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Entretien avec Lawrence Brownlee - Le Turc en Italie (28/03/2008)
     

Entretien avec Lawrence Brownlee

Le ténor américain Lawrence Brownlee, natif de l’Ohio, est l’un des rares challengers de Juan Diego Florez dans le répertoire rossinien. Il vient de faire des débuts fracassants dans Arturo d’I Puritani, en concert à Washington. S’aventurant pour la première fois dans le rôle de Narciso du Turc en Italie, il en savoure avec délices toutes les subtilités. Rencontre.


Le ténor américain Lawrence Brownlee (@ Andreas Klingberg)
     

Classic Toulouse  : Votre parcours, vos rencontres, vos professeurs…

Lawrence Brownlee : Enfant, j’étais immergé dans la musique grâce à ma famille. Mon père est chef du chœur paroissial de notre église. Lui et ma mère  ont tous les deux de belles voix. Avec mes quatre sœurs et mon frère, nous chantions tous. Et lorsque j’étais plus jeune, j’avais horreur de cela. Mais père me disait que j’avais vraiment une belle voix et que je devais chanter. En fait je voulais jouer d’un instrument. Je jouais de la guitare basse, de la percussion et beaucoup de piano. Quand je suis entré au collège, le chœur recherchait un ténor. Mon professeur m’a suggéré de me proposer comme candidat. C’est comme cela que je me suis trouvé plus impliqué en musique. Cette chorale a voyagé en France, en Espagne… Lorsque je suis entré à l’université, j’ai voulu prendre des cours de musique, alors que je m’engageais dans des études de droit. J’ai quand même pris des cours de chant, mais ce n’était pas très sérieux. Mon professeur m’a tout de même dit que ma voix était de qualité et que je pouvais envisager de faire carrière. A la fin de ces études universitaires, j’ai décidé d’intégrer une école de droit, au cas où le chant ne marcherait pas. Mais j’ai eu l’opportunité de présenter des concours de chant, ce qui m’a ouvert la porte vers le chant professionnel. Après ma participation dans le chœur paroissial, j’ai eu envie d’aller plus loin. Mon professeur, Fritz Robertson, m’a affirmé que ma voix de ténor me permettait d’envisager une carrière de chanteur d’opéra et spécialement de bel canto.

Votre premier grand rôle ?

L. B. : Ce fut Tamino, avant même d’avoir assisté à un seul opéra. Je ne savais même pas ce qu’était « un tamino » ! J’avais dix-neuf ou vingt ans et j’étais à l’université Anderson, dans l’Indiana.

Votre carrière semble placée sous le signe de Rossini, mais vous venez d’aborder les Puritains. Est-ce une inflexion dans votre parcours lyrique ?

L. B. : Ma voix est faite pour Rossini, mais également pour d’autres compositeurs de bel canto. I Puritani est ma première incursion dans un répertoire plus lourd. C’est une évolution normale lorsqu’on a trente cinq ans. Ma voix est différente de ce qu’elle était il y a seulement cinq ans, et elle continue d’évoluer. Les rôles les plus légers de Donizetti et de Bellini sont ceux que je dois envisager aujourd’hui. Je vais aborder Nemorino de « L’Elixir d’Amour », un nouveau Rossini, avec Semiramide, « La Somnambule ». J’ai déjà chanté « Don Pasquale » et « La fille du régiment ». C’est encore trop tôt pour « Lucia » que j’aborderai peut-être dans quelques années. Peut-être que je ferai Fenton dans le « Falstaff » de Verdi d’ici cinq ans à Milan.


Lawrence Brownlee dans le rôle de
Lindoro de "L"Italienne à Alger"
(@ Richard Feldman)
 

Comment abordez-vous un rôle ?

L. B. : Etant donné mon physique, je dois m’approprier très intimement chacun des rôles que j’interprète. Dans l’opéra, l’important est d’être crédible dans un rôle donné, que ce soit un répertoire « seria » ou « buffa ». De toute façon, je ne suis ni grand, ni blond et je n’ai pas les yeux bleus ! (rires). Cela dit, les personnages « bouffes » sont plus difficiles à incarner, pour des raisons de tempo, que les personnages « sérieux » qui sont plus simples par leur lien à la tragédie. Je suis un grand amateur de films historiques, ce qui m’aide dans ce dernier cas. J’observe beaucoup mes collègues et je discute souvent avec les metteurs en scène. J’étudie énormément mes personnages car je ne veux en aucun cas les surjouer.

Quels sont les rôles rossiniens les plus difficiles ?

L. B. : Vraisemblablement le Comte Ory. L’écriture en est très délicate et l’air d’entrée est infernal dans une tessiture très élevée. Il y a aussi le Voyage à Reims et Tancrede. Le bel canto laisse une certaine liberté à l’interprète sous réserve que celui-ci demeure dans le style. La plupart de ces compositeurs écrivaient spécifiquement pour les chanteurs qu’ils connaissaient. Aujourd’hui, chaque interprète doit adapter ce « vêtement » à sa propre taille.

Revenons au Turc en Italie.

L. B. : Je ne sais pas pourquoi cet opéra est moins souvent représenté que les trois plus célèbres : Le Barbier, Cenerentola et l’Italienne, car il ne manque pas d’intérêt. Le rôle de Fiorilla par exemple est très difficile à interpréter. Pour ma part, dans cette production, je ne chante malheureusement pas l’air ajouté lors de la création romaine. Or il est important car il présente le personnage, ce qui permet au public de mieux comprendre l’action. Mais je le chanterai dans deux mois à Berlin, pour une nouvelle production.

Peut-on comparer votre personnage de Narciso du « Turc en Italie » avec Don Ottavio de « Don Giovanni» ?

L. B. : Les deux personnages sont considérés comme des « faibles ». Il n’y a aucune bravoure dans leur tempérament. Avec maestro Benini, nous essayons de renforcer le caractère de Narciso, tout en évitant de tomber dans le « syndrome du petit chien » qui aboie sans cesse.


Lawrence Brownlee
(@ Dale Pickett)

 
Il faut éviter d’en faire un personnage qui se plaint constamment, mais éviter aussi d’exagérer en sens inverse. Effectivement, Narciso et Don Ottavio sont des personnages quasi similaires. A la différence près que Don Ottavio est proche du réel alors que Narciso tend vers la caricature. C’est ici que je chante ce rôle pour la première fois et je l’étudie tous les jours. Son air du deuxième acte est très intéressant et je le travaille beaucoup avec Maestro Benini pour lui donner encore plus de relief. Maestro Benini est un spécialiste de ce répertoire dont il comprend parfaitement le style. J’ai eu déjà la chance de travailler avec lui à New-York. Ayant un tempérament ouvert, je peux bénéficier au maximum de son expérience, ce qui me permet de rendre crédible les personnages que j’interprète.

Quels sont vos modèles ?

L. B. : Ils sont nombreux. Dans le passé il y a eu Cesare Valetti, Luigi Alva que je considère comme un mentor. Aujourd’hui, Rockwell Blake, Juan-Diego Florez, qui est d’ailleurs un ami, Bruce Ford également… Je suis un grand fan de Luciano Pavarotti, Alfredo Kraus, Jussi Björling, Enrico Caruso. Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir You-Tube qui nous permet de voir et d’entendre Giacomo Lauri-Volpi, mais aussi les jeunes Franco Corelli, José Carreras, Placido Domingo. Ceci nous permet de constater qu’il existe une lignée de ténors et que nous sommes tous les héritiers de quelqu’un. Malgré cela, j’essaie de ne copier personne. On me dit de chanter avec ma propre voix et de trouver ma propre voie. Très souvent on me compare à Florez. Pourtant nous sommes très différents et de toute façon je n’essaie pas d’entrer en compétition avec lui.

Vos projets immédiats à la scène et au disque ?

L. B. : Le mois prochain je chante I Puritani à Seattle pour la première fois en scène. Dans deux ans, peut-être « L’Italienne à Alger » à Paris, et bientôt, au Staatsoper de Berlin, le Barbier de Séville et le Turc. Je dois enregistrer un CD de mélodies de Rossini avec le pianiste Malcolm Martineau ainsi qu’une nouvelle intégrale de l’Italienne à Alger sous la direction d’Alberto Zedda. Je donnerai aussi un récital Rossini à Pesaro. Après cela, je me marie !

Propos recueillis le 22 mars 2008 par Robert Pénavayre,
traduction Serge Chauzy

 

infos
 

Lawrence Brownlee chante
le rôle de Narciso dans
"Il Turco in Italia"
de Gioacchino Rossini
au Théâtre du Capitole,
du 28 mars au 6 avril

 

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