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Entretien avec Karol Beffa - Compositeur (11/09/2006)
     

(photo : Alix Laveau)

     

Karol Beffa compositeur d'aujourd'hui

L'Orchestre du Capitole vient d'inviter un jeune compositeur français à s'associer à lui dans une formule de « résidence » comme l'avait pratiquée Jean-Philippe Bec au cours des deux années précédentes. Karol Beffa, né en 1973, est d'origines suisse et polonaise. Son parcours multiple et déjà long a de quoi impressionner. Enfant acteur, il a interprété de nombreux rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision (le petit Mozart du film de Marcel Bluwal, c'était lui !) Brillant élève, il a connu tous les succès scolaires et universitaires possibles (reçu premier à l'Ecole Normale Supérieure, il a étudié l'histoire, l'anglais, la philosophie et même les mathématiques). Il a également obtenu de nombreux premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, est agrégé de musique et titulaire d'une thèse de Doctorat en musicologie. Devenu pianiste, improvisateur et compositeur, il s'implique donc avec la Ville Rose dans une démarche à la fois artistique et pédagogique qui démarre sous les meilleurs auspices. Il a très simplement accepté de répondre à nos questions.

ClassicToulouse  : Quelle est dans votre cas la fonction exacte d'un « compositeur en résidence » ?

Karol Beffa : «  Résidence », c'est un peu un mot magique comme le mot « création » en musique contemporaine. Alors qu'on qualifie parfois de « création » une exécution qui n'est qu'une reprise, une « résidence » n'implique pas forcément une présence permanente du compositeur dans l'institution qui l'héberge. Pour ce qui me concerne, il y aura deux volets : un volet pédagogique avec présentation de concerts devant un jeune public (de la maternelle à l'université), et un volet de création qui implique la composition d'œuvres pour l'Orchestre du Capitole. La création des premières œuvres est déjà programmée. Le 29 mars prochain, ce sera une partition pour orchestre, Paradis artificiels . Il y aura également un concerto pour violon, avec Renaud Capuçon (janvier 2008), un conte musical pour enfants, et une pièce chorale et orchestrale avec le Chœur Midi-Pyrénées. En outre, j'envisage d'intervenir en milieu universitaire sur le métier de compositeur et également d'accompagner des films muets comme je le pratique couramment, en tant que pianiste improvisateur.

 

 

: Votre parcours est très riche et très divers : la comédie (surtout dans votre enfance), des études universitaires poussées, et enfin la musique. Comment expliquez-vous cela ?

K B : A posteriori, je me demande surtout pourquoi je ne me suis pas lancé directement dans la musique… Je suppose qu'à l'époque, comme comédien enfant, j'aimais bien le rapport au public, jouer avec des acteurs que l'on me disait

célèbres (Lino Ventura, Jean-Louis Trintignant, Pierre Arditi, Marthe Keller…), faire des tournées. Quant à mes études, j'avais quelques facilités à l'école, mais j'avais du mal à faire un choix. J'ai toujours aimé ce qui se rapportait aux sciences humaines, aux sciences sociales, aux arts, et maintenant au cinéma. J'ai commencé la musique très tôt mais ce n'est que vers vingt-et-un ans que j'ai définitivement choisi cette voie.

: Si on se limite à votre activité musicale, pouvez-vous dire que la fonction de compositeur a pris le pas sur celle de pianiste et d'improvisateur ?

KB : Sur celle de pianiste, oui, certainement. Je fais encore beaucoup de concerts en tant qu'improvisateur. En particulier, j'improvise sur des thèmes donnés par le public : j'ai récemment associé Bach et Scriabine (pas facile !), et improvisé un tango dans le style de Debussy. Parfois les thèmes peuvent paraître loufoques, par exemple « 30 % de touches noires »… ou picturaux : j'ai eu souvent à improviser sur le tableau Guernica de Picasso. Encore jamais sur la Joconde  !

: Lorsque vous composez une œuvre de commande, quel est votre degré de liberté concernant la forme de la partition ?

K B : En fait, même lorsqu'il s'agit d'une commande, les contraintes sont souvent assez souples. On fixe en général l'effectif et une durée approximative. A part cela, le compositeur est assez libre. Pour moi, la contrainte est aussi source d'expression et peut stimuler mon imagination. Parfois, les circonstances de la commande et sa place dans un programme jouent un rôle. Ainsi, pour la première fois en France, c'est le public qui m'a passé commande, celui de l'orchestre de Pau, dirigé par Fayçal Karoui. Sa place en ouverture de concert m'a dicté le caractère de l'œuvre, très enlevé, rapide, mobile. Pour Renaud et Gautier Capuçon, j'ai composé, à leur demande, une pièce qu'ils puissent jouer comme bis. Comme ce sont des interprètes de génie, il n'y avait aucune limitation technique. Les circonstances sont vraiment très variées.

 

: Si vous n'aviez absolument aucune contrainte, quel genre d'œuvre souhaiteriez-vous composer ?

K B : J'adorerais pouvoir écrire un opéra. C'est quelque peu intimidant, mais cela constitue le défi le plus incroyable qui soit posé à un compositeur. Evidemment, il faut d'abord trouver un livret dont on soit totalement satisfait, et avoir l'assurance que l'opéra sera joué. Ce serait le cas s'il s'agissait d'une commande. Mon approche du théâtre et le fait que j'ai très tôt assisté à des spectacles d'opéra font que ce mode d'expression ne m'est pas étranger.

: Est-ce que les interprètes pour lesquels vous composez interviennent dans le processus de création ?

K B : C'est une très bonne question. Cela dépend de la formation. Avec un orchestre, c'est rarement possible, mais en musique de chambre cela le devient. Ainsi, même avec des musiciens aussi occupés que Renaud et Gautier Capuçon cela a pu avoir lieu. Je leur ai donné la partition suffisamment tôt et j'ai ainsi pu effectuer quelques petites modifications, soit provenant de leurs suggestions, soit de mon intuition après avoir entendu la pièce en répétition. Même chose pour Metropolis , que j'ai écrite à l'intention de l'altiste Arnaud Thorette et du pianiste Johan Farjot. Mais dans tous les cas il s'agit de modifications mineures.

: Lorsque vous composez une œuvre nouvelle, de quelle manière prenez-vous en compte le public auquel elle est destinée ?

K B : Je n'écris pas pour le public ; mais il se trouve que j'écris une musique relativement accessible par rapport aux créations contemporaines. En fait, j'écris la musique que j'aimerais avoir moi-même le plaisir d'entendre en concert ! Ainsi lorsque j'écoute une œuvre orchestrale, je n'ai pas envie d'avoir à me boucher les oreilles ou à sortir de la salle, comme, je dois dire, cela a pu m'arriver au cours de certains concerts de musique contemporaine.

: Vous allez composer pour un orchestre particulier, l'Orchestre du Capitole, dont vous connaissez déjà les caractéristiques. Or, on entend couramment se plaindre d'une certaine standardisation des sonorités orchestrales. Qu'en pensez-vous ?

: Je ne le crois pas. Ainsi, on a beau avoir maintenant à Toulouse un chef formé à Saint-Pétersbourg, l'Orchestre du Capitole sonne comme l'Orchestre du Capitole. Non, je ne pense pas qu'il y ait une standardisation des sonorités d'orchestre. Je reconnais que c'est une question délicate. Un chef pourrait vouloir modeler la sonorité d'un orchestre dans la direction qui est la sienne.

: Pensez-vous donc tenir compte des caractéristiques propres de l'Orchestre du Capitole dans les œuvres que vous allez composer pour lui ?

K B : Depuis que j'assiste aux concerts de l'orchestre, indépendamment de la sonorité globale, je commence à connaître un peu les pupitres et certains musiciens à titre individuel. Il est donc certain que j'en tiendrai compte lorsque j'écrirai pour eux. Cela va de soi.

: Que souhaitez-vous apporter sur le plan éducatif ?

K B : Je pense que le travail de démocratisation de la musique est immense, presque sans fin. Depuis plus de vingt-cinq ans, les pouvoirs publics se sont plutôt préoccupés de susciter de l'offre culturelle, de l'offre de musique, et pratiquement jamais de la demande. On est allé toujours du côté de la création, ce qui a pu avoir comme effet pervers de contribuer à ce que certains s'imaginent créateurs du jour au lendemain sans avoir les outils, le bagage ou le talent nécessaire. Alors qu'il est essentiel de renforcer l'éducation artistique. J'espère y contribuer très modestement en présentant quelques concerts devant un public assez jeune, parfois très jeune. Donner le goût pour la musique, cela doit se faire très tôt. Il se trouve, et c'est un peu une ironie du sort, que mon travail de compositeur en résidence ici comporte les deux volets : l'offre de musique avec la composition de pièces nouvelles pour l'orchestre, et le volet pédagogique qui consiste à susciter la demande.

 

Propos recueillis par Serge Chauzy à Toulouse, le 11 septembre 2006.

 

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