Le poème que publia lord Byron en 1814 fut non seulement un énorme succès populaire mais aussi une source d’inspiration sans fin pour un grand nombre de chorégraphes, dont Joseph Mazilier, qui en réalisa en 1856 pour l’Opéra de Paris une version. A vrai dire, elle sera la seule retenue par l’histoire. Sur une musique d’Adolphe Adam, ce ballet nous contait les torrides aventures du beau corsaire Conrad à la poursuite de sa bien-aimée Médora retenue par le turc Saïd Pacha, un ballet se terminant par une spectaculaire scène de naufrage. Finalement abandonnée en France, cette version du Corsaire va, par contre, fortement inspirer Marius Petipa qui en réalisera pas moins de quatre versions pour Saint-Pétersbourg entre 1863 et 1899.
C’est donc celle de 1899, reconstituée par Alexeï Ratmanski , directeur actuel du Ballet Bolchoï de Moscou, qui était présentée au Palais Garnier en ce mois de janvier 2008, dans les très beaux décors de Boris Kaminski et les costumes somptueux d’Elena Zaitseva (d’après les maquettes originales), une reconstitution, créée en 2007, qui est plutôt une relecture des archives de Marius Petipa, relecture scrupuleuse certes, mais qui laissa des espaces de liberté et donc d’expression à Alexeï Ratmanski.
Je parlais en préambule d’intégrale car, en effet, ce Corsaire en trois actes et un épilogue totalise 2 h 40’ de spectacle ! Soit un effort colossal pour les interprètes, d’autant que les rôles significatifs ne sont pas nombreux. Cela dit, et même si, du point de vue connaissance encyclopédique du ballet, il était intéressant de voir ce spectacle, reconnaissons tout de même que le second acte est un rien longuet et finalement apporte peu.
Bravant les ombres d’Anna Pavlova et Tamara Karsavina, deux interprètes de légende de Médora, Svetlana Zakharova (étoile), artiste émérite de la Fédération de Russie, impose ici une danse académique d’une incroyable pureté de ligne, d’une virtuosité sans faille et d’une maîtrise permanente, un art suprême dans lequel manque peut-être un rien d’émotion.
Etoile invitée du Bolchoï, Denis Matvienko est un Conrad hallucinant de présence et de vibration. Se lançant dans ce personnage avec une fougue volcanique, il en oublierait presque les dimensions de la scène de Garnier, son premier adage, superbe techniquement, manqua de peu se terminer…en coulisses ! Mais bon, ce fameux Corsaire est bien là, il vit, il souffre, il aime et il danse souverainement.
Les autres rôles sont vraiment secondaires, soulignons cependant Nina Kaptsova et Ivan Vassiliev pour leur parfait « Pas de deux des esclaves » au premier acte. Soulignons aussi la qualité d’ensemble retrouvée de cette troupe dont la dernière apparition en ce lieu, il y a tout juste quatre ans, avait laissé dubitatif.
Dans la fosse, l’Orchestre Colonne, sous l’experte direction de Pavel Klinichev, interprète une partition largement amandée dans le temps, comprenant de multiples ajouts externes, mais finalement très en phase avec cette belle aventure orientalisante.
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