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Entretien avec Rani Calderon - Euryanthe - 16/01/2010
     

"Ce que je veux offrir au public avant tout, c’est de l’émotion."

En invitant le jeune chef israélien Rani Calderon à Toulouse pour la création in loco de l’Euryanthe de Weber, Frédéric Chambert entame une collaboration qui s’inscrira dans le temps avec l’un des artistes les plus doués de sa génération.

Classic Toulouse  : Ce n’est pas la première fois que vous vous produisez en France.

Rani Calderon : Non, effectivement, auparavant, en matière lyrique, j’ai dirigé un Rigoletto à Massy ainsi que Thaïs à Saint Etienne l’an passé.

 : Quelle est l’actualité de Rani Caldéron ?

R.C. : Je viens de fêter mes 37 ans, j’habite à Tel Aviv et je suis, depuis le début de cette année, le directeur musical de l’Opéra de Santiago du Chili. Mon emploi du temps se partage entre la direction d’orchestre et le piano. Malheureusement aujourd’hui je n’ai plus le loisir de composer et les projets que j’ai dans ce domaine devront attendre car cette activité me demande beaucoup de temps. Ma carrière de pianiste, je l’envisage plutôt comme celle de Bernstein que de Barenboïm. Je ne souhaite absolument pas devenir concertiste à plein temps. Mais diriger le concerto en ut mineur de Mozart et le jouer en même temps, çà c’est fantastique, c’est un vrai travail d’artiste. D’ailleurs ce sera l’un de mes premiers concerts de cette nouvelle saison au Chili. Ce que je veux offrir au public avant tout, c’est de l’émotion. Les auditeurs ne viennent pas pour des notes, elles  ne sont guère qu’un moyen pour l’artiste d’avoir une relation humaine avec le public. Mais pour avoir cette relation, cela demande beaucoup d’énergie.

 : La musique est apparue comment dans votre vie ?

R.C. : Ce n’est pas du tout une affaire de famille. C’est une donnée interne à mon existence. En fait, le coup de foudre s’est produit alors que j’avais une quinzaine d’années. J’ai eu en mains le coffret de l’intégrale des symphonies de Beethoven dirigées par Bruno Walter. J’ai écouté la première. Le choc a été foudroyant. C’est à cet instant que j’ai décidé d’être chef d’orchestre. En plus de la musique et de la technique de direction, j’ai étudié les langues car je pense que dans ce métier c’est  tout simplement indispensable. J’en parle donc sept et je viens de me mettre au hongrois car ma mère est de ce pays.

 : Et l’opéra ?

R.C. : Très jeune j’ai travaillé avec des chanteurs en tant que chef de chant. Le déclic s’est passé à Bruxelles en 2005. Je devais faire la création dans ce théâtre du Voyage à Reims aux côtés du grand maestro Carlo Rizzi. Finalement il n’est pas venu et la direction de la Monnaie m’a confié la direction de cette production, dans laquelle, soit dit en passant, le cast était prodigieux. C’est le départ de ma carrière internationale.

 : Quel est votre répertoire ?

R.C. : Il est varié. Je dirige l’opéra français, italien, allemand (je viens de faire Tristan), j’ai beaucoup dirigé Mozart. Effectivement, sur ma biographie, le répertoire italien domine, mais tout simplement parce que ce sont les œuvres les plus jouées dans le monde. Concernant le répertoire italien plus particulièrement, je souhaite dire le problème qu’il pose aux chefs. D’un côté il y a ce que le compositeur a écrit. De l’autre, ce que le public veut entendre. Soyons clair, je ne suis pas un puriste souhaitant faire table rase  des traditions. Mais, tout de même, prenons un exemple. Le mouvement de valse écrit par Verdi pour accompagner l’Addio del passato de Violetta au dernier acte de la Traviata. Le compositeur a écrit ce moment sur ce tempo tout simplement car il souhaitait faire remémorer à Violetta les fêtes  de ses heures de gloire. J’adore Callas, bien sûr, mais son interprétation  ne rend pas ce rêve éveillé, du moins musicalement. La valse est une danse et très souvent à l’opéra, la danse accompagne la folie. Je pense vraiment qu’aujourd’hui elle le chanterait différemment. Ceci est un exemple entre mille.

 : Comment résoudre ce problème ?

R.C. : Quand je monte au pupitre je suis déchiré entre mes convictions de chef et ce que je dois donner au public, ce qu’il attend. Je pense toujours, sur ce sujet, à Moïse et Aaron. En haut du Sinaï, Moïse parle avec Dieu. L’image, c’est moi avec le compositeur et sa partition, l’échange est totalement spirituel. En bas, Aaron donne au peuple ce qu’il attend, le veau d’or, et là, c’est moi montant au pupitre, face à la réalité. Ce sont les deux états de l’artiste. De plus, un chef doit aussi composer avec les chanteurs et leurs moyens.


 : Qu’est-ce que vous refusez aujourd’hui ?

R.C. : Dernièrement, un grand théâtre allemand m’a proposé de conduire des reprises de Butterfly. En tout et pour tout, il me proposait deux jours de répétitions. J’ai bien sûr refusé.

 : Vous êtes à Toulouse pour la création in loco de l’Euryanthe de Weber. Parlez-nous de ce compositeur.

R.C. : Je crois que je ne suis pas le seul  à penser qu’il s’agit d’un musicien fondamental dans l’Histoire de la musique occidentale, et dans l’Histoire de l’Opéra allemand en particulier. C’est l’un des compositeurs parmi les plus appréciés par les musiciens et certainement le plus étranger au public. Et pourtant, il a la force et le pouvoir de Beethoven, la pureté de Mozart et, déjà, le sentiment romantique de Wagner. De plus il possède déjà la technique italienne de l’opéra et un sens fabuleux de la dramaturgie musicale.  Ce que n’avait clairement pas Beethoven. Et puis il y a l’orchestration de Weber, une orchestration d’une incroyable modernité. A mon avis, Wagner n’a fait que continuer l’œuvre de Weber. Ces deux compositeurs étaient « connectés » avec le même génie.

 : Alors, pourquoi Euryanthe n’est pas davantage à l’affiche ?

R.C. : Je pense que c’est un chef-d’œuvre original et important dans l’Histoire de l’art lyrique. C’est un ouvrage qui a un vrai poids. Il est d’usage d’entendre que le problème tient au livret. Je crois que c’est un peu court comme explication. Tout d’abord, reconnaissons que cet opéra est extrêmement difficile à distribuer. En fait, il faut des pointures wagnériennes mais capables de faire des coloratures ! Cela dit, c’est une œuvre de transition, encore avec une partition à numéros mais avec l’ambition du grand arc dramatique wagnérien. Le hiatus se fait là. A mon avis, c’est le même problème avec le Don Carlos de Verdi. Aïda est une œuvre beaucoup mieux définie.

 : De suite après Toulouse ?

R.C. : J’ai toute une série de concerts avec l’Orchestre National d’Ile de France dans un programme de musique française. Ensuite je pars à Santiago pour ouvrir la saison avec le Requiem de Brahms. Puis d’autres concerts au Chili avec, en ouverture de chacun d’eux et pour célébrer le bicentenaire de ce pays, une œuvre d'un compositeur chilien. Je reviens en Europe pour une Aïda en Avignon.

 : Pensez-vous revenir à Toulouse ?

R.C. : Je peux vous dire que mon premier contact, il y a quelques heures, avec l’Orchestre du Capitole, a été pour moi un choc incroyable. Quels musiciens extraordinaires ! De plus, je pense que Frédéric Chambert souhaite développer avec moi une collaboration dans le temps autour de l’opéra romantique.  On verra bien…

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

 

infos
 

Représentations :
Halle aux Grains :
22 janvier 2010 à 20 h,
24 janvier 2010 à 15 h

Renseignements et réservations :

05 61 63 13 13
www.theatre-du-capitole.fr

 
 
 

 

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