Alors qu'il espère obtenir le poste de maître de chapelle de la basilique palatine de Santa Barbara de Mantoue, Claudio Monteverdi conçoit, en 1610, cette partition monumentale destinée à convaincre le duc de Gonzague (qu'il sert depuis vingt ans) de ses capacités de compositeur de musique sacré, lui qui doit alors sa célébrité essentiellement à ses œuvres profanes. Le poste lui est refusé, malgré sa dédicace au pape Paul V et il lui faut attendre trois ans avant d'obtenir le poste envié de maître de chapelle de la basilique Saint-Marc de Venise. Ses « Vêpres » qui apparaissent alors comme le chef d'œuvre du compagnon devenu maître y sont alors jouées de nouveau dans une version révisée.
Cette partition illustre probablement la première intrusion du théâtre dans la musique sacrée. A preuve, l'ouverture éblouissante qui introduit ces Vêpres reprend note pour note la Toccata initiale de l'Orfeo, écrit en 1607 par le même Monteverdi, et considéré comme l'un des tout premiers opéras de l'histoire.
Les Vêpres de la Vierge seront exécutées à Toulouse par l'ensemble de cuivres anciens « Les Sacqueboutiers » auquel se joignent cordes et flûtes, ainsi que l'ensemble vocal Ludus Modalis, dirigé par Bruno Boterf. Jean-Pierre Canihac, directeur artistique des Sacqueboutiers, sera le maître d'œuvre de cette interprétation qui se veut la plus respectueuse possible des indications d'instrumentation et de diapason laissées par Monteverdi. Une belle manière de conclure le festival Toulouse les Orgues.
Robert Pénavayre