CRITIQUE
Chœur final
La saison d’abonnement de l’Orchestre de Chambre de Toulouse s’achevait le 11 mai dernier sur un concert particulier, intégralement dirigé par Gilles Colliard, et auquel participait le très beau Chœur de Chambre « les éléments » que dirige Joël Suhubiette. |
Intitulée « Magnificat », cette soirée exceptionnelle a été conçue par Gilles Colliard comme une sorte de voyage initiatique, tout imprégné de méditation. Les deux Magnificats, stricto sensu, inscrits au programme et signés Buxtehude et Vivaldi, se trouvent ainsi ponctués, soutenus, introduits par une série de pièces instrumentales qui préparent en quelque sorte l’auditeur à recevoir le message sacré. L’absence requise d’applaudissements entre les différentes partitions confèrent à ce parcours une solennité particulière. La soirée émerge de l’étonnant silence qui ouvre la Sinfonia en si mineur de Vivaldi. L’émotion que génère cette méditation funèbre est d’ores et déjà à son comble.
La cantate « Jesu meines Lebens Leben » (Jésus, vie de ma vie) de Dietrich Buxtehude, qui suit cette Sinfonia, plonge l’auditeur dans cette ferveur austère qui caractérise l’écriture de ce précurseur admiré de Bach. Le choix des deux autres pièces instrumentales intermédiaires procède de la même recherche d’une tonalité méditative. La concentration introvertie du Concerto grosso op. 3 n°2 de Francesco Geminiani ne se libère vraiment que dans l’animation du final, alors que le Concerto a quattro n° 1 du Vénitien Baldassare Galuppi conserve un ton d’une émouvante solennité.
Une rhétorique baroque inspirée imprègne le très rare Magnificat de Dietrich Buxtehude. La partie chantée fait alterner les voix solistes et le chœur dont les interventions sont soutenues par les instruments. Ces voix émergent sans ostentation d’un tutti vocal et instrumental parfaitement maîtrisé.
La lumière se fait dès les premières mesures du Magnificat de Vivaldi. Cette partition colorée, intense, vivante, alterne les atmosphères qui accompagnent le texte sacré, caractérisant chaque épisode de manière saisissante. Une surprise attend l’auditeur à chaque nouvelle strophe. En particulier, le très court « Fecit potentiam » frappe par sa force de conviction. Gilles Colliard dirige cette œuvre somptueuse avec une acuité, une exactitude que musiciens et chanteurs adoptent comme instinctivement. L’« Amen » final déploie toute la ferveur d’une ardente action de grâce.
Un grand bravo aux musiciens et aux chanteurs de ce bel ensemble vocal « les éléments » longuement acclamés par un public heureux.
Serge Chauzy |