Gilles Colliard lui-même échange son violon contre la baguette de chef d’orchestre, indispensable à la cohésion et à l’équilibre sonore de ce beau répertoire. Mozart y joue le rôle essentiel avec l’exécution de deux de ses symphonies de jeunesse. Et tout d’abord celle de la toute première partition de ce corpus de 41 numéros, la symphonie KV 16 en mi bémol majeur. Incroyablement conçue avant le huitième anniversaire de son enfant d’auteur, les trois volets de cette œuvre dévoilent, plus encore qu’un savoir-faire, un véritable tempérament de compositeur, au-delà de quelques inévitables maladresses. L’intensité dramatique du Molto Allegro, surprend par son aplomb. L’Andante frissonne curieusement comme l’accompagnement de l’air du froid du Roi Arthur de Purcell, et le Presto enchaîne une étonnante série de dissonances expressives.
Vigueur et allégresse caractérisent sa quinzième symphonie, partition d’un adolescent de seize ans déjà maître de son art. Les interprètes en soulignent les traits d’esprit et la grâce juvénile.
Trop rarement inscrite au programme des concerts, l’œuvre orchestrale de l’Italien Luigi Boccherini, exilé à la cour d’Espagne, mérite largement le détour. La lumière d’Italie éclaire sa troisième symphonie que joue l’Orchestre de Chambre. Le Menuetto amoroso reçoit dans son trio la très pastorale contribution de la flûte solo (excellent Jean Robert Gasciarino) et la cascade du Presto assai charme immédiatement.
C’est celui que l’on considère souvent comme le père de la symphonie classique, le grand Joseph Haydn, qui conclut la soirée. Sa « Trauer » symphonie n° 44 en mi mineur, malgré son sous-titre « Funèbre », concentre et déploie une formidable énergie bien dans l’air du temps de ce « Sturm und Drang » préromantique. Gilles Colliard, avec précision et vitalité, en souligne les contrastes dramatiques. L’Adagio, paisiblement funèbre, ouvre la voie vers un Presto final d’une impressionnante violence. Les perruques poudrées en prennent pour leur grade ! Et la démonstration est faite que « classicisme » ne rime pas seulement avec sérénité et douceur.
Serge Chauzy |