CRITIQUE
Les couleurs de la gamme
C’est à un concert-spectacle, intitulé « Le labyrinthe harmonique », que Gilles Colliard et l’Orchestre de Chambre de Toulouse conviaient ses habitués, le 5 février dernier, à l’auditorium de Saint-Pierre des Cuisines.
Danse et musique font depuis longtemps bon ménage, même lorsque les musiques en question n’ont pas été spécifiquement composées dans un but chorégraphique. Il s’agissait ici d’illustrer visuellement un parcours musical basé sur la gamme de do. Le programme musical du concert consistait donc à escalader les sept degrés, du do au si, de cette fameuse gamme pythagoricienne sur laquelle s’édifie toute la musique occidentale, grâce à un ensemble d’œuvres musicales basées sur ces tonalités successives.
L’illustration visuelle visait à caractériser chaque degré par une chorégraphie de Michel Hallet Eghayan dansée par Marina Morel. La danseuse, avec une grâce simple, naturelle et épanouie, établit en outre une correspondance avec les couleurs de l’arc-en-ciel qu’elle dévoile, sous la forme de panneaux de tissus, au cours de ce voyage à travers la gamme.
Voici une originale paraphrase du poème « Voyelle » d’Arthur Rimbaud « A noir, E blanc, I rouge… » qui trouve dans la musique une correspondance évidente, si l’on se souvient que les notes, dans les pays anglo-saxons, ont pour nom les lettres de l’alphabet.
Du DO orangé de Corelli (1er mouvement du concerto grosso n° 3) au SI violet de la rêverie du Nocturne de Dvorak (en si évidemment) les couleurs se déploient en accord avec le caractère des pièces exécutées par les musiciens de l’Orchestre de Chambre, sous les lumières mouvantes du splendide auditorium. La virtuosité effervescente du concerto en fa, pour 3 violons, de Vivaldi se teinte ici du rouge le plus intense, alors que plane la verte méditation du concerto en mi de Dall’Abaco. Une découverte passionnante.
Haydn et son concerto en do conclut le concert sur l’énoncé final de toute la gamme de do, comme pour une synthèse cyclique. « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage… »
Serge Chauzy