CRITIQUE
Japon qui rit, Japon qui pleure
Consacré au pays du Soleil levant, le concert de l’Orchestre de Chambre de Toulouse du 14 octobre dernier réunissait, à l’initiative de Gilles Colliard, un choix d’œuvres liées au Japon d’une manière ou d’une autre. |
Gilles Colliard rappelle opportunément les liens particuliers qui se sont tissés au cours des ans (on peut même dire au cours des décennies) entre ce pays lointain et la formation toulousaine qui s’apprête à y effectuer une tournée de neuf concerts en novembre prochain.
Signé du compositeur Yasushi Akutagawa, son Triptyque ouvre la soirée sur une musique néoclassique solidement charpentée, légère mais dense, et comme résultant d’un métissage entre orient et occident. Le premier volet, rythme guilleret à la Roussel, mêle de vagues influences stravinskiennes ou bartokiennes. Après la procession centrale, la bonne humeur du final se pare d’une agitation bonhomme.
La soliste invitée n’était autre que la « star » japonaise de la guitare, la jeune, belle et talentueuse Kaori Muraji. Une série de cinq arrangements pour guitare et orchestre à cordes de musiques de films élaborés par la compositrice Michiru Oshima, rassemble d'abord des partitions un peu convenues signées T. Matsumoto, E. Morricone ou encore M. Legrand. Kaori Muraji dévoile ensuite l’intéressante musique du Concerto « A Brasileira » de l’un des grands compositeurs brésiliens du 20ème siècle, Radamés Gnattali. L’interprète, parfaitement secondée par les cordes alertes de l’OCT, y déploie sa verve et sa technique impeccable.
L’autre face du concert, la pièce tragique « Testament – Hiroshima », de Gilles Colliard lui-même, traduit avec une bouleversante intensité, l’empathie du compositeur devant les événements qu’évoque son titre. Cette longue plainte douloureuse, admirablement structurée, comme toutes les œuvres de Gilles Colliard (on y découvre ainsi une fugue d’une grande beauté formelle), emprunte les voies les plus subtiles de l’émotion. Née des silences d’un somptueux solo d’alto, elle s’éteint dans une nuit résignée, après la révolte d’un redoutable solo que le premier violon Pierre Bleuse assume avec autorité. Un authentique chef-d’œuvre !
Serge Chauzy
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