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Entretien avec Frédéric Chambert - Direction du Théâtre du Capitole (04/10/2007)
     


« Le Capitole appartient au premier cercle des grandes maisons d’opéra en Europe »

Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse, vient de nommer pour trois ans Frédéric Chambert à la direction artistique du Capitole de Toulouse à partir de la saison 2009/2010. Il succèdera à Nicolas Joel, lui-même nommé, à partir de cette date, directeur de l’Opéra de Paris.
Cet Aixois de 47 ans,  fin lettré et hispanisant émérite, se prépare donc à prendre en main la destinée de l’un des plus prestigieux théâtres lyriques européens.
Pour vous nous l’avons rencontré.


Frédéric Chambert, futur directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse
(Crédit Eric Mahoudeau)

 

Classic Toulouse : Comment est-on choisi pour être directeur du Capitole de Toulouse ?

Frédéric Chambert : La Mairie de Toulouse a fait  un appel à candidature publié dans les journaux. Nous avons été un certain nombre, je suppose, à répondre. L’appel à candidature comportait un cv, un projet et une lettre de motivation, c’est dire que cela s’est passé de la façon la plus traditionnelle qui soit. Nous avons été deux à être présélectionnés. Nous avons donc passé un oral devant un jury composé du Maire de Toulouse, de ses adjoints à la culture, de Nicolas Joel, de Robert Gouazé et de Tugan Sokhiev. Ensuite Jean-Luc Moudenc a pris sa décision. Je me réjouis bien sûr d’avoir été choisi et j’en mesure également tout l’honneur.

C’est ma première direction. J’ai été pendant 7 ans l’adjoint artistique d’Hugues Gall à l’Opéra de Paris. J’ai beaucoup appris en travaillant avec lui et, aujourd’hui, je suis très flatté de la confiance qu’il m’avait accordée, mais il est clair que je n’étais pas le patron.

: Connaissiez-vous le Capitole avant votre nomination ?

FC : En bon Aixois, je suis né dans un bain d’art lyrique et donc, tout naturellement, mes pas m’ont porté vers le Capitole, surtout au début des années 80. Je venais alors très souvent car j’avais alors de fortes attaches familiales ici. J’ai donc des souvenirs de jeune mélomane assistant à de remarquables spectacles et aussi à de très beaux concerts. Par la suite, je dois dire que je suis revenu au Capitole plus fréquemment que dans d’autres théâtres, cela tenant vraisemblablement à sa programmation. Dernièrement j’ai fréquenté cette maison professionnellement en tant que chargé de mission auprès du Ministre de la Culture.

: Quels sont donc les points forts de ce théâtre ?

FC : Ils sont nombreux. Et tout d’abord l’échelle, qui est parfaite, et le marin que je suis préférera toujours un voilier de quinze mètres qu’un de trente huit mètres, fascinant certes mais très difficile à manœuvrer. Les vrais points forts sont tout de même ceux qui sont dus au travail des hommes et, sans flagornerie aucune, à la confiance dont bénéficie le Capitole auprès de la Ville  de Toulouse. C’est bien sûr aussi un orchestre de niveau international qui possède un son spécifique que l’on doit à l’immense travail accompli ici par Michel Plasson. Je me réjouis que Tugan Sokhiev lui ait succédé car il est porteur d’avenir. Il faut bien vous dire qu’aucun chef, du plus haut niveau soit-il, ne répugne à diriger cet orchestre. C’est un atout majeur pour le programmateur que je suis depuis quelques jours. Autre atout essentiel, le cadre de chœur. Il est capable de tout, y compris de chanter cette Flûte de la Halle aux Grains, terriblement délicate pour lui en termes de mise en scène. Peu de théâtres, je peux vous l’affirmer, et même parmi les plus célèbres, ont un pareil cadre choral.
Et puis il y a le ballet. Il apporte une dimension qui pour moi est fondamentale. Il n’existe pas au monde une grande maison d’opéra sans un grand corps de ballet. Sans doute aucun, c’est la meilleure compagnie classique en région française. D’ailleurs, je ferai tout pour qu’elle puisse s’exprimer davantage, y compris à l’international car, tout comme l’orchestre, cette compagnie peut être un grand ambassadeur de la vie culturelle toulousaine. Comment ne pas souligner aussi la côte du Capitole auprès des plus grands chanteurs de notre temps qui n’hésitent pas une minute pour inscrire cette maison dans leur agenda, car ce théâtre appartient au premier cercle des grandes maisons lyriques en Europe. Et c’est indiscutable.
Quant aux ateliers du Capitole, c’est simple, ils sont un label de qualité à l’échelon mondial. Les plus prestigieux théâtres  coproduisent avec le Capitole sans le moindre doute.
Je ne voudrais pas terminer sur ce chapitre sans évoquer le public toulousain, connu pour sa culture et son exigence.

 : Le cahier des charges que vous avez accepté contient-il des contraintes particulières en matière budgétaire et artistique ?

FC : Le Maire de Toulouse a été très précis sur un certain nombre de points. Je pense que l’on ne travaille bien que sous la contrainte, je crois beaucoup à la commande, au cadre. Je ne crois pas au « toujours plus » mais à l’optimisation des moyens. Pour être plus précis, la Ville m’a demandé de développer les coproductions et, dans un premier temps, au moins, de limiter les nouvelles productions, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de nouveaux spectacles à Toulouse, sauf que certains pourront être accueillis tout simplement, comme, par exemple, la production aixoise du chef d’œuvre de Janacek, De la maison des morts, dans la mise en scène de Patrice Chéreau . Cela dit, en 2009, lorsque je prendrai les rênes de cette maison, j’y trouverai une cinquantaine de productions, soit les 2/3, en quantité,  du stock de l’Opéra de Paris, ce qui n’est pas rien, vous en conviendrez. Il y a déjà de quoi travailler d’autant que le public toulousain vient au théâtre comme un vrai professionnel, il vient, aussi, entendre des distributions.
Néanmoins et en dehors de toute contrainte, il m’a été demandé d’envisager  de conduire davantage de projets en commun avec le Grand Théâtre de Bordeaux.
Par contre je n’ai eu aucun amendement à mon projet artistique. J’ai le sentiment que la Ville adhère complètement à ma proposition.

 : Justement, à propos de votre projet artistique ?

FC : Dans une maison comme le Capitole, il existe un lien très étroit entre le métier de programmateur et celui de conservateur de musée. Ma responsabilité est d’illustrer tous les chemins de l’art lyrique. Une saison et la juxtaposition des saisons doivent être un itinéraire  au travers de quatre siècles d’opéra. Pour moi, une programmation ne peut se concevoir sans baroque comme sans incursion dans le répertoire du siècle dernier. C’est en passant par le classicisme, le romantisme, etc., que l’on fera comprendre au public toute la révolution mozartienne. Dans mon projet figure certainement un compositeur majeur français mal représenté aujourd’hui : Rameau. Ce qui ne m’empêchera pas d’envisager de faire entrer au répertoire des œuvres comme Obéron, Le Songe d’une Nuit d’Eté, Erwartung, et pourquoi pas, dans le cadre d’une coproduction et dans l’optique de Toulouse capitale européenne de la culture 2013, le chef d’œuvre de Schoenberg : Moïse et Aaron. Le répertoire du Capitole est fastueux mais il ne peut être, par définition, et heureusement, complet. Je vais tout faire, tout en procurant du plaisir aux mélomanes, pour l’enrichir. En tout état de cause, cette programmation ne sera en aucun cas le miroir de mes propres goûts artistiques, ce serait une erreur fondamentale, une voie sans issue. Je n’oublierai jamais que je dirigerai une maison de service public, destinée à un public et que ce dernier a raison. Cela ne veut pas dire qu’il faut pour autant renoncer à lui faire faire des découvertes, mais il ne faut pas le heurter et, bien au contraire, il faut savoir le convaincre et l’amener. Cela passe aussi par des rencontres simples et régulières avec le public.

: Quel est votre jardin …secret ?

FC : On m’a souvent  qualifié de dilettante. Pourquoi pas ? Je suis un homme éclectique, curieux. J’ai une véritable passion pour la période classique dont je lis et relis le théâtre régulièrement, ce qui ne m’empêche pas de lire Marguerite Duras. Je crois que la littérature est l’art dont je suis le plus proche, avec la musique. Une autre de mes passions est la littérature hispanique, classique, contemporaine, latino-américaine. J’ai d’ailleurs traduit plusieurs ouvrages d’Horacio Quiroga.

: Toulouse, capitale européenne de la Culture en 2013 ?

FC : Je suis certain que le Capitole a un rôle à jouer et je suis tout à fait ouvert aux suggestions de l’équipe qui a ce dossier en main. Je suis  persuadé que dans ce genre de réflexion, le Capitole doit jouer la carte de la coopération avec d’autres instruments de la vie culturelle toulousaine. C’est d’ailleurs l’un des axes essentiels de mon projet. Je crois beaucoup dans le croisement des publics, des expériences, des talents. J’aimerais, assez rapidement, nouer des partenariats avec le TNT, les Abattoirs, le Centre de Développement Chorégraphique.

: Votre attitude par rapport au star-system ?

FC : Il y aurait beaucoup à dire sur l’expression elle-même. Dans tous les cas je me refuse à engager un artiste sous le simple prétexte qu’il est mondialement connu et qu’il assure du remplissage. S’il n’est pas capable de remplir correctement tel ou tel rôle, il ne viendra pas. Le marketing peut faire beaucoup, mais pas tout. Je pense d’ailleurs, sur ce point, que les programmateurs ont beaucoup de responsabilité en proposant à des artistes des rôles qu’ils ne peuvent pas chanter. Mais attention, si une star remplit les conditions requises, il y a de fortes chances pour qu’elle soit engagée, c’est d’ailleurs important pour la dynamique d’une maison.
Mon rôle sera aussi de découvrir des chanteurs, de les suivre afin de ne pas les surexposer et de créer des liens de fidélité avec eux. C’est d’ailleurs ce que Nicolas Joel sait si bien faire ici et bien sûr que je vais continuer, les « secondes » distributions. Voilà pourquoi mon métier s’inscrit dans la durée.

: Et les metteurs en scènes ?

FC : Je ne suis pas metteur en scène, contrairement à Nicolas Joel qui est aussi un très grand directeur d’opéra, donc je vais devoir faire appel à des metteurs en scènes extérieurs. Je considère que, dans ce domaine, toutes les esthétiques sont défendables, autant les classiques que les expérimentales, sous réserves qu’elles soient « chantables ». Ce que je refuse aussi, surtout par rapport au public, ce sont ces mises en scène qui sont des lectures « secondes » des œuvres, celles-ci étant considérées comme connues, acquises, du public. Je m’appliquerai également à faire prendre un chemin commun au metteur en scène et au chef d’orchestre. Ce n’est pas facile mais j’y veillerai. Je ne veux pas d’affrontement entre deux egos mais des artistes au service d’une œuvre. Peut-être est-ce un rêve… On verra bien.


Propos recueillis par Robert Pénavayre le 4 octobre 2007

 

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