Pour preuve ce témoignage qui arrive sur nos platines où nous la retrouvons avec toute sa fougue et un engagement vocal hors du commun, quitte à sacrifier quelques détails dans l’ornementation. Mais qui songerait à le lui reprocher tant le rôle est épouvantablement exigeant ! L’autre partie de ce couple infernal se vautrant dans le crime et la luxure, c’est Macbeth, personnage fascinant d’ambigüité, naviguant à l’aveugle entre force et faiblesse, soumission et folie meurtrière. Le baryton Zeljko Lucic lui confie toute la beauté d’un chant somptueusement maîtrisé. Ne chantant, quasiment, que du Verdi, il est en passe d’occuper la place tant enviée de l’immense Leonard Warren sur cette même scène new yorkaise.
Tous les seconds emplois sont admirablement tenus, qu’il s‘agisse du noble Banquo de la basse John Relyea, du Macduff au timbre éclatant du ténor Dimitri Pittas ou encore du rôle vraiment épisodique de Malcolm, ici Russell Thomas.
Les phalanges du MET, sous la direction intensément dramatique de James Levine, font littéralement flamboyer cette partition formidablement romantique, ruisselante de sang et de peur.
Une mise en scène d’une grande force
Adrian Noble fut pendant plus de 10 ans le directeur de la Royal Shakespeare Company. Autant dire qu’il connaît le dramaturge anglais sur le bout des doigts. Son Macbeth du MET le prouve largement. Précipitant l’action au milieu du siècle dernier, il lui donne ainsi toute son éternelle actualité. Lutte pour le pouvoir, peuple exilé, meurtre politique, folie des hommes, tout cela n’est qu’un éternel recommencement. S’attachant aux scènes d’ensemble (les sorcières sont particulièrement réussies et « so british ») comme aux scènes intimistes, il provoque en permanence des chocs visuels d’un grand pouvoir émotionnel.
Une incontestable réussite qui démontre en même temps toute la révolution culturelle qui s’est emparée de cette prestigieuse scène lyrique.
Robert Pénavayre
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