CRITIQUE
Odyssée rabelaisienne à Odyssud
A Blagnac, tout près de Toulouse, dans le cadre des "Rencontres des musiques anciennes en Midi-Pyrénées", en ce premier jour de printemps pluvieux, le soleil rayonne dans tout le complexe d’Odyssud ! "Les Sacqueboutiers", cuivres anciens de Toulouse et l'ensemble "Clément Janequin" fêtent Rabelais et le printemps de la Renaissance française. |
Dans le forum, bal Renaissance, sous la haute autorité d'Alain Benyahia, pour une initiation au branle, à la pavane. Au restaurant, repas rabelaisien ! Dans la grande salle, concert des "Sacqueboutiers" et des "Janequin". Un concert conçu comme un dialogue de textes et de musiques instrumentales et vocales qui s'appellent, se répondent et s'enrichissent, dans un parcours souple et poétique. Le fil conducteur de ce jeu de miroirs est en grande partie un montage de textes tirés du Gargantua de Rabelais : sa naissance, son éducation, ses inventions, la chasse, la guerre, la danse, la découverte de la sagesse dans l'Abbaye de Thélème, avec la maxime "Fay ce que vouldras".
De plus, le texte de Rabelais, habilement découpé, s'enrichit de poèmes et chansons de Louise Labé, de Joachim Du Bellay, de Clément Marot. Le comédien Pierre Margot, en costume coloré, est un remarquable meneur de jeu, tantôt grivois tantôt ironique, tantôt emphatique et poétique, toujours en intelligence avec le texte. Quant aux musiciens, instrumentistes et chanteurs, on connaît leurs compétences, leur virtuosité, leur imagination colorée. Tout au long du concert, les moines (les chanteurs) et les hommes en noir (les instrumentistes) rivalisent de joie, d'énergie, d'invention. Autour des piliers incontournables que sont "La Chasse" et "La Guerre", de Clément Janequin, parmi les franches paillardises de Claude Lejeune, Claudin de Sermisy, ou Guillaume Costeley, les chanteurs et les instrumentistes offrent la poésie sensible et fine de Roland de Lassus ou d’Antoine de Bertrand : émotion de "La nuict froide et sombre" du premier, de "Je vis, je meurs" du second. Les musiciens accompagnent les chants de leurs broderies raffinées et expressives. Ils illustrent brillamment l’épisode consacré à la danse de pièces instrumentales admirablement ornées, phrasées avec une science et une musicalité extrêmes.
A la fin la salle entière vote pour le "Fay ce que vouldras", sans faire n'importe quoi !
Robert Pénavayre
|