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Entretien avec Josep Pons - Orchestre du Capitole - 22/01/2014
     

Toutes les musiques avec Josep Pons

Le chef d’orchestre Josep Pons est, depuis quelques années, un invité fréquent de l’Orchestre National du Capitole. Venu récemment défendre le grand répertoire ibérique avec La Vida Breve de Manuel de Falla, le voici de retour cette fois dans la musique chorale française qu’il affectionne tout particulièrement, avec Poulenc et Fauré, inscrits au programme du concert du 23 janvier auquel ont également participé le chœur de chambre les éléments, le choeur Archipels et deux solistes vocaux, la soprano allemande Christiane Karg et le baryton français Stéphane Degout. Josep Pons est chef principal et directeur artistique de l’Orquesta y Coro Nacionales de España (OCNE) depuis 2003. Nommé directeur musical du Liceu de Barcelone en octobre 2010, il occupe cette fonction depuis 2012/2013. De 1985 à 1997, il a été directeur musical et artistique de l’Orquesta de Cambra Teatre Lliure et, de 1994 à 2004, il a occupé le même poste à l’Orquesta Ciudad Granada. Son répertoire, aussi bien lyrique que symphonique, ne connaît aucune limite. Au cours des répétitions de ce récent concert donné à la Halle aux Grains de Toulouse, Josep Pons a très gentiment accepté de répondre à nos questions.



Le chef d'orchestre catalan Josep Pons - Photo A. Bofill -

Classic Toulouse  : Josep Pons, vous êtes un invité régulier de l’Orchestre National du Capitole. Vous souvenez-vous de votre premier contact avec l’orchestre et avec la Halle aux Grains ?

Josep Pons : Je crois bien que c’était en 2009, avec le pianiste Javier Perianes pour un concert qui comprenait les Nuits dans les Jardins d’Espagne de Falla. Je garde de ce concert l’impression que m’a faite la salle. Certes la sonorité y est plutôt sèche et un peu plus d’acoustique serait favorable. Mais cette acoustique me rappelle un peu celle d’une salle de théâtre. Et j’aime beaucoup jouer ainsi au milieu des spectateurs. Cela permet d’établir, avec le public, une grande complicité qui me touche vraiment.

 : Vous avez dirigé de nombreux concerts avec l’Orchestre National du Capitole. Comment se sont développées vos relations avec ses musiciens ?

J. P. : Nos relations ont été très bonnes dès les premiers contacts. Ce n’est pas difficile ! C’est un orchestre constitué de très bons musiciens, qui aiment la musique, qui veulent faire de la bonne musique. Ils sont toujours prêts à chercher de nouvelles voies. Il y a ici de magnifiques pupitres d’instruments à vent, des cuivres splendides, une section de cordes extraordinaire. Ils ont aussi l’envie de chercher de nouvelles sonorités. J’ai souvent dirigé ici de la musique française ou proche de la musique française (même Manuel de Falla reste proche de la musique française !) et ces musiciens connaissent bien évidemment les sonorités que réclame ce répertoire. C’est un vrai plaisir !

 : Votre répertoire est extrême large puisqu’il va du classicisme à la musique d’aujourd’hui. Est-ce par goût personnel ou parce que vous considérez qu’il s’agit de votre devoir ?

J. P. : C’est vraiment mon goût d’explorer ces répertoires. J’aime bien aborder la période classique avec le style qui convient, avec les instruments historiques et apporter à l’orchestre moderne cette couleur et surtout l’articulation que produisent ces instruments anciens. Avec mon orchestre à Grenade, j’ai beaucoup abordé ces musiques-là. Il s’agit d’un Orchestre Beethoven. Et donc, pendant des années, mon répertoire a réuni Beethoven, Haydn, Mozart, Schubert… Mais l’époque dans laquelle je me sens le plus confortable, c’est le début du XXème siècle, aussi bien dans la musique viennoise que dans celle qui se faisait à Paris, y compris Falla. J’aime aussi beaucoup le répertoire hongrois, allemand de cette époque (par exemple Hindemith). Quand j’évoque la France de cette époque, je pense aussi à Stravinsky, très russe bien sûr, mais qui produisait son œuvre en France. J’aime aussi la musique contemporaine. Ce qui me manque un peu c’est de ne pas jouer la grande polyphonie, par exemple celle du Siècle d’Or espagnol, ou Gesualdo, et même Bach. Si je le pouvais j’agrandirais encore mes domaines musicaux !



Josep Pons et l'Orchestre National du Capitole, à l'issue du concert du 23 janvier 2014, entouré des deux solistes du Requiem de Fauré, Christiane Karg et Stéphane Degout
- Photo Classictoulouse -

 : En tant que directeur musical du célèbre théâtre Liceu de Barcelone, vous avez une grande activité dans le domaine de l’opéra. Comment conciliez-vous le lyrique et le symphonique ?

J. P. : Je pense que ce sont des activités très complémentaires comme le sont, dans le domaine du chant, l’opéra et le lied ou la mélodie. J’ai toujours dirigé l’opéra. Lorsque je suis arrivé à la direction du Liceu, j’avais une trentaine de titres d’opéra à mon répertoire, ce qui est raisonnable. Pour un chef comme pour un orchestre les deux activités sont importantes. Le symphonique offre une concision plus grande alors que l’opéra permet un plus large développement. L’opéra met en œuvre une plus grande flexibilité et un sens de l'accompagnement, utiles au domaine symphonique. Par ailleurs, la pratique symphonique apporte la rigueur, la précision du rythme. Les orchestres qui font les deux sont les meilleurs. Berlin, qui faisait surtout du symphonique, a souvent abordé l’opéra aussi bien avec Furtwängler qu’avec Karajan et cela se poursuit aujourd’hui. Vienne est aussi un orchestre d’opéra, comme la Staatskapelle de Dresde ou le Gewandhaus de Leipzig. Et c’est aussi le cas de l’Orchestre du Capitole de Toulouse qui se partage entre le concert et la fosse d’opéra. Cette association, on la retrouve aussi chez les compositeurs. L’œuvre de Mozart se partage équitablement entre la musique instrumentale et l’opéra. Tchaïkovski et Dvorak sont des compositeurs d’opéra qui ont écrit des symphonies. A part quelques exceptions, c’est la règle.

 : Pouvez-vous nous parler du concert que vous venez diriger cette fois, le 23 janvier ?

J. P. : Le programme, qui comprend le Stabat Mater de Francis Poulenc et le Requiem de Gabriel Fauré, permet de construire une narration, notamment grâce au texte des deux célébrations. Le Stabat Mater évoque le drame de la Mère au pied de la Croix, une Mère qui pleure devant les souffrances de son fils et qui l’accompagne jusqu’à sa mort terrestre et à son ascension. Le texte de la Messe des Morts de Fauré représente une suite. Les musiques possèdent également un lien. On retrouve dans les deux partitions l’élégance et une harmonie proche. Les deux œuvres ensemble représentent une sorte de poème en forme de diptyque.

 : Comment appréciez-vous la participation du Chœur de Chambre les éléments et d’Archipels ?

J. P. : Ma rencontre avec les éléments a été comme un cadeau pour moi. Cela a été une véritable découverte. Beauté de son, tendresse, pureté, transparence représentent un modèle. Ces chanteurs nous ont ainsi obligés à jouer pianississimo. L’orchestre, qui en a toutes les capacités, a tout de suite compris ce caractère exceptionnel. Ces pianissimi ne constituent pas ici un effet ou un caprice. Il s’agit bien de prière. Et d’une prière intime. Cette rencontre, je le répète, a été pour moi un cadeau spirituel.

 : Nous vous remercions et nous vous retrouverons avec plaisir à la tête de l’Orchestre National du Capitole, le 28 février prochain, avec notamment une version de concert du Château de Barbe-Bleue, de Béla Bartók.

Propos recueillis le 22 janvier 2014 par Serge Chauzy

 

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Renseignements, détail complet de la saison de l'Orchestre national du Capitole et réservations :

http://onct.toulouse.fr

 
Programme du concert donné le 23 janvier 2014 à 20 h à la Halle aux Grains de Toulouse

* F. Poulenc

- Stabat Mater

* G. Fauré
- Messe de Requiem en ré mineur, op. 48 (version 1900)

 

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