin, en même temps, un grand ami compositeur, Christophe Guyard, m’a écrit un concerto romantique, pour piano et bande magnétique, comme un symbole du combat de l’homme contre la machine. Mais, contrairement à ce que je fais avec les interprètes de mes œuvres, Christophe m’envoyait la partition par morceaux. Chaque jour je recevais une page par fax ! Là, je suis vraiment entré dans un processus compositionnel. En plus de l’envie que j’avais, cette expérience m’a donné le coup de pouce nécessaire.

 : La liste de vos œuvres est très diverse et semble privilégier la « petite forme », un peu comme Schumann…

T. H. : Sur le plan de la longueur, c’est très varié. Quelques œuvres : des concertos, un Requiem, un Carnaval, peuvent être qualifiées de grandes formes du fait de leur durée. En revanche j’écris beaucoup pour de petites formations de musique de chambre. Pour moi la musique ne s’exprime pas par le nombre de ses exécutants. Et la musique est faite pour être jouée. Lorsque l’Orchestre de Chambre de Toulouse me commande une œuvre, j’écris pour cette formation. Le nombre de musiciens ne fait rien à l’affaire. De plus on sait bien que la texture des œuvres de musique de chambre est souvent musicalement plus riche que celle d’une œuvre d’orchestre, souvent plus « décorée ». Comme le disait Rimski-Korsakov à propos d’orchestration : « Si vous avez vraiment quelque chose à dire, écrivez-le pour les cordes. Si vous voulez mettre un peu de couleurs, vous rajoutez des bois. Si vous êtes un peu à court d’idée, vous mettez des cuivres et si vous ne savez vraiment pas quoi dire, mettez de la percussion !... » C’est d’ailleurs un précepte que Rimski lui-même n’a pas toujours suivi. Pour ce qui me concerne, ma période actuelle me pousse plutôt vers des œuvres plus courtes. Bien que parfois il s’agisse d’un ensemble d’œuvres courtes. C’est le cas avec les Haïkus. Chacun est très court, mais comme en général j’en écris un certain nombre, cela constitue une grande forme, comme une sorte de mosaïque.

 : Les commandes sont-elles souvent à l’origine de vos nouvelles créations ?

T. H. : Depuis quatre ou cinq ans, je ne compose pratiquement que sur commande. Mais la commande n’est en rien restrictive. Pour moi c’est au contraire un gros aiguillon. Je sais que là, j’écris pour des gens qui attendent l’œuvre.

 : Parlez-nous du langage musical que vous utilisez pour composer ?

T. H. : Certaines de mes œuvres utilisent un langage un peu plus « dur » que d’autres, mais d’une manière générale, mon langage est guidé par le fait que je suis pianiste. Je compose donc ce que j’ai envie de jouer et j’imagine que c’est aussi ce que mes collègues ont envie de jouer. Bien que je n’aie pas envie de jouer du Boulez, je sais en revanche que je n’écrirais pas de la même manière si Boulez n’avait pas existé. J’écris comme j’écris parce Boulez ou Stockhausen ont été là. Ceci même si la filiation de ma musique est plus directe avec Bartók, Scriabine, Bloch ou Enesco. Pourtant, dans certaines œuvres, comme dans le troisième volet de ma pièce pour clarinette, j’utilise une technique totalement dodécaphonique pour écrire un motif très mélodique.


Thierry Huillet et son épouse la violoniste Clara Cernat

 : Pourriez-vous évoquer l’œuvre qui va être créée par l’orchestre baroque Les Passions au cours son concert du 2 février prochain ?

T. H. : Le projet de « Folies » des Passions est vraiment un « truc de fou » ! Demander à un compositeur contemporain d’écrire une œuvre pour un orchestre baroque ressemble à une gageure. Ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire. Mais finalement, un orchestre baroque, c’est un timbre, un instrument particulier, une manière de jouer que l’on prend comme fond esthétique. Même si une partie importante de mes œuvres est « transcriptible », voire transcrite d’un instrument pour un autre, une part importante reste liée au timbre de l’instrument. C’est le cas avec ces « Folies ». De plus j’ai voulu reprendre dans cette œuvre le plan ancien de la « Follia », avec chaconne et variations. J’ai ainsi voulu conserver un fil tendu avec le passé. Je n’ai pas voulu partir du thème lui-même que j’aurais pu éclater, mais j’ai plutôt souhaité conserver une référence, une cohérence globale. Cette référence, je la fais un peu exploser par moment, notamment au début qui commence par un accord tonitruant à la suite duquel tout le monde improvise de manière échevelée. Puis tout s’organise peu à peu pour arriver à une épure du thème que j’associe à la cadence andalouse avec laquelle il cadre très bien. La « Follia d’Espagne » baroque rejoint le flamenco. Au cours des premières répétitions, j’ai été frappé par le nombre et la pertinence des questions posées par les musiciens. Jean-Marc Andrieu ressemble parfois à un prêtre égyptien, lorsqu’il joue de deux flûtes à la fois ! Une possibilité qu’il m’a lui-même proposée d’ailleurs. C’est pour moi une expérience fantastique. Je me demandais si je réussirais à placer ma technique du quintette classique dans le cadre baroque. Les premiers contacts des musiciens avec l’œuvre semblent montrer que oui.

 : Vous avez également un autre projet de création avec les Arts Renaissants.

T. H. : Il s’agit là d’une belle demande de très grands amis. Je connaissais très bien Sandrine Tilly, flûte solo de l’Orchestre du Capitole, Anne Le Bozec, magnifique pianiste qui enseigne au Conservatoire de Paris, le violoncelliste Alain Meunier également, puisque nous avons souvent joué ensemble. La mezzo-soprano Sarah Breton était bien connue d’Anne Le Bozec. Ces amis m’ont demandé d’écrire un pendant aux « Chansons Madécasses » de Ravel. L’instrumentarium de ces « Chansons » étant unique, il est toujours difficile de compléter un programme de concert au cours duquel on les donne. J’ai donc conçu une œuvre pour mezzo-soprano, flûte, violoncelle et piano. Plutôt que d’imposer mon point de vue, j’ai suggéré aux interprètes cinq ou six thèmes poétiques différents. Ils ont tous aimé l’idée d’utiliser les poèmes mis en exergues par Ravel pour les trois mouvements de son « Gaspard de la Nuit ». On pourrait penser que si Ravel n’a pas lui-même composé de mélodies sur ces textes d'Aloysius Bertrand, c’est que ça ne marche pas. En fait je n’ai eu aucune difficulté à composer de la musique sur ces paroles. Et comme il s’agissait de concevoir une œuvre en miroir aux « Chansons Madécasses » de Ravel, nous restons dans une sorte d’hommage à Ravel. Je me suis même permis d’introduire, dans chacune des trois pièces, une citation provenant de « Gaspard de la Nuit ». Ainsi, dans « Gibet », je reprends le si bémol de la pièce de Ravel. De l’avis de tous les interprètes, ces citations sont devenues indispensables.

 : Merci ! Tous nos vœux accompagnent ces deux créations.

Propos recueillis à Toulouse le 4 janvier 2010 par Serge Chauzy

 

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