CRITIQUE
Jeunes ferveurs
Le 26 avril dernier, Gilles Colliard et ses musiciens de l’Orchestre de Chambre de Toulouse invitaient trois jeunes cantatrices, lauréates de divers prix de chant, à illustrer leur programme de musique sacrée.
Le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi, chef d’œuvre, au sens artisanal du terme, du compositeur disparu prématurément en 1736 (l’année même de sa composition), combine avec art deux voix féminines qui alternent duos sensuels et solos émouvants. La souffrance la plus profonde y côtoie la révolte et l’extase mystique. Le duo initial, à lui seul, semble porter toute la douleur du monde. Les splendides cordes de l’Orchestre de Chambre, sonorités angéliques et vibrato « a minima », soutiennent avec tendresse les deux voix solistes. La jeune soprano brésilienne Raquel Calais, timbre frais, presque enfantin, et la mezzo-soprano toulousaine Marie Cubayne aux belles couleurs sombres et néanmoins bien projetées, marient et alternent leurs interventions avec justesse et sensibilité.
De l’autre Stabat Mater au programme de la soirée, celui de Luigi Boccherini, Gilles Colliard a choisi de jouer la première version, celle qui associe une seule voix de soprano à un quintette à cordes. L’optique délibérée de musique de chambre que les interprètes assument avec conviction, confère à l’expression générale de l’œuvre une intimité émouvante. La jeune soprano Jeanne Wenzel y déploie une voix sonore, d’une verdeur touchante. Elle détaille avec sensibilité le très émouvant récitatif « Quis est homo », alors que l’ensemble instrumental confère au « Eja mater » un délicieux parfum de pastorale.
Ferveur et jeunesse font ici bon ménage.
Serge Chauzy