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Entretien avec Michel Brun - "Passe ton Bach d'abord" (19/05/2009)
     

Bach tous azimuts avec Michel Brun

Multipliant les activités musicales, Michel Brun occupe une place à part dans le paysage toulousain. Il partage sa vie professionnelle entre la flûte traversière et la direction d’orchestre. Son répertoire s’étend de la musique baroque à la musique classique, romantique et même contemporaine. Il enseigne la flûte traversière et la musique de chambre baroque au Conservatoire National de Région de Toulouse. Mais sa « marque de fabrique » musicale le lie indissolublement, d’une part à la création de l’Ensemble Baroque de Toulouse, et d’autre part au nom de Johann Sebastian Bach. Deux initiatives inédites fondent sa légitimité dans ce domaine : le projet insensé, mais ô combien fructueux, des « Cantates sans filet » et celui, tout aussi fou, de la réalisation du festival « Passe ton Bach d’abord ».
A la veille de la deuxième édition de ce festival hors norme, Michel Brun a très spontanément accepté notre invitation à répondre à quelques unes de nos questions.


Michel Brun et l'Ensemble Baroque de Toulouse

Classic Toulouse : Comment s’est déroulée votre formation musicale et quelle démarche vous a amené à vous « spécialiser » dans la musique baroque ? Quel rôle a joué la flûte dans cette démarche ?

Michel Brun : Je suis venu tard à la musique, à l’âge de quatorze ans. C’est pour cela que je me bats contre cette contrainte d’une limite d’âge très basse pour démarrer un instrument. Avec un peu de motivation, on peut rattraper un éventuel retard. Pour ce qui me concerne, assez vite, la pratique de la flûte a créé chez moi une sorte d’insatisfaction. La flûte moderne est un instrument dont l’essentiel du répertoire se situe dans deux pôles opposés : la musique baroque et la musique contemporaine. Pendant la période classique, il y a encore quelques œuvres, notamment de Mozart, et il reste très peu de musique pour flûte pendant toute la période romantique. Seules subsistent de cette époque quelques pièces de concours ou de circonstances, pas très intéressantes que nous appelons dans notre jargon des saucissons. Même pendant la période baroque, le cœur du répertoire de la flûte, les œuvres ne sont pas si nombreuses. C’est en voulant développer une activité musicale un peu plus large que j’ai commencé des études de piano. Malheureusement, j’ai commencé encore plus tard que la flûte et là vraiment le retard était trop important pour je puisse dépasser un niveau de bon amateur. Et puis, la musique romantique commençait à ne plus correspondre à mon goût profond. C’est alors que je me suis intéressé à la musique baroque. Lorsque j’ai commencé à enseigner la flûte au Conservatoire de Toulouse, je me suis même inscrit comme élève au département de musique ancienne !

 : Est-ce que cet intérêt a coïncidé avec la création de l’Ensemble Baroque de Toulouse et avec la volonté de diriger un orchestre ?

M. B. : Oui, quasiment. J’avais déjà eu l’occasion de diriger, épisodiquement, lorsque j’étais encore dans la région parisienne. Pour dépanner, j’ai ainsi été amené à diriger l’Orchestre des Grandes Ecoles. Ce fut ma première expérience et cela m’a beaucoup plu. Ensuite, j’ai entrepris des études de direction d’orchestre à l’Ecole Normale, avec un excellent professeur qui enseigne cette discipline quasiment « inenseignable ». Très modestement, il enseigne des éléments de gestique, une sorte de vocabulaire gestuel qui permet d’être compris par les musiciens. Ce qui manque probablement à beaucoup de chefs (en particulier dans le milieu baroque) qui ont en général énormément de choses à dire, des idées qui pourraient renouveler le discours, mais à qui manque la technique de direction d’orchestre pour transmettre leurs idées.


Michel Brun flûtiste, ici avec l'Orchestre de Chambre de Toulouse

 : Comment s’est passé la fondation de l’Ensemble Baroque de Toulouse ?

M. B. : Nous avons été sollicités, par une chef de chœur que je connaissais, pour la création d’un opéra baroque, le Didon et Enée de Purcell. Alors que je venais de terminer mes études de direction, cette amie m’a proposé de diriger cet opéra avec le chœur dont elle s’occupait, et sur une mise en scène dont elle était chargée. Nous avons alors recruté des musiciens sur Toulouse et l’opération a eu lieu au Mans. Lorsque cela a été terminé nous nous sommes dit que ce serait vraiment dommage d’arrêter cette expérience. Ce fut une sorte de coup de foudre musical et humain, notamment avec celui qui est resté le premier violon de la formation, Laurent Pellerin, mais également avec la plupart des musiciens qui composent encore l’Ensemble Baroque. Nous avons donc commencé à travailler ensemble, sans évoquer, au départ, la possibilité de devenir un ensemble professionnel. Nous avons d’abord commencé à travailler des programmes pour notre propre plaisir. Puis nous avons cherché quelques concerts à donner et finalement recruté quelqu’un pour la recherche de ces concerts. L’ensemble s’est développé comme cela, sans volonté institutionnelle a priori.

: Actuellement comment se déroulent les activités « généralistes » de l’ensemble ?

M. B. : Nous en sommes aujourd’hui à environ vingt-cinq concerts par an. Le rythme a beaucoup augmenté depuis que nous avons recruté une administratrice, voici trois ans. Elle a pris en charge toute l’organisation de l’ensemble et surtout les relations avec les institutionnels qui sont indispensables à la bonne marche des projets. Une partie de nos activités est consacrée à des concerts que je qualifierais de « normaux ». Mais nous proposons aussi des manifestations originales, autour d’un thème. Ainsi, nous montons, pour la semaine prochaine, un concert-spectacle intitulé « Orphée », un opéra imaginaire, déjà donné notamment dans la magnifique grotte du Mas d’Azil, et qui illustre l’histoire du mythe d’Orphée retracé avec des extraits d’opéras baroques : l’« Eurydice » de Peri, les « Orphée » de Monteverdi, de Rossi, de Gluck et de Haydn. A Odyssud, nous avons récemment donné une soirée napolitaine, autour de deux œuvres de Pergolèse, « La servante maîtresse » et le « Stabat Mater ». Un repas napolitain et un bal également ont prolongé ces exécutions.

 : Faire participer le public est une particularité de l’Ensemble Baroque qui connaît un grand succès avec le projet des « Cantates sans filet ». Comment se déroule cette opération originale ?

M. B. : Nous terminons cette année la troisième des vingt-cinq saisons prévues pour l’exécution des quelques deux-cents cantates de Bach. J’espère très sérieusement que nous parviendrons au bout de ce projet. J’ai calculé qu’au terme de cette intégrale j’aurai soixante-quinze ans. Si je ne suis plus en état de poursuivre (et même chose pour les autres musiciens), j’espère que nous aurons pu passer le flambeau à de jeunes successeurs… Ces vingt-cinq ans à venir c’est le délai nécessaire pour mener à bien cette intégrale au rythme actuel d’une cantate par mois. Nous réalisons également ce qui se faisait probablement au temps de Bach. Les fidèles connaissaient les mélodies du choral final de chaque cantate et le chantaient avec les artistes. Cette tradition n’existe plus beaucoup en France, contrairement à l’Allemagne, et nous devons en adapter la pratique. Le public peut donc se renseigner à l’avance et obtenir, sur internet, la partition de ce choral, afin de pouvoir participer activement à l’exécution.


Michel Brun dirigeant l'ensemble Baroque de Toulouse

 : Venons-en au festival « Passe ton Bach d’abord » dont la deuxième édition va se dérouler les 6 et 7 juin prochains. Comment l’idée est-elle née ?

M. B. : L’idée m’est venue d’une conversation avec une amie (qui se trouve d’ailleurs être l’épouse d’un musicien et musicologue associé aux Sacqueboutiers), Catherine Canguilhem. Catherine m’a raconté qu’elle avait participé à deux événements importants autour de Bach, à Strasbourg et plus tard à Rodez. Il était question de musique dans toute la ville, dans les bars comme dans les églises : une effervescence à laquelle la ville entière participait. J’ai immédiatement repris l’idée que notre administratrice de l’époque a soutenu immédiatement. Le projet toulousain a rapidement grossi grâce à l’écho favorable qu’il a reçu des musiciens avec lesquels j’en ai discuté. Il est alors devenu cette espèce d’enfant gigantesque. Catherine Canguilhem a donc été la première coordinatrice de « Passe ton Bach d’abord ».

 : Le succès a finalement été immédiat !

M. B. : En effet. Ce fut inattendu pour nous, sinon inespéré. Nous partions dans l’inconnu total, avec le fait que la musique classique passe pour être réservée à un auditoire restreint, cultivé et connaisseur, et que Bach possède la réputation d’un compositeur austère, savant, difficile d’accès. Ce n’est absolument pas mon avis. Si Bach est en effet l’un des compositeurs les plus savants de l’histoire, en même temps, il a écrit une musique complètement abordable et qui offre des accès à plusieurs niveaux. On s’est alors aperçu que cette musique est en fait très fédératrice. Elle l’est d’ailleurs tout autant auprès des musiciens de tous horizons : les musiciens classiques comme les jazzmen ou les musiciens de variétés ou même de rock. Tout au long des deux journées de « Passe ton Bach », se retrouvent ainsi des artistes issus de toutes les tendances musicales.

 : Quels sont les projets d’avenir de l’Ensemble Baroque et de Michel Brun ?

M. B. : Actuellement, je vis un peu au jour le jour, dans la situation de celui qui vient de construire un château de sable et qui voit monter la mer ! Je m’emploie à colmater les brèches qui se forment ici ou là et donc je ne me projette pas trop dans l’avenir. L’Ensemble a connu un fort développement dans les années récentes et les idées ne nous manquent pas. L’enthousiasme des musiciens reste incroyable. Chacun d’entre eux va participer à huit ou neuf concerts pendant le week-end qui s’approche, courant d’un lieu à l’autre. Non seulement ils ont immédiatement accepté ces contraintes, mais ils en redemandent. A la seule condition que la qualité, l’exigence soit au cœur de nos activités. L’avenir va être consacré à asseoir la réputation de l’Ensemble qui ne cesse de grandir sur le plan régional et qui vise à une reconnaissance nationale. Nous espérons pouvoir élargir la programmation de « Passe ton Bach d’abord », en particulier en étendant la durée du festival. Déjà cette année nous organisons, la veille du festival, une opération « Révise ton Bach », qui dévoilera quelques uns des secrets de composition de Bach. Dans les années qui viennent, nous espérons pouvoir scander la saison par d’autres manifestations liées au festival et également pouvoir étendre le territoire aux petites villes de la région.

 : Longue vie à « Passe ton Bach d’abord » !

Propos recueillis par Serge Chauzy le 19 mai 2009

 

infos
 
Informations sur l'Ensemble baroque de Toulouse :

http://www.ensemble
baroquedetoulouse.com/

 

 

Voir la présentation des "Cantates sans filet"

 


Voir la présentation de "Passe ton Bach d'abord"

 

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