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Entretien avec Jacques Osinski - Théâtre du Capitole
19/03/2010
     

« Iolanta, le négatif heureux d’Eugène Onéguine »

Frédéric Chambert confie l’un des évènements majeurs de sa saison lyrique au metteur en scène Jacques Osinski, directeur du Centre Dramatique National des Alpes, où il a succédé à Laurent Pelly depuis janvier 2008. Peu habitué des scènes lyriques, et il nous dit pourquoi, Jacques Osinski aborde Iolanta, le dernier opus de Tchaïkovski, avec beaucoup d’humilité et de tendresse face à une œuvre d’une infinie poésie.

Rencontre



Jacques Osinski


 

Classic Toulouse  : L’opéra n’est pas votre domaine le plus habituel ?

Jacques Osinski : Effectivement, je suis avant tout metteur en scène de théâtre. J’ai abordé l’art lyrique à Aix en Provence avec Didon et Enée en 2004. Un très beau projet dont l’objet était de tourner dans de nombreuses villes de moyenne importance afin de faire connaître l’opéra. En 2007, j’ai fait mon second opéra, ce fut Le Carnaval et la Folie, une œuvre baroque d’André Cardinal Destouches, pour le festival d’Ambronay. Pour que le panorama musical  soit complet, outre le fait d’avoir longuement pratiqué  le piano, j’ai été l’assistant d’Herbert Wernicke pour Falstaff à Aix en Provence en 2001.


 : Vous semblez vous tenir relativement à l’écart du répertoire lyrique

J.O. : Je revendique cette distance qui est la mienne par rapport à l’opéra. En le fréquentant un peu moins, j’ai un regard beaucoup plus critique sur ce genre. De plus c’est un univers dans lequel il y a des choses qui me plaisent énormément et d’autres beaucoup moins. Mettre en scène un opéra est quelque chose de lourd, très lourd. De plus, contrairement au théâtre dramatique, le metteur en scène d’opéra doit composer avec d’autres personnalités et cela peut rendre ses coudées moins franches. Donc j’aime bien l’idée de venir dans ce milieu puis de repartir, réfléchir, prendre du recul sur ce travail.

 : Connaissiez-vous Iolanta avant la proposition de Frédéric Chambert ?

J.O. : Pas du tout ! J’ai découvert l’œuvre au disque avec l’intégrale dirigée par Gergiev. Je trouve l’œuvre très belle. En fait c’est quasiment un opéra « chambriste », intimiste. D’abord il est très court, ensuite il y a peu d’ensembles mis à part le court final. Je le vois comme un négatif heureux d’Eugène Onéguine. En effet l’œuvre se termine sur un happy end assez original dans ce répertoire. Ma vision relève  davantage du conte que d’un naturalisme réaliste. Je n’ai pas été tenté par une lecture freudienne car elle est lisible naturellement et je pense qu’il est inutile d’alourdir le spectacle. Par contre le thème de la rose est tellement central que nous l’assumons, avec le décorateur, pleinement. Je dirais même que nous le transcendons.

 : Vous connaissiez la Halle aux Grains ?

J.O. : Non, mais j’aime bien la proximité entre chanteurs et public. J’aime bien aussi l’idée d’un théâtre qui n’est pas frontal, type salle à l’italienne. Il y aura beaucoup d’entrées par la salle, à travers le public, beaucoup de circulation des chanteurs sur le plateau, autour de la fosse. Il est essentiel que ces derniers prennent conscience que le public les entoure. De toute façon, le dispositif scénique va les contraindre à pas mal de mobilité.

 : Quelle relation essayez-vous d’installer entre le chef d’orchestre et vous ?

J.O. : Il y a trois types de chef. Il y a ceux qui ont une vision globale et qui veulent tout faire, il y a ceux qui s’en fichent éperdument et puis il y a ceux qui s’inscrivent dans une véritable collaboration artistique. Tugan Sokhiev est très respectueux des responsabilités de chacun, d’une part, d’autre part je tiens à souligner combien nos visions dramaturgiques de cet opéra se sont rejointes. De plus c’est quelqu’un de très sympathique, calme et donc tout se passe bien. Et puis, travailler avec les forces du Capitole est un bonheur quotidien. Quel théâtre !

 : Vous avez de nombreux projets dans le domaine dramatique, mais qu’aimeriez-vous que l’on vous propose malgré tout dans le domaine lyrique ?

J.O. : Certainement Wozzeck de Berg car je viens de monter celui de Büchner et cela me paraît judicieux de faire les deux, d’autant que l’opéra me paraît plus intéressant que la pièce. J’aime beaucoup Janacek, mais je souhaiterais vraiment faire Pelléas et Mélisande de Debussy. Par contre les théâtres lyriques français et italien du 19ème ne m’intéressent pas du tout. Je suis complètement étranger à ce répertoire. Mais pourquoi pas Monteverdi ou Gluck.

 : Vous avez cependant un grand projet lyrique pour 2012, la création d’un opéra dont le héros est Le Caravage.

J.O. : Effectivement, cela se passera au Théâtre des Champs Elysées. Suzanne Giraud (1958) a écrit la musique et le livret et je mettrai en scène avec la complicité toujours de Christophe Ouvrard pour les décors et costumes et de Catherine Verheyde pour les lumières. C’est Philippe Jaroussky qui tiendra le rôle-titre. En fait cet opéra est écrit à son intention et il n’y a que quatre rôles. Ce sera une suite de scènes, entre vingt et vingt cinq, chacune représentant, au travers d’une trame biographique, un tableau du Caravage, l’action scénique induisant la réalisation du tableau. Suzanne est une passionnée de ce peintre et je crois que nous n’allons pas faire tous les deux l’économie d’un pèlerinage à Rome où se trouve l’essentiel des fresques de cet incroyable génie. Pour le livret, Suzanne s’est inspirée du roman de Dominique Fernandez (La course à l’abîme).
Mais, attention, il ne sera pas ici question de simples projections de tableaux… L’œuvre sera dirigée par François-Xavier Roth.

Propos recueillis par Robert Pénavayre

 

 

infos
 

Représentations :
Halle aux Grains :
26, 30 mars et
2 avril 2010 à 20 h
28 mars et 4 avril 2010
à 15 h

Renseignements et réservations :

www.theatre-du-capitole.org

 
 

 

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