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Entretien avec David Fray - Piano aux Jacobins (23/09/2009)
     

David Fray, de Bach-Boulez à Schubert

Né à Tarbes en 1981, David Fray occupe déjà une place importante dans le panorama de la dynamique génération des jeunes pianistes français. Il s’est déjà forgé une personnalité musicale forte et spécifique. Sa démarche est essentiellement musicale. Son allure de jeune premier, son élégance n’obèrent en rien la profondeur de son approche de la musique. Les récompenses ou les distinctions qu’il a déjà reçues ne semblent pas affecter sa simplicité naturelle. Après avoir participé à plusieurs concerts toulousains dont un récital pendant l’édition 2006 de Piano aux Jacobins, le voici de retour dans la ville rose pour un autre récital, consacré cette fois à Schubert, le 23 septembre 2009, dans le cadre de la 30ème édition de Piano aux Jacobins. Il participera également à un concert symphonique au cours de la saison de l’Orchestre du Capitole, le 4 mars 2010. A l’occasion de sa venue, il a accepté très volontiers de répondre à quelques unes de nos questions sur le déroulement de sa jeune carrière.


Photo Sasha Gusov - Virgin Classics

Classic Toulouse  : Quelles ont été les personnalités déterminantes dans le choix qui a été le vôtre de vous engager dans une carrière de pianiste ?

David Fray : Le première personne que j’ai envie de citer est Jacques Rouvier, le professeur que j’ai eu au Conservatoire de Paris. Il a été celui sans lequel toutes les rencontres postérieures n’auraient pas été possibles. Il m’a vraiment formé. Il m’a appris les choses essentielles qui m’ont permis ensuite de me construire en tant qu’individu et en tant qu’artiste. Ensuite, il faudrait citer toutes les personnalités que j’ai pu croiser et qui possèdent un charisme et un rayonnement artistique qui m’ont marqué. Que ce soit Pierre Boulez, Christoph Eschenbach, Riccardo Muti, Kurt Masur etc… Autant de personnes que j’admire et qui m’ont transmis, même parfois brièvement, un peu de leurs connaissances et de leur instinct musical.

 : Quels rôles ont joué pour vous les concours internationaux de piano que vous avez passés ?

D. F. : J’en ai en fait passé assez peu : un au Japon et un au Canada. Il se trouve qu’après le concours de Montréal, j’avais acquis deux trois petites choses que j’ai considérées comme suffisantes pour me permettre d’exister. J’ai alors décidé que ce deuxième concours serait le dernier. De mon point de vue, les concours ont une double fonction. Ils permettent la découverte de jeunes talents et aussi ils nous font travailler. On est obligé de monter un programme relativement important en un temps assez court. Cela vous donne un peu de métier et vous permet de vous confronter à un jugement qui n’est plus seulement celui de votre professeur, ou de votre ville ou de votre pays. Cela vous permet en quelque sorte de vous situer sur un plan international, si tant est que ce soit possible. Mais vous savez, les résultats des concours ne sont pas toujours révélateurs de ce qui s’y passe réellement. Je me méfie un peu des concours. Ceux que j’ai passés m’ont vraiment aidé, mais je crois qu’il faut en passer le moins possible, les préparer consciencieusement et après deux ou trois essais sans résultats, il est inutile de poursuivre. De nombreux grands artistes d’aujourd’hui ne se sont pas fait connaître grâce aux concours. Il existe aujourd’hui de nombreux concours et paradoxalement les artistes dont on parle et qui font une belle carrière ne sont pas forcément ceux qui ont obtenus des prix. Et réciproquement, certains de ceux qui ont obtenu des prix ne font pas carrière. Jadis, comme les concours n’étaient pas très nombreux, ils avaient une plus grande incidence sur la vie musicale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui…

 : Comment vous forgez-vous votre propre répertoire ?

D. F. : C’est un parcours en plusieurs étapes. C’est un mélange de l’environnement qui vous a entouré dans votre enfance, de ce que vos professeurs vous ont fait travailler, des œuvres que vous aimez et, ce n’est d’ailleurs pas toujours identique, de celles que vous êtes à même de bien servir en fonction de votre niveau du moment, de vos qualités, de vos limites. Tout cela évolue et même lorsqu’on a atteint un certain niveau on doit choisir de jouer les œuvres en fonction de ses qualités et de ses défauts. On ne choisit d’ailleurs pas toujours des périodes et des compositeurs. Ce sont plutôt les œuvres que l’on choisit. Deux pièces d’un même compositeur peuvent ne pas vous convenir de la même manière. Il faut savoir vraiment choisir.

 : De Bach à Boulez, comme dans votre récent enregistrement, vous semblez ne pas avoir d’exclusives, notamment vis-à-vis de la musique d’aujourd’hui.

D. F. : Dans la mesure où la musique d’aujourd’hui possède une connexion avec une certaine tradition historique, je n’hésiterai jamais à la jouer. C’est une question d’univers et de cohérence par rapport à une certaine démarche que j’ai entreprise depuis quelques années. Ainsi le Boulez des Notations possède un lien très fort avec la Deuxième Ecole de Vienne qui elle-même est liée à la tradition allemande-autrichienne que je joue souvent.

 : Comment partagez-vous vos activités entre le récital, le concert et la musique de chambre ?

D. F. : Au départ, je ne faisais pratiquement que du récital. Je me disais que, quoiqu’il arrive, je serai le seul responsable des belles comme des mauvaises choses qui peuvent arriver. Ensuite on m’a offert plus d’opportunités de jouer avec orchestre, de très bons orchestres et de très grands chefs. Du coup, j’ai commencé à vraiment aimer cela. Pour ce qui concerne la musique de chambre, c’est plus compliqué. Cette pratique demande une collaboration plus intensive et plus régulière. Et ce n’est pas toujours facile à concilier avec un emploi du temps. Malheureusement, jusqu’à présent la musique de chambre a un peu souffert de cet état de fait. Et puis il faut trouver le collaborateur avec lequel « ça colle » naturellement. Comme dans la vie, ce n’est pas toujours facile !


Photo Paolo Roversi - Virgin Classic

 : Vous avez même dirigé l’orchestre de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, lors de l’enregistrement des concertos de Bach. La direction d’orchestre vous attire-t-elle ?

D. F. : Je ne prétends pas avoir été chef d’orchestre lors de cet enregistrement. L’orchestre était simplement constitué d’un quatuor de cordes. Il s’agissait plutôt de musique de chambre. Mais pour moi la direction d’orchestre est un peu le point de repère auquel je me réfère dans ma manière de travailler. Lorsque je lis une partition de piano, j’aime la considérer et la travailler comme si j’étais un chef d’orchestre chargé de répartir, au sein de l’orchestre, les différentes répliques. De nombreuses œuvres pianistiques ont été écrites par des compositeurs qui ont également écrit des quatuors à cordes, des symphonies et même des opéras. Si on ne possède pas toute la connaissance de ces formes musicales, on ne peut pas en trouver les équivalences dans les œuvres pianistiques de ces compositeurs-là. Et ces équivalences sont partout. Le fait de m’intéresser à la direction d’orchestre (peut-être d’ailleurs que je ne franchirai jamais le pas !) et de travailler comme si j’étais mon propre chef d’orchestre m’a, je crois, fait progresser.

 : Lorsque vous abordez une nouvelle œuvre, quelle est la part de la connaissance consciente et celle de l’instinct ?

D. F. : De toute façon, je pense que plus on sait de choses, mieux c’est ! La culture n’est jamais une ennemie. Ce qui peut l’être, c’est de considérer que la connaissance, la culture est une limite et non une ouverture. Cela peut constituer un problème pour ceux qui possèdent une certaine culture et qui la considèrent comme un dogme. Je suis absolument contre l’idée que tout ce que l’on peut savoir sur la musique et sur une époque donnée puisse être une limite plutôt qu’une source d’inspiration et de défi même. Comme pour un texte religieux, on ne peut pas prendre au pied de la lettre tout ce qui est écrit dans un traité musical. Il faut aller au-delà et l’interpréter en fonction de l’époque où il a été écrit.

 : Comment choisissez-vous les œuvres dont vous réalisez un enregistrement discographique, et notamment le programme Schubert qui sort le 21 septembre prochain  ?

D. F. : Le choix correspond à mon évolution en tant que personne, d’abord, et en tant que musicien. A chaque stade de mon évolution, il existe des priorités auxquelles j’accorde plus d’attention. Il se trouve que Schubert, après la manière dont j’avais essayé de servir Bach, correspondait à cette quête d’un lyrisme au piano. Et Schubert, plus encore que Bach est le compositeur de la voix humaine. Il suffit d’écouter son immense production de lieder pour s’en persuader. Cette évolution était logique par rapport au fait que le piano, contre toute attente, peut aussi chanter.

 : Vous abordez ici Schubert par la partie la plus intime de sa production, ses Moments musicaux et ses Impromptus…

D. F. : C’est précisément celle qui se rapproche le plus de ses lieder. On peut parfois considérer ses Moments musicaux comme des lieder sans parole. Pas seulement bien sûr, mais il y a une proximité, ne serait-ce que la modestie des dimensions de ces œuvres, qui nous pousse à chercher de ce côté-là. Par contre, les sonates de Schubert, comme celle que je vais jouer à Piano aux Jacobins, constituent la grande forme. Mais même dans cette longue sonate (N.D.L.R. : Sonate D. 894 en sol majeur), on retrouve dans le mouvement lent l’idée d’un lied. Dietrich Fischer-Dieskau et Sviatoslav Richter pourraient l’un chanter la mélodie, l’autre jouer l’accompagnement et vous prendrez le mouvement pour un lied. Paradoxalement, au milieu, on trouve des intermèdes que l’on peut considérer comme plus orchestraux. Il faut donc faire la part de ce qui est soit du domaine de l’orchestre, soit du domaine du lied soit encore du domaine de l’opéra, ou même du récitatif. Le récitatif est une sorte d’idéal entre la parole et la musique dont on ne se préoccupe pas assez.

 : Quels sont vos projets dans le domaine des enregistrements discographiques et celui des concerts ?

D. F. : Le prochain projet discographique concerne des concertos de la dernière période de Mozart. J’ai rencontré récemment un chef avec lequel je me suis très bien entendu et j’espère qu’il pourra collaborer à ce projet. Pour ce qui concerne les concerts, je vais faire des débuts importants, notamment à la Philharmonie de New York, au mois de décembre, également avec le Philharmonia de Londres, les orchestres de San Francisco et de Los Angeles, le symphonique de Berlin. Je reviens également à Toulouse au cours de cette saison pour jouer un concerto de Mozart. Ce sera la troisième fois que je joue avec l’Orchestre du Capitole. Et chaque fois je suis très content de collaborer avec cet orchestre que j’aime beaucoup. Ce sera par contre la première fois que je jouerai avec Tugan Sokhiev. Et puis cela me fait plaisir de jouer dans ma région. Je suis natif des Hautes-Pyrénées. Ce sera comme un retour…

 : Tous nos souhaits vous accompagnent !

Propos recueillis le 15 septembre 2009 par Serge Chauzy

 

infos
 
Piano aux Jacobins :

Programme détaillé, informations,
réservations :

www.pianojacobins.com
 
 
Programme du récital du 23 septembre à 20 h 30 donné par David Fray au cloître des Jacobins :

* F. Schubert

- Allegretto en ut mineur
D. 915
- Klavierstück D. 946 n° 2
- Six Moments musicaux
D 780
- Sonate en sol majeur
op. 78 D. 894 "Fantaisie"

 

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