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CRITIQUE
Miniatures baroques
La découverte musicale était au programme du troisième concert des Passions, le 10 mars dernier, à la chapelle Sainte-Anne. Une découverte que l’on doit à l’infatigable talent de fouineur de Jean-Marc Andrieu, directeur musical de l’ensemble.
Il s’agissait, cette fois, de petites cantates « de chambre » de compositeurs régionaux. Autant de partitions dénichées dans les archives de la bibliothèque municipale de la Ville rose. Nécessitant une seule voix soliste et un petit ensemble instrumental, ces courtes pièces, destinées à être exécutées dans les salons des nobles ou riches bourgeois de la cité, se présentent comme de mini-opéras. Datées du début du XVIIIème siècle, elles abordent ici le thème favori de l’époque, les amours heureuses ou malheureuses, et obéissent à la forme traditionnelle de la musique lyrique, alternant les récitatifs et les arias, absolument comme à l’opéra.
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De gauche à droite : Jean-Marc Andrieu, flûte, Flavio Losco, violon,
Cécile Moureau, soprano, Yves Rechsteiner, clavecin, Etienne Mangot, viole de gambe
(© Alain Huc de Vaubert)
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Les trois cantates présentées avaient pour interprète principale la jeune soprano Cécile Moureau, issue du prestigieux Centre de Musique Baroque de Versailles et récemment pensionnaire de l’Académie Baroque Européenne d’Ambronay. Une voix fraîche comme l’eau, assurée et bien projetée, un style irréprochable, une diction « à l’ancienne » parfaitement assimilées, Cécile Moureau possède tous les atouts que réclame cette musique de grâce et de finesse.
L’ensemble instrumental rassemble autour de la flûte (ou plutôt DES flûtes) à bec de Jean-Marc Andrieu, le violon de Flavio Losco, la viole de gambe d’Etienne Mangot et le clavecin d’Yves Rechsteiner. « L’Amour pastoral », d’un célèbre anonyme, s’insère bien dans les tendances de l’époque de retour à la nature, alors que la « cantatille » (dixit son auteur) « Le Mot difficile » d’un certain Fel met joliment en scène un difficile aveu d’amour plein de charme. On apprend en passant que ce compositeur, natif de Bordeaux, fut le frère d’une célèbre cantatrice de l’opéra de Paris, Marie Fel. Enfin la très belle cantate « Les Amants Heureux et Malheureux », dont le titre est repris comme thème de ce concert, est admirablement déclamée par Cécile Moureau qui manifeste ici de sérieux talents dramatiques au service de Monsieur Buttier, son compositeur encore à découvrir.
Il faut également saluer le grand talent des musiciens qui proposent, entre ces pièces vocales, de belles partitions instrumentales. La sonate en trio n° 4 de Bodin de Boismortier, bien connu quant à lui des amateurs de musique ancienne, déploie ses danses élégantes et animées, alors que Jean-Marc Andrieu et Flavio Losco font assaut de virtuosité dans un duo pour deux dessus de Desmarais. Enfin, l’excellent Etienne Mangot exalte l’invention et la beauté de quatre pièces pour viole de Marin Marais. Formidable élan virtuose de l’interprète dont la musicalité des phrasés, l’intelligence du discours, le raffinement sonore font merveille. En outre, le continuo qu’il forme avec Yves Rechsteiner soutient admirablement tout le programme du concert de la finesse de ses ornementations.
Serge Chauzy
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