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Concerts/ Orchestre de Chambre de Toulouse - Gilles Colliard, direction
Sebastien Llinares, guitare - 24 novembre 2015
     

CRITIQUE

La guitare dans tous ses états

Pour cette série de concerts d’abonnement, l’invité de Gilles Colliard et de ses musiciens de l’OCT n’est autre que le jeune et talentueux guitariste Sébastien Llinares. Virtuose des cordes pincées, le soliste de ce programme original aborde un répertoire tous azimuts. De la guitare baroque à la guitare moderne il explore les associations les plus diverses, du solo au concerto, en passant par la musique de chambre.

Les événements dramatiques récents marquent et marqueront encore pour longtemps les esprits. En hommage aux victimes du 13 novembre dernier, Gilles Colliard et ses musiciens au complet ouvrent cette soirée du 24 novembre sur un « In memoriam » bouleversant : le Largo de la Symphonie de chambre de Dimitri Chostakovitch. Cette pièce émouvante et sombre est la version orchestrée en 1967 par Rudolf Barchai du Quatuor n° 8 du compositeur russe : une profonde méditation sur des événements tragiques, puisque Chostakovitch l’avait dédiée « aux victimes de la guerre et du fascisme ».



Sébastien Llinares, guitare solo, Gilles Colliard, castagnettes, dans le Quintette de Boccherini - Photo Classictoulouse -

Mais comme Paul Valéry l’écrit dans son Cimetière marin, « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ». Et ce vent léger nous vient ce soir-là de la belle lagune vénitienne. Pour les trois mouvements du concerto pour guitare et cordes en ré majeur d'Antonio Vivaldi, Sébastien Linares joue une guitare baroque dont la sonorité un peu frêle, mais si joliment colorée, se marie à merveille avec les cordes qui lui sont associées. Outre la grâce légère des mouvements extrêmes, comment ne pas succomber au rêve du Largo qui apaise et console ? Le soliste ornemente avec goût, sans excès ni esprit démonstratif.
La pièce suivante rend un bel hommage à Luigi Boccherini, avec son fameux Quintette pour guitare et cordes, lui aussi écrit dans la tonalité lumineuse de ré majeur. La guitare moderne, plus sonore et habilement colorée par Sébastien Linares, partage ici la vedette avec le violoncelle, instrument dont Boccherini était un virtuose accompli. Les échanges savoureux entre les deux musiciens animent toute l’interprétation. Le violoncelliste, Nabi Cabestany, accomplit des prodiges techniques, aussi bien dans les démanchés extrêmes que pour les sons harmoniques. La guitare mène la danse avec subtilité et entrain. Et puis comment ne pas se réjouir de voir et entendre Gilles Colliard manier avec esprit les castagnettes dans le Fandango final...


Sébastien Llinares joue Villa-Lobos - Photo Classictoulouse -
O

Lorsque Sébastien Llinares revient sur scène, c’est pour souligner les beautés de l’œuvre du trop rare Heitor Villa-Lobos. A l’exception de sa célèbre Bachiana Brasileira n° 5, pour soprano et huit violoncelles, on ne connaît que bien peu d’œuvres du compositeur brésilien pourtant particulièrement prolifique. Un grand merci à Sébastien Llinares pour ses interprétations chaleureuses, colorées et subtiles de deux de ses Préludes et deux de ses Etudes. Dès le Prélude n° 1, la « saudade », cette nostalgie émouvante si typique de cette musique, envahit les cœurs. Le Prélude n° 2, peut-être le plus célèbre de tous, anime et réjouit par son rythme inventif. Plus virtuoses dans leur écriture, les Etudes n° 7 et 12 qui suivent donnent non seulement la mesure des capacités techniques de l’interprète, mais surtout celle de sa musicalité et de la poésie de son jeu.

Le programme de cette soirée s’achève sur la création du concerto pour guitare et orchestre que le compositeur d’aujourd’hui Éric Pénicaud a dédié à Sébastien Llinares. Intitulé « Concerto pour le grand large », ce triptyque évocateur suit une structure déjà utilisée par Beethoven pour sa sonate n°26 intitulée « Les Adieux » et composée des trois volets : le Départ, l’Absence et le Retour. Comme chez son illustre prédécesseur, Éric Pénicaud donne à chacun des trois mouvements de sa partition un thème lié au voyage. Passionné d’itinérance maritime, il évoque musicalement, dans le deuxième mouvement, le calme de l’immensité océane. La guitare, mais aussi les instruments à cordes et la flûte qui l’accompagnent, se transforment par instant en percussions, conférant à la pièce d’étranges résonances. L’imagination du compositeur, par ailleurs guitariste et improvisateur lui-même, lui dicte de belles évocations dont la poésie est admirablement portée par le soliste comme par les musiciens de l’orchestre dirigé par Gilles Colliard.



Sébastien Llinares soliste du "Concerto pour le grand large" d'Eric Pénicaud
- Photo Classictoulouse -

Sous les applaudissements nourris, Sébastien Llinares revient avec un bis inattendu mais si évocateur. Il joue sa transcription pour guitare de la Gnossienne n° 1 composée pour le piano par Erik Satie. Un bain de poésie ! Son adaptation pour la guitare, ainsi jouée, se révèle si « vraie », qu’on pourrait croire cette partition composée originellement pour l’instrument à cordes pincées. L’esprit subtil de Satie est bien présent.

Serge Chauzy
Article mis en ligne le 25 novembre 2015

 

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Renseignements et réservations :

Orchestre de Chambre de Toulouse

Tél: 05 61 22 16 34

www.orchestredechambre
detoulouse.fr/

 
Programme des concerts donnés les 23 et 24 novembre 2015 à l'auditorium Saint-Pierre des Cuisines :

* A. Vivaldi

- Concerto pour guitare en ré majeur

* L. Boccherini
- Quintette pour guitare et cordes N 4 G 448 en ré majeur

* H. Villa Lobos
- Préludes 1 & 2, Etudes 7 & 12

* E. Pénicaud
- Concerto pour guitare
 
 

 

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