CRITIQUE
L’or et le feu
Le 19 octobre dernier, l’ensemble toulousain de cuivres anciens « Les Sacqueboutiers » conviaient les amateurs à assister en direct « live » au programme musical de leur dernier album CD, intitulé « El Fuego ». Ce programme d’une éblouissante richesse est bâti autour de ces pièces hautes en couleurs très populaires tout au long du siècle d’Or espagnol et baptisées « ensaladas » (salades !). Le compositeur fétiche de cette forme musicale, Mateo Flecha « l’Ancien », vécut en Catalogne au tournant des quinzième et seizième siècles. Il inventa en quelque sorte ce mélange habile de musique populaire et savante, écrite sur des textes aussi bien profanes que sacrés.
Quatre ensaladas, parmi les plus épicées de Flecha, composent le programme du concert. De la vigoureuse « La Justa » (la joute) à ce combat étonnant contre le mal, baptisé « El Fuego » (le feu), en passant par « La Negrina », pleine d’un humour réjouissant, et la très percutante « La Guerra », tout un monde coloré, imagé et imaginatif s’exprime à travers des musiques d’une incroyable richesse rythmique, mélodique et harmonique. Entre ces pièces particulièrement élaborées, « Les Sacqueboutiers » offrent un florilège de Villancicos (mélodies chantées) et de Tientos (pièces instrumentales composées pour les « ministriles », ces musiciens dont la fonction consistait à remplacer l’orgue dans les églises qui en étaient dépourvues).
Quatre excellents chanteurs, tous d’origine hispanique, ont rejoint les musiciens toulousains pour ce programme ibérique : la soprano argentine Adriana Fernandez, voix cristalline et fruitée, l’alto basque espagnol au timbre de velours, David Sagastume, le vigoureux ténor catalan Lluis Vilamajo, et la basse vénézuélienne Ivan Garcia, particulièrement impliqué dans « La Negrina ». Le mélange voix-instruments fonctionne à merveille. On connait bien maintenant les qualités musicales et virtuoses des instrumentistes : le cornetto volubile au phrasé brillant et raffiné de Jean-Pierre Canihac, la sacqueboute habile et sûre de Daniel Lassalle, la chalemie riche et timbrée de Philippe Canguilhem et le basson subtil de Laurent Le Chenadec. Yasuko Uyama-Bouvard, à l’orgue, soutient toujours avec science le quatuor des vents auquel s’associe la guitare baroque du virtuose argentin Eduardo Ergüez. La première déclame un beau solo d’orgue d’Antonio de Cabezon, alors que le guitariste, secondé de la percussion imaginative de Florent Tisseyre, détaille une émouvante Fantaisie pour vihuela de Miguel de Fuenllana.
Comme le remarquait Jean-Pierre Canihac en ouverture du concert, cette confrontation musicale, notamment franco-argentine, en valait largement une autre, sportive et moins glorieuse, programmée au même moment sur un terrain de rugby…
Oui vraiment, un concert d’or et de feu !
Robert Pénavayre
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