Le marathon britannique des Sacqueboutiers
Le 17 juin dernier dans l’auditorium de Saint-Pierre des Cuisines, un concert particulièrement stimulant était donné, par l’ensemble Les Sacqueboutiers, pour ce Marathon des Mots qui vient d’envahir joyeusement la ville rose.
Quatre chanteurs invités et le comédien Pierre Margot s’étaient associés aux musiciens du célèbre ensemble toulousain de cuivres anciens, révélant ainsi tout un riche répertoire injustement oublié de la musique britannique du XVIIe siècle.
« Oyez ! Si quiconque, homme ou femme, peut donner des nouvelles d’une fillette âgée d’environ six ans ou de quarante-sept ans : cette enfant a été perdue entre l’étendard et le pissoir ; si quelqu’un a des nouvelles d’elle, qu’il aille voir le crieur, et il recevra quatre sous pour son service, et c’est plus qu’elle n’en vaut !… »
Voici un exemple de la prose des rues mise en musique par les compositeurs "savants" de la capitale britannique sous l’appellation imagée de « The Cries of London ». Ces pièces pleines de vie, d’humour et de truculence ont paradoxalement inspiré à des compositeurs aussi célèbres qu’Orlando Gibbons Richard Dering ou Thomas Weelkes, un accompagnement instrumental d’un extrême raffinement.
Les Sacqueboutiers mettent au service de cette production originale la science, l’agilité et la musicalité qu’ils ont acquises au plus haut point. La précision de leur jeu et la richesse de l’ornementation qu’ils inventent font un étonnant contrepoint à la simplicité presque frustre du chant accompagné.
Les chanteurs, aux qualités vocales et théâtrales particulièrement bienvenues dans ce répertoire, animent cette succession de « cris des rues » avec un talent irrésistible. Aux côtés de la soprano argentine Adriana Fernandez, à la voix d’une lumineuse clarté, trois chanteurs britanniques pur jus retrouvent les accents savoureux de l’époque. Les ténors Ian Honeyman et Julian Podger ainsi que la basse Allan Mottran s’en donnent à cœur joie, guidés qu’ils sont par la prosodie de textes habilement dramatisés par le récitant Pierre Margot qui assure également une belle mise en espace de ce divertissement.
Partitions instrumentales d’Anthony Holborne et vocales de compositeurs anonymes ou célèbres s’intercalent entre les parties chantées. Un certain cri de l’oie, poussé avec conviction par l’un des Sacqueboutiers, vient en outre orner le discours du récitant… Le plaisir sans partage est au rendez-vous. Un plaisir qu'il est possible de retrouver dans l'album CD des Sacqueboutiers qui reprend ce programme original.
Robert Pénavayre