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Concerts/
Odyssud /
Rencontres des Musiques Anciennes en Midi-Pyrénées
Les Sacqueboutiers - "L'amour et le glaive" - 18 avril 2011 |
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CRITIQUE
Le grand voyage
Les Sacqueboutiers et leurs invités pratiquent avec finesse et imagination une sorte de téléportation dans le temps. Après avoir animé un dialogue fructueux entre la musique de la Renaissance et le jazz, les voici qui nous entraînent « au temps de l’Occitanie courtoise et dissidente ». Ce retour vers un passé lointain mais toujours si vivant fournit à ces musiciens inventifs le prétexte d’une nouvelle exploration du monde des troubadours. Un monde d’une incroyable richesse poétique et musicale qui voit s’exprimer de manière concomitante « L’amour et le glaive ».
Le concert du 18 avril dernier était organisé dans le cadre de ces belles Rencontres des Musiques Anciennes en Midi Pyrénées d’Odyssud, nées de la volonté de son directeur, Emmanuel Gaillard, de réunir ainsi les acteurs culturels de la région dans ce très florissant domaine musical. Cette nouvelle création des Sacqueboutiers explore donc cette période agitée qui suit la sinistre Croisade contre les Albigeois. Tout au long de la soirée, les chansons de troubadours, reflets vivants des événements violents mais aussi amoureux de l’époque sont ici confrontées aux créations de la très active Ecole de Notre-Dame, aux estampies des 13ème et 14ème siècles, au fameux Manuscrit d’Apt et au Livre Vermeil de Montserrat, tous deux du 14ème siècle. |

L'ensemble Les Sacqueboutiers et leurs invités, musiciens et chanteurs
Photo Classictoulouse |
Neuf musiciens nourrissent la richesse d’une trame instrumentale étonnante de liberté et de raffinement. Jean-Pierre Canihac, cornet à bouquin et trompette, Daniel Lassalle, sacqueboute et trompette, Jodël Grasset, luth et oud, Philippe Canguilhem, chalemie et bombarde, Laurent Le Chenadec, doulciane et bombarde, Pierre Hamon, flûtes et cornemuse, Jean-Christophe Maillard, flûtes et cornemuse, Pau Marcos, vièle à archet et Florent Tisseyre, percussions, construisent un itinéraire ponctué par les chants de troubadours qu’assument vaillamment Equidad Barès et Renat Jurié. Ces deux chanteurs du répertoire traditionnel donnent à ce parcours la saveur populaire et vraie qui lui est attachée. Leur voix naturelle, simple, directe, émane du cœur et des tripes. |

Les deux chanteurs Renat Jurié et Equidad Barès, accompagnés par le percussioniste Florent Tisseyre - Photo Classictoulouse |
Quelques grands moments émergent de cette soirée : l’incroyable suite instrumentale sur le cantus firmus « Domino », de l’Ecole de Notre-Dame, avec ses hoquets, ses syncopes expressives, le Credo instrumental « Bombarde », extrait du Manuscrit d’Apt, étonnant et détonnant duo de chalemies, la longue litanie « Conòrts ara sai ieu ben », du prestigieux Bernard de Ventadorn, qui associe les deux voix, chantées autant que déclamées, chargées d’émotion affective, le Gloria « Ad motum tubae », signé Guillaume Dufay qui, le premier, mentionne et préconise l’utilisation des trompettes naturelles…
Et puis comment ne pas admirer le talent du flûtiste Pierre Hamon, invité des Sacqueboutiers, qui pratique avec un naturel déconcertant une incroyable diversité de flûtes, dont la fameuse flûte double, et qui émet sur une simple flûte à bec deux sons simultanés, toujours avec une impeccable musicalité ?
Enfin, il faut saluer l’apport irremplaçable des sur-titrages traduits en français des chants occitans, illustrés de projections iconographiques qui accompagnent habilement l’utilisation des divers instruments sollicités. Une initiative à suivre.
Le public enthousiaste est finalement incité à entonner, avec les musiciens et les deux chanteurs, le refrain en forme d’onomatopée « E-i-a » de l’entraînante chanson « A l’entrada del temps clar ».
Robert Pénavayre
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