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Entretien avec Sophie Pacini - Festival Piano Jacobins - 06/08/2014
     

Sophie Pacini, talent et passion

Née à Munich en 1991, Sophie Pacini a commencé ses études de piano à l’âge de six ans. Dès l’an 2000, elle donnait son premier concert avec orchestre. Formée au Mozarteum de Salzbourg, mais aussi par des maîtres tels que Dmitri Bashkirov et Fou Ts’ong, la jeune pianiste a été très tôt repérée par Martha Argerich. Sophie Pacini a remporté de nombreuses récompenses dont le premier prix avec mention du concours allemand du « Jugend musiziert » et le « Förderpreis Deutschlandfunk ». A l’automne 2013, la musicienne a fait ses débuts de soliste tant à Berlin qu’à la Tonhalle de Zurich. Elle a en outre joué avec l’Orchestre Symphonique de Lucerne. Le jury du Förderpreis Deutschlandfunk a qualifié son talent en ces termes : « Sophie Pacini se distingue par sa manière des plus convaincantes de jouer de façon souveraine du piano apportant, à partir de la valeur pure d’une partition, virtuosité, curiosité et connaissances musicales approfondies. » La jeune musicienne est l’invitée du 35ème Festival International Piano Jacobins où elle se produira lors d’un récital le 11 septembre 2014. En avant-première de ses débuts toulousains, elle a aimablement accepté de répondre à nos questions.


La jeune pianiste allemande Sophie Pacini - Photo Susanne Krauss -

 Classictoulouse : Comment et quand avez-vous décidé de consacrer votre vie à la musique ?

Sophie Pacini : A l’âge de huit ans, j’ai remporté mon premier concours à Munich, la ville où je suis née et où j’ai grandi. Le concert des lauréats s’est déroulé dans la fameuse « Herkulessaal » de la Résidence de Munich. Ce fut la première fois de ma vie que je jouais devant un large public, sur un grand Steinway, assise sur un tabouret qui avait accueilli les plus célèbres artistes du monde. Dès que j’ai commencé à jouer les premières notes et à former les premières phrases musicales, j’ai éprouvé soudain une impression de langueur instinctive, comme une relation intérieure avec le piano – mon piano – et avec la musique que j’étais en train de partager avec le public. Après avoir joué, j’ai ressenti un changement en moi, une union inséparable avec la musique grâce au piano. Je ne pouvais dès lors que consacrer ma vie à la musique. Je n’ai alors plus joué du piano pour le seul plaisir, mais par nécessité, comme j’ai besoin d’air pour respirer.

 : Quels sont les artistes, pianistes ou autres musiciens dont l’influence a été importante pour vous ?

S. P. : Dès mon enfance, j’ai écouté beaucoup de musiques, et particulièrement de musique de piano. Un jour, à la radio, j’ai entendu un enregistrement qui m’a immédiatement fascinée. Je n’avais jamais entendu une telle facilité associée à un jeu pianistique aussi incroyablement émouvant et en même temps naturel – ce fut ma première rencontre avec Martha Argerich. Dès lors j’ai souhaité ardemment la connaître personnellement un jour. A l’âge de dix-huit ans, par un hasard inespéré, j’ai eu la chance de jouer pour elle et cela s’est très bien passé. Je lui ai joué la Sonate en si mineur de Liszt. Après avoir écouté toute l’œuvre, elle s’est approchée de moi, m’a embrassé la joue et m’a dit en italien : « Tu es excellente, tu sais ça ? » Immédiatement, elle m’a invitée à donner un récital lors de son « Projetto Martha Argerich » de l’année suivante au Festival de Lugano. Depuis elle me soutient beaucoup. Elle est devenue mon « mentor » musical. Cette amitié si précieuse, si profonde est un honneur pour mon développement artistique et un incroyable enrichissement.
A côté du piano, j’écoute beaucoup de musique symphonique, en particulier dirigée par Carlos Kleiber, Arturo Toscanini ou Leonard Bernstein, et également de littérature de violon et violoncelle, notamment jouée par Itzhak Perlman, Mstislav Rostropovitch et Jacqueline du Pré. Les quelques années d’enfance pendant lesquelles j’ai étudié le violoncelle ont profondément formé mes approches musicales.

 : Vous avez remporté d’importants prix dans des concours internationaux. Considérez-vous que ces concours sont nécessaires, utiles… ?

S. P. : Bien sûr, il est très important de se confronter aux autres à un jeune âge et de se motiver dans son propre travail en gagnant des concours. Mais je crois qu’à mon âge, plus que de présenter de nombreux concours et d’étudier un répertoire « spécial concours » afin d’être jugée par un Jury, il est beaucoup plus important de devenir soi-même le plus sévère des juges, de développer sa propre imagination, de déterminer ce que représente la musique pour soi-même et de ce que l’on souhaite communiquer au public. Il faut même étudier la littérature, la peinture, la culture en général, en plus de la composition. Les concours se limitent à jouer du piano, mais devenir un artiste, c’est tellement plus que de simplement jouer du piano !



- Photo Sophie Pacini -

 : Comment élaborez-vous votre propre répertoire ? Avez-vous des compositeurs favoris avec lesquels vous vous sentez plus « confortable » ?

S. P. : En fait, je choisis mon répertoire sur la base des partitions que je souhaite présenter dans mes programmes de récital et je m’efforce de réunir les pièces dont les structures intérieures et le pouvoir expressif sont en harmonie. Je me sens instinctivement à l’aise avec des musiques qui reposent sur de grands contrastes dramatiques, comme Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Chopin, Schumann et Liszt, des musiques dans lesquelles chaque phrase possède sa propre conclusion. Ces musiques vous illuminent comme une bénédiction et vous précipitent dans les plus sombres abîmes.

 : Avez-vous une préférence entre le récital, la musique de chambre et le concert avec orchestre ?

S. P. : Je pense qu’il ne devrait y avoir aucune préférence, puisque tous nos compositeurs bienaimés ont écrit de la musique chambre et des concertos en dehors des pièces pour piano seul, et toutes ces œuvres interagissent entre elles. Je suis encore très jeune mais je crois que comme artiste on doit cultiver ces trois disciplines. Bien sûr, en tant que pianiste de concert on est appelé à apparaître surtout comme soliste, mais l’expérience de l’échange immédiat avec d’autres musiciens par la pratique de la musique de chambre représente un enrichissement précieux.

: Que représente pour vous le récital que vous allez donner au cours du Festival Piano Jacobins ? Comment avez-vous composé votre programme ?

S. P. : Ce concert est un événement très important pour moi, puisque ce sera la première fois que je jouerai en France. C’est un grand honneur que de faire mes débuts dans le cadre de ce festival fantastique.
En matière musicale, j’adore les grands contrastes, libération immédiate d’émotion, changements d’atmosphère, sentiments dramatiques, poésie, lyrisme et virtuosité.
J’ai choisi d’ouvrir le concert avec un Choral de Bach/Busoni qui est pour moi comme un lever de soleil, une prière pour l’âme. Après cela je retourne vers la réalité humaine, vers les conflits intérieurs de la Sonate en la mineur de Schubert. Pour moi, cette pièce est un cri de l’âme, un contraste entre désespoir et accomplissement divin.
L’œuvre de Chopin qui suivra Schubert possède la même caractéristique, plus inéluctable encore et plus tourmentée, avec son exclamation finale en ré bémol majeur.
Après l’entracte, ce sera Carnaval de Schumann, une œuvre dans laquelle le compositeur jette un regard à travers plusieurs masques, exposant des idées très diverses mais reliées entre elles, ce qui nous introduit dans le spectre complexe de son monde de pensées et de sentiments. C’est un peu comme une célébration pleine d’ironie, de mélancolie, de nostalgie, de désir, de défi, de souvenirs, de reconnaissance, de bonheur, d’esprit et de triomphe émotionnel.

 : Nous sommes très heureux de vous accueillir et de vous entendre à Toulouse.

Propos recueillis et mis en ligne le 6 août 2014 par Serge Chauzy

 

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