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Entretien avec Natalie Dessay - Théâtre du Capitole - 21/09/2013
     

Après Manon au Théâtre du Capitole s’ouvre pour
Natalie Dessay une toute nouvelle carrière.

La plus célèbre soprano française a du caractère, peu de personnes l’ignorent. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, à l’approche de sa cinquantaine, Natalie Dessay fasse, depuis quelques temps, un point d’étape sur son métier et envisage, après mûres réflexions on imagine, une seconde partie de carrière quelque peu différente de celle qui l’a vue triompher sur les plus grandes scènes de la planète. Adieu Ophélie, Marie, Lucia, Zerbinette, Olympia et autres Reine de la nuit, le temps est venu de faire d’autres rencontres, de croiser d’autres publics aussi. Pragmatique, réaliste, sans fard, Natalie Dessay nous a parlé, sans l’ombre d’une quelconque nostalgie, de tout cela.

Classictoulouse : Des Grieux qualifie Manon de sphinx étonnant. Qu’est-ce qui lui fait dire cela ?

Natalie Dessay : Manon est un personnage insaisissable car elle vit en permanence dans l’instant. Elle n’est pas prévisible car elle ne prévoit rien. Manon suit le vent, tout simplement. Il n’y a aucune logique dans sa vie car elle est uniquement mue par son instinct et ses désirs. Il y a une forme d’animalité dans ce personnage.


Natalie Dessay
- Photo Simon Fowler/Erato -

O
: Vocalement aussi, Manon est un véritable sphinx, car entre le Cours la Reine et Saint Sulpice, les exigences vocales ne sont pas tout à fait les mêmes ?

N. D. : Idéalement, le rôle revient à un soprano lyrique avec un bon aigu. Bon, je ne suis pas soprano lyrique, mais ce n’est pas grave non plus, même si je souffre un peu dans le grave et le bas medium. En même temps, cette fragilité dans ces registres donne en fait une couleur particulière au personnage, car elle traduit finalement plus l’enfant qu’elle est, puisqu’elle a 16 ans, que la femme qu’elle n’est pas tout à fait. Puis-je vous dire combien je suis heureuse de faire cette Manon au Théâtre du Capitole, car ici les conditions de travail sont exceptionnelles de qualité et de sympathie.

: Vous abordez aujourd’hui véritablement un autre chapitre de votre carrière artistique. Quels sont les tenants de cette décision ?

N. D. : J’aborde aujourd’hui trois voies d’exploration. Tout d’abord le concert au travers de Liederabend, particulièrement en duo avec le pianiste Philippe Cassard, avec un répertoire franco-allemand. En juin prochain nous enregistrons tous les deux un récital de mélodies françaises de Poulenc, Fauré, Duparc. Nous allons tourner ces soirées dans le monde entier jusqu’en 2015. La seconde voie se nomme Michel Legrand avec, également, un disque qui sort d’ici la fin de cette année et une tournée de récital avec son répertoire *. C’est un challenge vocal car je chante alors avec micro, ce qui est un tout autre exercice que sur un plateau d’opéra. De plus, les chansons de Michel ne viennent pas me solliciter dans le registre aigu, mais dans le medium et le grave. La troisième voie d’exploration est le théâtre dramatique pur. Jouer sans chanter est vraiment un tout nouvel exercice pour moi. J’ai deux à trois projets déjà sur le feu. Pour répondre précisément à votre question, c’est-à-dire le pourquoi de ce changement d’orientation professionnelle, la raison essentielle est que j’ai exploré tous les rôles qui étaient à ma portée. Alors bien sûr je pourrais continuer à chanter toujours les mêmes trois ou quatre rôles, mais j’ai parfaitement conscience que je les ferais de moins en moins bien, ce qui est physiologiquement naturel. Et puis bon, je ne vais pas jouer les jeunes filles toute ma vie, cela ne tient pas debout. Alors, attention, je ne dis pas que je n’aime plus l’opéra, mais plutôt que c’est l’opéra qui ne m’aime plus.



Natalie Dessay et Michel Legrand

: Vous avez passé votre été avec la musique de Michel Legrand. Qu’est-ce qui vous touche dans ce répertoire et chez ce musicien ?

N. D. : J’ai rencontré la musique de Michel Legrand alors que j’avais 6 ans, c’était dans le film de Jacques Demy : Peau d’âne, en 1970. Pour une petite fille, c’est un vrai choc ! C’est Laurent Pelly qui nous a remis en contact il y a quatre ans avec un spectacle qu’il avait monté ici au TNT sur des chansons de Michel. Ce qui me touche dans le génie de ce compositeur est sa versatilité. Elève de Nadia Boulanger, ce qui n’est pas rien, il a tout abordé, de la comédie musicale au répertoire classique en passant par la musique de film et le jazz. Je crois qu’il a à son catalogue plus de 600 chansons, dont on ne connaît qu’une petite partie. L’ambiance sera différente d’une soirée de mélodies, tout d’abord parce que je serai accompagnée d’une basse, d’une batterie et d’une harpe, ensuite parce que je souhaite entretenir un vrai dialogue avec le public. Et puis, dans ce répertoire, il n’y a pas de cycle comme dans le classique, chaque chanson contient son univers particulier. Concernant le théâtre, je ne me donne aucune limite de genre ni de style, du classique au contemporain. Ceci va m’ouvrir un éventail de possibilités que je n’ai plus à l’opéra. Cela dit c’est un vrai et nouveau métier car jouer sans chanter ce n’est pas chanter en jouant. Et cela il faut que je l’apprenne. A l’opéra, la musique vous guide et vous dit tout, au théâtre, il faut se créer sa propre musique. Je compte beaucoup sur le metteur en scène pour me guider dans cette expérience, une expérience pour laquelle je peux vous dire que je déborde d’enthousiasme.

: Vous pratiquez aujourd’hui le yoga à un rythme intensif. Que vous apporte cette discipline ?

N. D. : J’ai découvert le yoga il y a sept ans et depuis plusieurs mois je le pratique tous les jours. Cette discipline m’apporte un bien-être physique, de la souplesse, de la force, mais aussi de la puissance de concentration et de la résistance à l’effort. La marge de progression en la matière est infinie. Et puis cette manière de s’extraire du monde pour mieux y retourner me permet de prendre de la distance par rapport à la vie.

Propos recueillis par Robert Pénavayre 21 septembre 2013

* La tournée « Entre elle et lui », sur les chansons de Michel Legrand, débute le 27 octobre 2013 à l’Olympia et se termine le 5 mai 2014 à Birmingham, soit 21 rendez-vous dont celui de Toulouse fixé, à la Halle aux Grains, le 10 novembre 2013.

 

infos
 

Renseignements sur la saison du Théâtre du Capitole :

www.theatre-du-capitole.fr

Représentations de
Manon  :

Théâtre du Capitole -
29 septembre, 3, 6, 10, 13 et 15 octobre



 

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