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Concerts / Concert à l'Orangerie de Rochemontès - Marie-Laure Milone, violoncelle, Denis Pascal, piano - 28/10/2012
     

CRITIQUE

Les musiques d’exil

L’après-midi musical de l’Orangerie de Rochemontès recevait, ce 28 octobre, la violoncelliste Marie-Paule Milone et le pianiste Denis Pascal dans un programme d’une profonde beauté. Le thème en est poétiquement évoqué par un titre parlant : « Musique russe, chant d’exil ».

Ces deux artistes, qui forment un véritable duo dans la vie comme à la scène, réalisent une remarquable fusion de leurs talents. La riche et opulente sonorité de la violoncelliste trouve un écho subtil et nuancé dans le jeu transparent du pianiste. Leur association évoque un échange permanent, une discussion toujours vivante et fructueuse. Chacune des deux parties de cette belle soirée d’automne s’ouvre sur une courte pièce évocatrice, suivie d’une sonate particulièrement développée. De Tchaïkovski à Prokofiev, en passant par Glazounov et Rachmaninoff, ce programme balaie l’essentiel de la musique russe au tournant des XIXe et XXe siècles.


Marie-Paule Milone (violoncelle) et Denis Pascal (piano) à l'Orangerie de Rochemontès
© J-J. Ader

Comme l’indique sobrement Denis Pascal en introduction, chacun de ces compositeurs a connu une forme d’exil. Alexandre Glazounov, qui introduit ce concert, a dû quitter la Russie soviétique en 1928 « pour raison de santé » ( !) et s’est finalement installé à Paris où il est décédé. Sa Chanson du Ménestrel, douce et mélancolique, évoque la profonde nostalgie d’un passé mythique et heureux.
Quant à Tchaïkovski, son exil intérieur n’est autre que le secret douloureux d’une homosexualité cachée qui ruinera sa vie affective et le mènera probablement à la mort. Dans son Nocturne op. 19 n° 4, joué en début de seconde partie, Marie-Paule Milone entonne un chant apaisé que soutient le piano consolateur de Denis Pascal.
C’est la sonate op. 119 de Prokofiev qui occupe l’essentiel de la première partie. Cette ultime composition de l’enfant terrible de la musique russe doit beaucoup à son créateur, le jeune Mstislav Rostropovitch auquel était associé rien moins que le grand Svjatoslav Richter. La désillusion de Prokofiev après son retour en Union Soviétique semble s’y exprimer dans l’amertume et le sarcasme. De facture classique, cette pièce étrange et belle alterne le drame et l’ironie. La noirceur désespérée s’oppose ainsi à l’apparente insouciance. Les deux interprètes s’opposent, se rejoignent, échangent leur propos avec une vivacité qui n’élude aucune âpreté du propos. Jusqu’à cet ut grave final, sinistre, sur la corde à vide du violoncelle.


Denis Pascal (piano), Marie-Paule Milone (violoncelle) © J-J. Ader

L’autre grande partition de la soirée émane du plus exilé des compositeurs russes du XXe siècle, Sergeï Rachmaninoff. Datant d’avant son départ de Russie (1901), sa sonate pour violoncelle et piano op. 19 possède toutes les caractéristiques qui feront la gloire du compositeur. La profonde nostalgie des thèmes, dont certains semblent repris de ses fameux concertos pour piano, la flamboyance des développements presque orchestraux, s’accompagnent d’un lyrisme constant qu’une houle profonde charrie d’un rivage à l’autre. Habilement les interprètes se relaient au premier plan. Prépondérant au cours du premier mouvement, le violoncelle s’efface plus loin, donnant ainsi au piano le rôle principal, comme dans un concerto avec orchestre. L’inquiétude se glisse habilement dans la chevauchée de l’Allegro scherzando alors que l’Andante ménage de larges respirations. La vivacité du final conduit irrésistiblement à une coda de feu et de flamme. Tout au long de l’œuvre, la virtuosité instrumentale, ô combien nécessaire, des deux musiciens, sait se placer au service de l’expression.
Le public, nombreux et enthousiaste, réclame et obtient deux bis, en forme de mélodie chantée, signés Tchaïkovski et Rachmaninoff. Le violoncelle de Marie-Paule Milone fait planer sa voix au-dessus des accords généreux du piano de Denis Pascal.

Serge Chauzy

 

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Renseignements, détail complet de la saison et réservations :

Concert : 20 €, gratuit pour enfant de –10 ans – à partir de 2013 : 23 €

Un cocktail est offert par les partenaires à l’issue du concert.

Maison Midi-Pyrénées,
1 rue de Rémusat -Toulouse – tél. : 05 34 44 18 18
Orangerie de Rochemontès–Seilh (Blagnac)
– tél. : 05 61 59 47 47-

Réservations et plan en ligne

http://rochemontes.com/

Direction artistique: 
Catherine Kauffmann-Saint-Martin :
- tél. : 05 62 72 23 35

Courriel :

cksm@orange.fr

 
Programme du concert du 28 octobre 2012 à 16 h 30 à l'Orangerie de Rochemontès (Seilh) :

* A. Glazounov
- Chant du Ménestrel

* P. I. Tchaïkovski

- Nocturne op. 19 n° 4

* S. Prokofiev

- Sonate op. 119

* S. Rachmaninoff
- Sonate op. 19
 

 

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