CRITIQUE
L’hommage aux compositrices
Dans le sillage de la journée de la femme, l’Orchestre de Chambre de Toulouse avait décidé de consacrer son concert d’abonnement du mois de mars aux créatrices en musique. Elles ne sont pas aussi rares que leur faible représentation dans les programmes musicaux pourrait le laisser penser. Ainsi, le 20 mars dernier, Gilles Colliard offrait aux mélomanes la découverte de quatre compositrices d’époques diverses dont il commentait brièvement mais avec finesse les existences et les caractéristiques. |
L’ouverture de la comédie musicale « Fleur d’épine » inaugurait la soirée sur une musique, certes légère et bien cadrée, mais qui, étrangement, montre quelque vague ressemblance avec les premières mesures de la fameuse « Petite musique de nuit » d’un certain Mozart. En plus prévisible, toutefois. Son auteur, Marie-Emmanuelle Bayon Louis, contemporaine de Beethoven, composait comme une bonne épouse s’adonnait alors à la broderie.
Ce n’est absolument pas le cas de la claveciniste Elisabeth Jacquet de le Guerre, protégée de Louis XIV, dont les œuvres dénotent un vrai talent de créatrice. Gilles Colliard avait choisi trois extraits instrumentaux de son unique opéra, « Céphale et Procris ».Les harmonies étranges et subtiles de l’ouverture de l’acte II révèlent une originalité fascinante. Le passe-pied et la gavotte qui suivent évoquent irrésistiblement un style élaboré intermédiaire entre Lully et Rameau.
A ce stade du concert, les douze musiciens de l’Orchestre de Chambre sont rejoints par une petite troupe d’élèves du Conservatoire et du Centre d’Etudes Supérieures Musique et Danse de Toulouse. Cordes et vents complètent ainsi la phalange toulousaine qui atteint alors la formation qualifiée parfois de « Mozart ». Tout ce beau monde entonne alors l’ouverture en do majeur de Fanny Mendelssohn. Figure emblématique et touchante du talent bridé par le machisme ambiant, cette sœur aînée du célèbre Felix Mendelssohn avait bien des choses à dire. Cette ouverture, largement développée dans un style original et bien inséré dans son époque, débouche sur un final particulièrement martial, presque héroïque qui n’est pas sans évoquer justement le Beethoven des ouvertures.
C’est sur la figure emblématique de la française Louise Farrenc que s’achève la soirée. Soutenue par son éditeur d’époux et par de grands artistes de son temps comme le violoniste virtuose Joseph Joachim, elle est l’auteur d’un catalogue d’une grande valeur musicale. La première des quatre symphonies dont elle est l’auteur peut se comparer avec les œuvres des grands symphonistes de son temps (et d’ailleurs si rares en France) : Beethoven, Schumann, Brahms. De grandes envolées lyriques enracinent cette partition dans le grand mouvement romantique européen.
Un grand bravo aux jeunes élèves musiciens qui s’intègrent avec talent parmi les archets des grands professionnels que sont les membres de l’Orchestre de Chambre.
Serge Chauzy
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