CRITIQUE
Concertos en folie
Le premier concert de la saison de l’ensemble baroque « Les Passions » à la chapelle Sainte-Anne explorait la production concertante du célèbre Antonio Vivaldi. Pas moins de six concertos pour divers instruments solistes et basse continue ont fait de cette soirée du 14 novembre dernier un véritable festival à la gloire de cette forme musicale que le prêtre roux de Venise a porté à son paroxysme.
Les musicologues estiment à quatre cent soixante dix-huit le nombre de concertos composés par Vivaldi. Certaines mauvaises langues (et de mauvaise foi) ont prétendu qu’il n’avait en fait composé que quatre cent soixante dix-huit fois le même concerto ! Il a suffi d’écouter la succession des six partitions offertes par Jean-Marc Andrieu et son ensemble instrumental pour démentir la boutade.
En sol mineur, puis en sol majeur, flûte à bec, violon, hautbois et basson discutent avec esprit, parfois lyrisme et souvent un humour que les interprètes soulignent sans affectation. Le largo du concerto en sol mineur se concentre sur un dialogue étonnant et touchant entre la flûte et le basson, les extrêmes d’un ambitus extravagant.
Dans « La Tempesta di mare », la flûte mène une farandole éblouissante dans un tourbillon instrumental vertigineux, alors qu’ailleurs, flûte et hautbois s’appellent, se répondent, rivalisent de panache.
Le concerto « La Notte » emporte pourtant la palme de l’imagination, de la poésie et des contrastes expressifs. De l’évocation des fantômes jusqu’au lever du soleil, le basson solo fait des miracles. Un grand bravo à Laurent Le Chenadec, qui donne corps à ces miracles avec une virtuosité, un esprit et une musicalité digne d’éloges.
De sa flûte à bec, Jean-Marc Andrieu entraîne ses musiciens avec précision et conviction. Gabriel Grosbard, violon et Clémentine Humeau, hautbois, complètent le brillant quatuor de solistes que la basse continue de Yasuko Bouvard, clavecin, et Etienne Mangot violoncelle, soutient avec richesse, alors que Nirina Bougès, violon et Jean-François Gouffault, alto, rejoignent le tutti.
Un brin de folie concertante.
Serge Chauzy